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Tome 1, Chapitre 46 « Une visite à Eïdo » Tome 1, Chapitre 46
J’éprouve une petite hésitation avant de pénétrer dans la chambre d’Eïdo. Les avertissements d’Hederu me reviennent en tête ; je redoute ce que je pourrais trouver. Certes, je suis portée à faire confiance à la médicane pour avoir accompli tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer son état, mais j’ai du mal à voir Eïdo comme quelqu’un de dépendant et de fragile.
    
    Le conjureur bénéficie d’une chambre pour lui seul, fort heureusement. On l’a transféré sur un lit où il peut reposer sur le dos, mais le matelas comporte des dépressions à l’emplacement de ses blessures. Ainsi, aucune pression ne peut affecter les plaies causées par ses alaées noires. Sur son torse nu, de larges bandes argentées qui retiennent des pads régénérants. Une couverture légère couvre le reste de son corps.
    
    Il semble dormir… Ses yeux clos ont sombré au milieu de larges cernes violets ; son visage creusé, au teint cendreux, porte une expression sereine mais un peu triste. Tout ceci , pourtant, n’est pas le plus choquant. Des tubes transparents, emplis de toutes sortes de liquides plongent dans les veines de ses bras. Un mince tuyau fixé sous ses narines l’alimentent en oxygène. Des capteurs dont j’ignore l’utilité couvrent sa poitrine et ses tempes.
    
    Une main se pose sur mon épaule.
    
    « Prismè… »
    
    Je me tourne vers Lirka, qui m’adresse un petit sourire :
    
    « Ne vous inquiétez pas. Il se remettra vite. Pour l’instant, il réagit très bien ! Dès demain, Hederu allégera le dispositif. »
    
    Elle me pousse doucement en avant :
    
    « Vous pouvez lui parler, vous savez… »
    
    Lui parler ? Pour lui dire quoi ? « Tu es de nouveau prisonnier d’un endroit où tu as été torturé et dont tu t’es sauvé deux fois déjà… » ?
    
    Je ne suis pas insensible à ce point, d’autant que c’est en grande partie de ma faute s’il a été capturé et s’il se trouve dans cet état. Je me tourne vers la jeune femme brune :
    
    « Est-ce qu’il serait possible de lui ôter les sceaux ? »
    
    Elle écarquille légèrement les yeux ; je suppose que cette idée ne lui est même pas passée par la tête… Elle regarde frénétiquement autour d’elle, comme si elle craignait que quelqu’un ait entendu ma remarque.
    
    « En fait, murmure-t-elle, il n’est pas sûr que ce soit possible. Et cela risquerait de le tuer… »
    
    Elle hésite avant de poursuivre :
    
    « Et s’il ne porte plus les sceaux, il perdra toute sa valeur aux yeux de Teheros… »
    
    Je devine le corollaire : le maître de l’Anthracité n’aura plus la moindre raison de le garder en vie. Je sens la colère monter en moi. Je peux comprendre la situation de Lirka : la jeune femme vit ici depuis qu’elle est toute petite, elle y a connu un père adoptif… et elle reste attachée à Hederu, qui a pris la place de ma mère à ses côtés. Que connaît-elle du monde extérieur ? Sans doute reste-t-elle persuadée, à raison peut-être, que cet endroit n’est pas pire qu’Ether – en tout cas, pas pour elle ! En dépit des terribles épreuves qu’il a traversées, Eïdo a peut-être eu plus de chances : à bord de l’Agathos, il a gagné des amis, une famille, même. Je pense à ses discussions profondes avec Alwen, ses chamailleries avec Izel, sa complicité avec Atina. Parmi eux, il peut être lui-même, pas seulement un conjureur ; personne ne le limite à son don, malgré son utilité pour le conseil ! Et rien que pour ça, je veux qu’il retrouve les siens…
    
    Je repère un tabouret à son chevet, sur lequel je m’assois aussitôt. Je saisis sa main inerte pour la serrer entre les miennes et je me penche pour lui murmurer quelques mots de réconfort.
    
    « Tout va bien, Eïdo. Tu vas vite te remettre… »
    
    À ma grande surprisse, ses paupières frémissent ; ses yeux brillent derrière ses cils. Je voudrais pouvoir le rassurer, lui promettre que tout ira bien, mais aucun mot ne veut franchir mes lèvres. Après tout, il connaît cet endroit bien mieux que moi. Avec étonnement, je vois les coins de sa bouche se retrousser en un léger sourire. Je lui réponds de même, malgré mes doutes et mon découragement. Nous sommes là l’un pour l’autre, c’est l’essentiel.
    
    « Tu dois encore te reposer, pour te remettre le plus vite possible, d’accord ? Plus tard, nous pourrons toujours aviser… »
    
    Je devine le froncement de sourcil de sourcil de sa sœur, mais je refuse de lui accorder la moindre attention. Après tout, elle sait déjà qu’il ne se soumettra pas aux exigences de son maître. Je retombe dans le silence, sans lâcher la main d’Eïdo. Ses doigts se referment faiblement sur les miens, comme s’il tentait à son tour de me réconforter. Nous demeurons un long moment l’un auprès de l’autre ; je ne peux me résoudre à le laisser seul. Même si nous ne nous connaissons que depuis peu et que nous ne sommes pas très proches, je fais figure de seule représentante de l’Agathos. En tant que telle, je reste responsable de lui – comme lui de moi, d’ailleurs. Nous devons veiller l’un sur l’autre, dans la mesure où nos forces le permettent.
    
    Au bout d’un moment heure, Lirkla se racle la gorge pour attirer mon attention :
    
    « Venez, il est temps que vous retourniez dans votre chambre. »
    
    Autant pour la liberté dont je bénéficie soi-disant ! Pour l’instant, je vais agir comme l’a fait Eïdo durant quatre ans : me tenir tranquille et observer, afin de trouver une façon de sortir de là, ou du moins d’alerter l’Agathos de notre situation. Cela implique de me montrer soumise et de collaborer avec nos ravisseurs. J’offre à Lirka mon regard le plus ingénu :
    
    « Est-il possible d’avoir des livres, des enregistrements ? Quelque chose pour occuper mon temps ? Vous devez bien avoir cela, ici ? »
    
    Lirka écarquille les yeux : a priori, elle ne s’attendait pas à cette requête. Sur son vissage, l’étonnement fait vite place au soulagement.
    
    « Je vais voir ce que je peux faire », déclare la conjureuse avant de m’escorter vers ma chambre.
    
    De nouveau prisonnière de cet espace blanc et terne, je m’allonge sur mon lit, les bras repliés derrière la tête. La douleur de ma jambe a presque disparu. Malgré tout, je vais continuer à employer ma béquille. Mes gardiens se méfieront moins de moi s’ils me croient toujours blessée.
    
    Sauf qu’Eïdo, lui, ne sera pas remis de sitôt. Même quand ses blessures auront cicatrisé, le conflit entre sa nature d’Ulradiant et les sceaux qui lui ont été apposés perdurera. Il lui faudra de l’aide, de la part d’un professionnel compétent en la matière…
    
    Un nom s’impose à moi, celui d’une personne spécialisée dans les troubles qui atteignent les radiants… Une personne qui me doit la vérité sur le monde où je vis, sur les origines de Lerno et Lirka, sur l’utilisation qu’Ether comptait faire des jumeaux !
    
    Cette personne se nomme Adera Kirdarin.
    
    Ma propre mère.
    

Texte publié par Beatrix, 29 mars 2020 à 17h49
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