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Tome 1, Chapitre 43 « La conjureuse des Profondeurs » Tome 1, Chapitre 43
Une dizaine de minutes plus tard, l’infirmier revient avec des habits de rechange : un pyjama léger bleu clair pour la nuit, et pour le jour, une combinaison gris pâle assez semblable à celle que je portais sur l’Agathos. Il a également apporté des sous-vêtements, et des affaires de toilettes. Il disparaît aussi vite qu’il est venu, mais de toute façon, je n’ai pas envie de faire la causette. Je me sens épuisée.
    
    Après m’être douchée, je me change et m’installe sur le lit pour me délasser un peu. Sans m’en apercevoir, je finis par m'endormir, pour me réveiller subitement, sans la moindre idée de la durée de mon somme.
    
    Dans ces lieux où je ne vois pas la lumière du jour, je perds toute notion du temps. Quelle heure est-il ? Le soir est-il déjà tombé ? Je commence à avoir vraiment faim. Combien de repas ai-je sautés depuis ma capture ?
    
    Je décide de me rendre présentable, même si c’est le milieu de la nuit. Si quelqu’un survient, je ne serai pas prise au dépourvu !
    
    Très vite, je tourne en rond dans cet endroit où je n’ai rien pour m’occuper, pas même un livre ou un holoécran. Je ne peux que réfléchir et me faire du mauvais sang. Je me rappelle alors que je ne suis pas censé être prisonnière, du moins, pas de cette pièce. Puisque je peux circuler dans le secteur médical, autant en profiter pour explorer discrètement mon nouvel univers.
    
    Bien entendu, la première chose qui me vient à l’esprit est de rendre visite à Eïdo. Je me sens toujours aussi inquiète pour mon compagnon. Même si Hederu a tenté de me rassurer, je ne commencerai à me détendre que lorsque je pourrai le voir. Encore faut-il que je parvienne à trouver le chemin de sa chambre. Avec un peu de chance, il sera seul et peut-être conscient. J’ai besoin de lui parler, et pas seulement de notre situation.
    
    Je jette un dernier coup d’œil dans la glace du petit cabinet de toilette pour vérifier que je ne fais pas trop peur, attrape ma béquille avant de m’approcher de la porte. Après un instant de crainte, j’ose tourner la poignée… Le battant s’ouvre sur le couloir. C’est déjà cela de pris.
    
    J’aurais bien voulu qu’Hederu me donne un plan de la zone ; je ne vois devant moi qu’une enfilade de portes, qui portent toutes d’étranges symboles. J’ignore où se trouve Eïdo, et je ne vais quand même pas entrer dans chaque pièce en attendant de découvrir la bonne !
    
    Je boitille jusqu’au bout du corridor, vers le cabinet d’Hederu… en espérant qu’elle n’est pas occupée avec un autre patient ! En m’approchant, j’entends un bruit de voix, et pense reconnaître celles de Lirka et de la médicane.
    
    Je m’apprête à frapper, quand le battant s’ouvre de lui-même. Je sursaute légèrement, lâchant ma béquille qui glisse au sol avec un fracas à réveiller un mort.
    
    « Prismè ! s’exclame Lirka. Vous êtes debout ? Vous devez mourir de faim ! »
    
    Une immense vague de gratitude déferle sur moi. La jeune femme est décidément un ange… enfin, quand elle ne s’attaque pas aux gens de l’Agathon et à ses alliés ! Malgré tout, je commence à éprouver pour elle une sympathie étrange et dangereuse. Et si les raisons d’agir de nos ennemis se révélaient aussi valides que les nôtres ? Je chasse rapidement cette pensée dérangeante.
    
    Lirka me tend ma béquille, qu’elle s’est baissée pour ramasser.
    
    « Il est assez tard pour que nous dînions, déclare Hederu. Ensuite, nous pourrons aller voir mon frère. Est-ce que cela te dit ? »
    
    Je l’aurais volontiers embrassée !
    
    « Mer… merci… »
    
    C’est tout ce que j’arrive à bafouiller dans un premier temps. Je me contente donc de suivre les deux femmes, avec autant d’avidité qu’un chiot affamé. Je remarque que Lirka a chagé de tenue : elle porte une simple combinaison noire. Dans cette tenue, sa ressemblance avec Eïdo m’apparaît comme encore plus frappante. Malgré tout, son caractère est différent : elle semble bien moins introvertie que son frère. Pourtant, elle a grandi dans l’Anthracité, que j’imaginais comme un lieu bien plus sombre que ce que j’ai pu en voir, et non dans l’Agathos avec son ambiance chaleureuse. Qu’est-ce qui a pu conduire le frère et la sœur dans deux camps opposés ? En dépit de la situation dans laquelle je me retrouve, cette question me taraude…
    
    Lirka me guide dans une petite cafeteria où tout est automatisé, comme dans l’Agathos. Je repense à l’une des rares conversations que j’ai pu échanger avec Eïdo, voici quelques semaines, et à ses paroles amères concernant Ether.
    
    Le bleu vert semble caractériser cette partie de l’Anthracité. Il teinte les parois en un dégradé étrangement apaisant, tandis que le sol noir vitrifié ressemble aux profondeurs d’un lac paisible. Le plafond, intégralement luminescent, irradie une lueur pâle qui évoque celle du jour. De confortables fauteuils outremer nous accueillent. Je m’y laisse tomber avec délice pendant que la jeune femme sélectionne notre menu. Au mur, une horloge offre enfin une réponse à mes questions : il est près de sept heures du soir.
    
    Lirka dépose devant moi un plateau :
    
    « La nourriture que nous consommons ici risque de vous paraître assez particulière. Je vous ai choisi les mets les plus classiques.
    
    — Qu’entendez-vous par… particulière ?
    
    — Nous tirons pas mal de nos aliments de la forêt environnante. Même les clans de la Surface ne savent pas les exploiter aussi bien que nous. Nous avons eu quelques siècles pour apprendre ! »
    
    J’opine en silence, en me demandant avec un petit frisson d’où les habitants des Profondeurs tirent leur subsistance pour craindre la réaction de leurs visiteurs extérieurs.
    
    En ôtant le film opaque qui protège mon plateau, je trouve de fines lamelles de viande blanche, accompagnées d’un mélange de légumes indéterminés, d’une salade fraîche et verte, d’un morceau de pain aux graines et d’un entremets rosé. Le tout me semble aussi inoffensif que banal. Et puis, de toute évidente, personne ne projette de m’empoisonner !
    
    Lirka esquisse un sourire malicieux ; la jeune conjureuse se montre gentille et agréable, très différente de la figure inquiétante qui a contribué à notre capture. Malgré tout, je ne parviens pas à lui offrir toute ma confiance.
    
    Un compartiment du plateau, lui-même composé de matière végétale, contient des couverts de bois clair. Les habitants de l’Anthracité doivent autant se soucier de leurs ressources que l’Ether, de façon bien compréhensible. Lorsque je goûte la nourriture, je suis surprise par leur saveur plaisante, grâce à l’ajout d’épices et d’aromates inconnus, mais délicieux.
    
    Le dîner de Lirka m’inspire moins: j’y vois des aliments avec des textures gluantes et des couleurs insolites… Je préfère ne pas savoir de quoi il s’agit ! Nous mangeons en silence, jusqu’au dessert. Au moment d’entamer l’entremets, je relève la tête et plonge mon regard dans ses beaux yeux violets :
    
    « Lirka… Comment avez-vous rencontré ma mère ? Pourquoi Eïdo… je veux dire, Lerno et vous appartenez à des camps différents ? »

Texte publié par Beatrix, 31 décembre 2019 à 02h17
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