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Tome 1, Chapitre 41 « Au cœur des Profondeurs » Tome 1, Chapitre 41
Après avoir déambulé dans des couloirs déserts, nous arrivons enfin à l’infirmerie. Une jeune femme dans une tenue bleu pâle, aux cheveux d’un blond si clair qu’on pourrait la prendre pour une radiante, s’avance vers nous. Son regard se pose sur la civière, avant de revenir vers Lirka :
    
    « Dame Alankilia ?
    
    — Allez chercher immédiatement Hederu ! Je vous en prie… »
    
    La requête, comme le ton suppliant de sa voix, suscite la perplexité de son interlocutrice. Elle acquiesce et disparaît, suivie de l’infirmier, pendant que la porte se referme derrière nous. En regardant autour de moi, je découvre une salle d’attente aux murs gris clair, bordée de sièges. Sans quitter des yeux Lirka qui tient la main de son frère et lui parle à voix basse, je me laisse tomber sur la banquette. Les paupières d’Eïdo restent closes et son visage semble si pâle que mon cœur se serre, sous l’effet d’une crainte profonde.
    
    « Comment va-t-il ?
    
    — Mal. Dites-moi… Il a voulu utiliser ses alates, n’est-ce pas ? »
    
    J’acquiesce, la bouche sèche. La jeune femme pousse un soupir :
    
    « Pourtant, il sait à quel point c’est dangereux pour lui !
    
    — C’est de ma faute… »
    
    Les mots m’ont échappé, à ma grande gêne.
    
    Contre toute attente, un sourire se dessine sur le visage de Lirka.
    
    « Ne vous inquiétez pas ! Je connais mon frère… Toujours prêt à foncer pour aider les autres, même si… »
    
    Elle se tait et me considère avec attention :
    
    « J’ai failli dire... même si vous êtes une ennemie, reprend-elle, mais vous êtes pour lui une alliée. Il a choisi son camp quand il s’est enfui de l’Anthracité. Mais je ne peux le blâmer non plus… Surtout vu la façon dont Teheros… »
    
    Elle se mord la lèvre, comme si elle s’apercevait qu’elle en avait trop dit.
    
    C’est la seconde fois que j’entends ce nom intrigant. Alors que je m’apprête à lui demander qui est ce mystérieux Teheros, la porte s’ouvre sur une inconnue : une femme aux cheveux aussi pâles que les miens, mais dont la peau présente une étonnante couleur de jais. Les yeux qu’elle tourne vers moi ressemblent à deux puits d’or liquide. Je remarque ses traits fins, délicats même, et le sourire plein de douceur qu’elle arbore. Son regard s’attarde sur moi :
    
    « Une radiante ? Jamais je n’aurais cru en voir une ici ! »
    
    Elle se tourne vers Lirka, avec une expression interrogatrice :
    
    « Teheros sait qu’elle est là ? »
    
    La sœur d’Eïdo baisse les yeux :
    
    « Non… Nous venons juste d’arriver. Sedre les a interceptés alors qu’ils s’étaient égarés sur la surface, en protégeant le clan Darken.
    
    — Le clan Darken… je comprends mieux la présence de Lerno. »
    
    Elle s’approche de mon compagnon et l’examine rapidement :
    
    « Son état semble stabilisé pour le moment, mais il faut l’emmener rapidement en salle de soin.
    
    — Je viens avec vous ! »
    
    Les mots ont jailli de ma bouche avant que je puisse les retenir. La femme – sans doute la dénommée Hederu – me regarde avec curiosité :
    
    « Tu es une amie de Lerno ? »
    
    Lirka s’approche pour poser une main sur mon épaule, d’un geste étrangement possessif :
    
    « C’est la fille d’Adera Kirdarin ! »
    
    Hederu tourne vers elle un visage stupéfait :
    
    « Adera Kirdarin ? La femme qui s’est occupée de vous quand vous étiez enfant ? »
    
    Lirka acquiesce gravement. À ma grande surprise, je vois une légère moiteur poindre dans son regard. Pourtant, l’Adera Kirdarin dont elles parlent évoque pour moi une étrangère. Jamais ma mère ne m'a raconté période de sa vie.
    
    Je plonge en pleine confusion et pas seulement parce que je me trouve dans le camp ennemi – j’en reste consciente, mais pour l’instant, à part Sedre, je n’ai rencontré personne d’hostile –, mais plus parce que le monde que je croyais connaître perd peu à peu toute sa cohésion. J’étais très loin de me douter que ce qui se passait ici, dans l’Anthracité, pouvait toucher de près ou de loin quelqu'un de ma famille ! Ma mère est une radiante, la plus etherienne des Etheriens !
    
    « Nous en discuterons plus tard, déclare Hederu. Pour l’instant, je vais m’occuper de ton frère, Lirka. Tu peux nous suivre, jeune fille. »
    
    Je la remercie d’un signe de tête, même si mon cœur bat violemment dans ma poitrine. Je les accompagne dans une salle de consultation, où Lirka aide Hederu à transférer Eïdo sur une table d’examen. La femme saisit un scalpel luminique dont elle se sert pour découper le T-shirt noir. Je détourne les yeux pour ne pas voir l’état de son dos… La vision des cicatrices et des blessures ouvertes sur ses omoplates reste gravée dans mon esprit. Hederu pousse un soupir :
    
    « Ce n’est pas beau à voir. Je doute que cela puisse se refermer aussi facilement. Il faudra sans doute faire des implants de peau synthétique… »
    
    J’interroge Lirka du regard.
    
    « C’est une peau créée à partir de matières organiques très neutres… Quand on l’implante, le corps l’assimile progressivement. Mais cela devra attendre… je vais me contenter de stériliser les blessures et de sceller les vaisseaux sanguins. Je suis bien plus inquiète des autres symptômes ! »
    
    Elle a saisi un appareil étrange, comme un disque noir avec une poignée. Quand elle le pose sur la poitrine d’Eïdo, ce qui fait tressaillir, des lumières rouges clignotent en séquences bizarres sur le bord arrondi.
    
    « C’est bien ce que je pensais… Ses énergies internes restent profondément perturbées. »
    
    Je baisse la tête vers le sol, le cœur au bord des lèvres. Hederu active un interphone, à travers lequel elle demande la préparation d’un lit médicalisé.
    
    « Je vais le garder sous perfusion et brancher des capteurs radianiques pour surveiller l’état de ses énergies… Pendant une dizaine d’heures, il devra rester sous surveillance absolue au cas où la perturbation entraînerait une défaillance vitale. »
    
    J’aurais préféré ne pas entendre toutes ces précisions. Mon inquiétude s’est encore aggravée…
    
    « Il va s’en sortir ? »
    
    Lirka se tourne vers moi et m’offre un sourire un peu forcé :
    
    « Oui, ne t’inquiète pas… il va recevoir des soins adéquats qui vont le remettre sur pied en quelques jours ! »
    
    Elle s’est assise dans un coin du cabinet. J’en fais de même, appuyant ma béquille sur le mur à côté des sièges. Plus je regarde Lirka, plus je remarque sa ressemblance avec son frère. Je voudrais connaître les détails de leur histoire, mais en même temps, j’ai peur de le découvrir… Autant ravaler mes questions.
    
    Tout comme elle, je ne peux faire qu’une seule chose : attendre.
    
    
    

Texte publié par Beatrix, 9 décembre 2019 à 18h44
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