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Tome 1, Chapitre 40 « Ce qui se cache à l’intérieur » Tome 1, Chapitre 40
Mon cœur bat si fort que j’en oublie presque la douleur de ma jambe, qui pourtant me fait lourdement boiter tandis que je suis « Lirka » et « Lerno » à l’intérieur de la cité. Contrairement à ce que j’attendais, je découvre un hall sombre, mais confortable, aux parois plaquées d’un bois gris clair. En guides de lumière, des bocaux sphériques pendent du plafond, emplis de délicats champignons qui brillent d’une chaude lueur jaune d’or.
    
    De part et d’autre de l’espace dallé de verre noir, des banquettes couvertes d’une matière soyeuse longent les murs, sauf aux endroits où des portes se fondent parmi les panneaux de bois. À mes yeux habitués à des décors pâles et colorés, autant sur Strata que sur l’Agathos, il s’en dégage un luxe mystérieux. Les Abscura – et les gens des Profondeurs – possèdent de toute évidence une civilisation riche d’où l’art et l’esthétisme ne sont pas exclus. Encore une fois, je dois revoir tous mes préjugés – même si j’éprouve toujours un mélange de peur et de méfiance à leur encontre. Ce sont nos ennemis naturels… et je ne dois la vie qu’à la relation qui semble exister entre Alankilia-Lirka et ma mère.
    
    J’étais loin de me douter qu'elle gardait autant de secrets. À part, bien sûr, celui qui entoure son refus de voler. Pourtant, elle aime l’exercice, contrairement à mon père qui n'a jamais apprécié ce don d’Alate. Est-ce que ce renoncement découle de ce passé méconnu ? Est-ce pour cela qu’elle a épousé quelqu'un qui ne l’encouragerait pas à retourner dans les airs ? Si je reviens un jour chez moi, j’aurais bien des questions à lui poser !
    
    « Asseyez-vous, nous ordonne Lirka. Je vais chercher une équipe médicale. »
    
    Je soupire de soulagement à l’idée de me reposer, même si toutes mes craintes et toutes mes interrogations ressurgissent dans mon esprit. Eïdo se laisse tomber sur une banquette, les épaules voûtées. Il frissonne de fatigue et de douleur. La chevauchée qui m’a émerveillée a dû lui paraître une véritable torture. Je m’assois à côté de lui pour lui offrir un soutien muet ; je ne peux, hérals, pas faire grand-chose de plus. Quand ma main se pose sur son bras, il relève un peu la tête ; entre ses mèches éparses, ses yeux pourpres brillent d’un éclat fiévreux.
    
    « Je suis désolée, souffle-t-il.
    
    — Désolée pourquoi ? De ne pas m’avoir dit que tu connaissais ma mère ? »
    
    En dépit de mon inquiétude pour lui, je ne parviens pas à faire taire ma curiosité.
    
    Il secoue légèrement la tête ; même ce mouvement léger semble éveiller la douleur de son dos.
    
    « Tout est lié à ce que je suis… Mais maintenant que tu es ici, cela va être difficile de te le cacher. »
    
    Il marque un temps de silence, avant de poursuivre :
    
    « J’ai vécu ici durant sept années… »
    
    Je reste muette d’étonnement, avant de me dire que, finalement, cela fait sens…
    
    « Alankilia… Ou Lirka… C’est ta sœur, non ?
    
    — Oui, ma soeur jumelle. C’est… c’était une Ulradiante, comme moi. Nous avons été scellés tous deux, mais cela a mieux fonctionné pour elle que pour moi… »
    
    Dire que je tombe des nues illustre mal ce que j’éprouve en entendant tout cela. J’ignore encore comment Eïdo est arrivé sur l’Agathos, je sais juste qu’Izel s’est conduit envers lui comme un grand frère. Mais tout le reste demeure obscur… c’est le cas de le dire !
    
    « Scellé… est-ce que c’est en rapport avec les tatouages dans ton dos ?
    
    — Oui. Ces sceaux… sont en rapport avec nos pouvoirs de conjureur. Chacun représente une créature que je peux appeler. Seulement, tout le monde ne peut les utiliser, il faut posséder une énergie… particulière… que seuls les Ulradiants… »
    
    Sa voix meurt avant qu’il parvienne à finir sa phrase. La douleur clairement visible sur ses traits creusés l’affecte de plus en plus. Son dos blessé ne lui permet pas de s’appuyer ; il doit conserver cette position inconfortable, plié en avant, les coudes sur ses genoux. J’espère que Lirka – c’est plus simple de l’appeler ainsi - pourra lui trouver rapidement du secours. Soudain, j’éprouve un intense élan de protection à son égard.
    
    « Tu me raconteras la suite plus tard, d’accord ? Tu devrais t’installer plus confortablement. Tu n’as plus la force de tenir assis… »
    
    À travers ses mèches éparses, un œil pourpre me lance un regard de protestation, mais il ne peut lutter plus longtemps. Avec douceur, je l’aide à s’allonger sur côté, la tête appuyée sur son bras replié, juste à côté de mes genoux. Je ne peux m’empêcher de poser une main sur son épaule, pour le rassurer et le réconforter. Je sens son corps frissonner à mon contact. Désormais, les craintes d’Izel prennent sens. Si l’emploi de ses alates le plonge à chaque fois dans un état pareil, il finira par en mourir !
    
    Enfin, au bout d’une éternité d’inquiétude, Lirka réapparaît, accompagné de deux personnes. L’une d’elles, un homme au physique banal, pousse une sorte de civière qui glisse sur le sol lisse à l’aide de patins feutrés. L’autre, une jeune femme pas plus grande ni plus âgée que moi, me tend une béquille. Je la remercie d’un sourire, mais toute mon attention se focalise sur mon compagnon. Sa sœur et l’infirmier le déposent sur la civière, en prenant soin de ne pas heurter son dos, puis l’homme place une perfusion dans son bras.
    
    Personne ne me regarde, ce qui n’est pas si mal. Je mets la béquille sous mon aisselle ; aussitôt, elle s’adapte à la bonne taille. Ainsi, je peux suivre sans trop de difficulté la civière et les trois personnes qui la poussent vers ce que je suppose être l’hôpital de la ville. Je reste discrète, de crainte qu’on me sépare d’Eïdo. Soudain, Lirka se retourne vers moi ; je me fige, inquiète :
    
    « S’il vous plaît…
    
    — Vous souhaitez l’accompagner, c’est cela ?
    
    — O… Oui. »
    
    Elle hausse un sourcil, avant d’opiner :
    
    « Bien. De toute façon, vous devrez également vous faire examiner. »
    
    Je soupire de soulagement. Nous avançons vers l’une des portes, tout au bout du hall. Elle ouvre sur un couloir au sol tout aussi lisse,qui dessert des salles creusées dans la profondeur de la paroi. Un silence total règne sur l’endroit…
    
    Lirka, sans doute inquiète pour son frère, semble plongée dans ses pensées. Je n’ose lui poser les questions qui me brûlent les lèvres. Qui a construit ce lieu ? Existait-il avant le cataclysme des Limbes ? Est-il habité, ou s’agit-il d’une sorte de base opérationnelle ?
    
    Je n’aurai pas tout de suite les réponses ! Mais une chose me paraît sûre : tant que je bénéficierai de la protection de la jeune femme, je conserve une chance de m’en sortir !
    

Texte publié par Beatrix, 6 novembre 2019 à 01h24
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