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Tome 1, Chapitre 39 « En route vers l’Anthracité » Tome 1, Chapitre 39
Au fil du trajet, je rouvre les yeux pour voir défiler autour de moi un paysage insolite. Une fois émergés des ruines des anciennes cités d’Almaïa, nous plongeons dans une étrange forêt composée d’arbres au tronc monstrueusement épais, même s’ils ne semblent pas très hauts. Leur feuillage ressemble à des agrégats de ferraille, couleur d'argent rouillé. Une odeur terreuse se dégage du sol foulé par la conjuration.
    
    En regardant mieux les troncs, je m’aperçois qu’ils sont percés d’une multitude de trous, qui doivent donner sur des réseaux de galeries. De petites créatures y rentrent et en ressortent, mais je n’arrive pas à déterminer s’il s’agit d’insectes ou de mammifères.
    
    C’est un univers tout à fait inconnu au cœur duquel nous nous enfonçons. Dans mon malheur, j’ai au moins la chance de découvrir un endroit sur lequel je n’aurais jamais porté les yeux. Les feuillages deviennent de plus en plus serrés, au point que j’ai l’impression de m’aventurer dans une caverne obscure… Les arbres autour de nous ont changé : à présent, leur tronc pâle s’élance vers le ciel, avant de s’épanouir comme une gigantesque ombrelle qui cache totalement la lumière du soleil. Une herbe grêle et bouclée, d’une couleur blafarde, forme un tapis qui vole en filaments légers sous les foulées de la conjuration. D’étranges créatures, semblables à des fleurs phosphorescentes qui auraient pris leur liberté, papillonnent entre des arbustes qui se révèlent être, en fait, des sortes de champignons ramifiés. D’autres plantes pendent comme des crinières accrochées aux branches et servent de refuge à toute une faune affairée. Les bruissements se répercutent un peu partout, ainsi que des cris ténus qui résonnent comme un concert de flûtes qui ne joueraient qu’une note chacune. Une forte odeur d’humus masque des senteurs plus capiteuses.
    
    Je commence à comprendre que contrairement à ce que je craignais, nous ne nous enfonçons pas sous terre. Plus aucune fatigue ne m'affecte ; même la douleur de ma jambe semble avoir disparu. Je garde les yeux grands ouverts et je me gorge d’images et de sensations nouvelles.
    
    La conjuration avance toujours plus profondément au cœur de cette étrange forêt. D’autres arbres font leur apparition, sombres et aussi ramifiés que les champignons-arbustes. Leurs branches entrecroisées au-dessus de nos têtes forment comme une voûte, visible à la lueur des chapelets de boules luminescentes qui pendent des lianes de part et d’autre du sentier. Quand nous les effleurons, elles laissent des marques brillantes sur nos vêtements et notre peau, qui s’effacent lentement.
    
    Des animaux un peu plus imposants, qui ne se distinguent des ombres que par l’éclat de leurs yeux, se montrent furtivement. Des murailles de champignons montent à l’assaut de l'écorce, répandant une clarté jaune, bleue ou verts qui se mêle à l’or des baies. Les fleurs volantes ont laissé place à des bulles translucides qui flottent mollement, munies de longs tentacules avec lesquelles elles s’arriment par moment aux branches sur leur trajectoire, et à de gros insectes brillants comme des joyaux, aux ailes plus larges que la main. L’odeur est devenue plus aquatique, plus entêtante. Des flaques parsèment notre chemin, et la conjuration envoie sur son passage de grandes gerbes d’eau. Si je dois mourir du fait des abscura, au moins aurai-je vu avant ma disparition toute la beauté insolite d’Almaïa.
    
    Enfin, la course de notre monture commence à faiblir. Nous atteignons une pente descendante, qui semble plonger dans un vallon ; après une aire dégagée, devant nous se dresse une immense muraille rocheuse, qui s'avance en surplomb au-dessus de nous. Une façade en émerge, élevée dans une manière qui ressemble à du verre noir et opaque. Sans doute une bonne partie des salles sont-elles creusées à même la pierre.
    
    Les constructions s’ornent s’ornent de corniches et de cannelures qui forment comme des facettes. Les diverses lueurs de cette nature insolite s’y reflètent à l’infini. De grandes fenêtres s’y ouvrent, vitrées d’un matériau vert et irisé qui me rapelle les ailes des libellules. Je ne m’attendais pas du tout à cela… J’avais toujours imaginé les mondes souterrains comme des places sans la moindre grâce, des cavernes aseptisées où les gens vivaient comme des fourmis.
    
    Ce que je vois à présent raconte une tout autre histoire. La beauté de l’Anthracité rivalise avec celle de nos blanches cités aériennes. Malgré tout, à mes yeux d’Etherienne, il s’en dégage comme une sombre menace… Déjà, je ne remarque aucune activité visible : personne n’en rentre, personne n’en sort, personne ne s’affaire dans les environs. Est-ce que l’extérieur est si dangereux pour se trouver aussi déserté ?
    
    Notre monture s’est immobilisée. Alankilia-Lirka se laisse glisser au sol et aide Eïdo à descendre, avant d’en faire de même pour moi. Aussitôt, la créature se volatilisant en fumée. Après avoir vu les conjurations de mon compagnon de l'Agathon, ce phénomène ne me surprend plus. Cette longue chevauchée m'a engourdie. Je titube légèrement et grimace quand mon poids porte sur ma jambe endolorie.
    
    La jeune femme ne prend aucune précaution pour s’assurer que nous ne fuyons pas, mais dans notre état, nous en serions bien incapables. Elle s’approche d’Eïdo et passe un bras autour de ses épaules pour le soutenir. Il essaye de protester, mais il semble trop épuisé pour tenir debout sans aide.
    
    « Ça ira ? » me demande-t-elle avec une véritable sollicitude. Décidément, cette personne ne correspond vraiment pas à l’idée que je me faisais des Abscura. Côte à côte avec Eïdo, elle présente avec lui une ressemblance troublante : même taille, même silhouette élancée, même visage ovale… Leurs traits possèdent cette similitude qui ne peut exister qu'entre proches parents. Pourrait-elle être la sœur d’Eïdo ? Après tout, elle maîtrise un pouvoir similaire !
    
    Elle se dirige vers une large porte qui nous renvoie notre reflet déformé : avec notre mine dépenaillée, nous ferons peut-être pitié à nos ennemis !
    
    J’ignore si notre guide a donné un signal quelconque, mais le battant s’ouvre sur un vaste espace sombre. J’éprouve un temps d’arrêt : passé ce seuil, j'entrerai dans l’Anthracité, moi, une Etherienne, une Alate, une Radiante…
    
    « Ne restez pas dehors, me prévient la jeune femme brune. La forêt d’Umbra est très belle, mais elle est emplie de dangers, surtout pour ceux qui ne les connaissent pas. Si j’ai plaidé pour votre vie, ce n’est pas pour que vous la perdiez bêtement ! »
    
    Un peu vexée, je sors de mes réflexions inutiles et la suis au cœur de l’étrange Anthracité.
    
    

Texte publié par Beatrix, 30 octobre 2019 à 07h35
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