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Tome 1, Chapitre 38 « Lirka ou Alankilia  » Tome 1, Chapitre 38
Lerno ? Qui est Lerno ?
    
    « Ma situation sera toujours meilleure que la tienne, Lirka », réplique mon compagnon entre des dents serrées.
    
    Lirka ?
    
    Pourtant, la guerrière l’a appelée Alankilia, et cela ne ressemblait pas à un diminutif. Peut-être ce nom complexe est-il un titre quelconque. Mais cela signifie qu’Eïdo la connaît… et même très bien !
    
    D’un pas majestueux, la conjureuse s’approche du mur invisible. Sa main se tend et une lumière naît à son contact avec la paroi, qui s’étend comme un cercle aux bords embrasés. Je m’aperçois qu’elle vient de pratiquer une ouverture dans la barrière qui nous retient prisonniers. Mes doigts se referment sur la crosse de mon foudre…
    
    « Je ne ferais pas cela si j’étais toi, déclare Alankilia – ou Lirka ? – avec un petit sourire. Si un rayon frappe ma cage d’énergie, la réaction qui nous tuera tous. Est-ce ce que tu veux ? »
    
    Son avertissement produit l’effet escompté. Je baisse mon arme en frissonnant.
    
    « Qu’est-ce que vous allez lui faire ? »
    
    La guerrière se tourne vers moi ; derrière son casque, il est impossible de déchiffrer son expression et ce fait me perturbe beaucoup. Pourtant, je suis prêt à parier qu’à cet instant, elle me toise d’un air moqueur :
    
    « À lui, rien… C’est pour toi que tu devrais t’inquiéter ! »
    
    Je ne sais que répondre. Affronter un démon est déjà bien assez effrayant, mais se trouver face à ce que je suppose être des abscura, ou du moins ceux qui les servent… C’est juste glaçant.
    
    Malgré ses forces défaillantes, Eïdo se redresse :
    
    « Laissez-la tranquille. Vous feriez mieux de la relâcher. Vous n’avez aucune raison de vous en prendre à elle ! »
    
    Entre temps, Alankilia-Lirka a créé une ouverture assez grande pour entrer dans notre prison transparente. Elle me regarde droit dans les yeux :
    
    « Quel est ton nom ? »
    
    Je suis tentée de mentir ou de rester muette. Mais cela ne changerait pas grand-chose ! Après tout, je doute que mon nom leur évoque quoi que ce soit.
    
    « Pris… Prismè… Kirrista. »
    
    Ses fins sourcils arqués se froncent :
    
    « Kirrista… Est-ce que le nom de Kirdarin te dit quelque chose ? »
    
    Je déglutis péniblement. Kirdarin est le nom de ma mère…
    
    « Lirka ! Laisse-la partir ! Fais-le pour elle ! »
    
    La voix d’Eïdo devient presque suppliante. Est-ce qu’il parle de ma mère ? Je ne comprends plus rien à toute cette histoire ! Ma réalité est simple, une réalité Etherienne, très loin de la situation complexe de la surface.
    
    La jeune femme qui lui ressemble tant se tourne vers lui :
    
    « Ainsi, j’ai deviné juste… C’est sa fille, n’est-ce pas ? J’aurais pu m’en douter rien qu’en la regardant. »
    
    Sa voix contient un accent terriblement nostalgique. J’interroge Eïdo du regard, mais toute son attention se focalise sur la femme au long manteau noir.
    
    « — Alors, laisse-la.
    
    — Tu sais que je ne peux pas, Lerno… »
    
    Elle se tourne vers la guerrière et lui lançant un regard implorant :
    
    « Nous pouvons la prendre avec nous. Et même si nous la laissons partir, que pourra-t-elle révéler qu’ils ne savent pas déjà ? »
    
    J’ose à peine songer à une troisième éventualité. Mon cœur bat à toute allure dans ma poitrine. Que vont-ils faire de moi ? Et surtout… que vont-ils faire d’Eïdo ? S’ils me relâchent, je refuse de partir en le laissant entre leurs mains !
    
    Avec un grognement d’effort, mon compagnon se redresse et regarde la femme aux longues mèches noires droit dans les yeux :
    
    « Si vous touchez un seul de ses cheveux, n’espérez pas que je vous suive. Du moins vivant. Et je pense que mort, je ne vous servirai à rien ! »
    
    Alankilia-Lirka se tourne vers la femme casquée… Sans doute n’ose-t-elle pas la supplier devant nous, mais toute son attitude trahit son intention.
    
    « Bien, finit par admettre la guerrière, nous pouvons toujours la garder comme otage. Mais la décision finale appartiendra à Teheros. »
    
    J’ignore qui elle désigne par ce nom, mais il ne me dit rien de bon. D’un signe, elle fait avancer ses troupes. D’un geste, Lirka abat le mur qu’elle a créé autour de nous, mais nous nous retrouvons encerclés par les hommes de l’Anthracité. Ce n’est pas comme si, dans notre état, nous pourrions nous enfuir !
    
    La femme brune s’approche de mon compagnon et se penche vers lui, la main tendue, mais il exerce un mouvement de recul qui la laisse triste et confuse.
    
    Des dizaines de questions tournent dans ma tête : pourquoi cette ressemblance entre eux ? Et les noms qu’ils se donnent, Lerno et Lirka ? Comment cette personne étrange, cette abscura, peut-elle connaître ma mère – et l’estimer assez pour plaider pour ma vie en souvenir d’elle ? Est-ce que cela veut dire qu’Eïdo la connaissait aussi ? Est-ce la raison pour laquelle il a appuyé ma venue sur l’Agathon ? Mais dans ce cas, pourquoi s’est-il conduit de façon si froide envers moi ? Pourquoi m’a-t-il caché la vérité ?
    
    Lirka-Alankilia se redresse et écarte les bras. Ses beaux yeux d’améthystes s’obscurcissent soudain. Des bribes de ténèbres apparaissent devant elles et s’assemblent en tournoyant. Fascinée malgré moi, je les regarde former une créature aux contours flous : une conjuration ! Non seulement Lirka ressemble à Eïdo, mais elle maîtrise des pouvoirs similaires ! C’était donc elle qui avait invoqué une entité pour nous agresser !
    
    Il s’agit cette fois d’un être tout en longueur, muni de six pattes, comme un insecte, mais plus larges et vigoureuses. Elle possède une tête allongée avec deux excroissances effilées, comme des cornes ou des oreilles, et ses yeux se réduisent à de simples trous d’ombre.
    
    L’animal – ou plutôt, la conjuration – s’approche de nous d’une démarche sinueuse. D’un geste, Alankilia-Lirak nous invite à grimper sur son dos. Celle-ci s’aplatit pour nous faciliter l’exercice. Une fois que nous nous sommes hissés, tant bien que mal, sur cette insolite monture, la jeune femme s’installe derrière nous. Il reste assez de place pour cinq ou six personnes !
    
    L’assise me semble très confortable, souple et moelleuse. Un peu décontenancée de ne pouvoir me tenir nulle part, j’enfouis mes mains dans la substance noire et vaporeuse. Elles s’y enfoncent comme dans une épaisse toison. Une fois que tout le monde est prêt, la conjuration bondit en avant d’un ample mouvement. La guerrière casquée fait signe à ses troupes de se remettre en marche.
    
    « Pars en avant, je te rejoins dès que possible ! »
    
    La tension s’est pour le moment dissipée, et l’épuisement me rattrape. Mes yeux se ferment d’eux-mêmes. Derrière moi, j’entends la respiration saccadée d’Eïdo. J’espère que là où on nous emmène, il pourra recevoir des soins adéquats. En attendant, nous ne pouvons rien faire d’autre que rester en vie…

Texte publié par Beatrix, 16 octobre 2019 à 23h26
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