Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 36 « Perdu sur la Surface » Tome 1, Chapitre 36
« Il va falloir être prudent… Nous ne sommes ni l’un ni l’autre au mieux de notre forme, et parcourir la surface n’est pas une promenade de santé ! »
    
    La voix d’Eïdo reste étrangement atone tandis qu’il énonce cette évidence. Je regarde autour de moi, un peu perdue… J’ai entendu dire beaucoup de choses sur la dangerosité de ce lieu. La menace représentée par la population des Profondeurs et ses abscura ne représente qu’une partie du problème. Le monde entier veut notre peau ! Les plantes, les animaux, et même des choses indéterminées entre les deux et autres créatures inclassables.
    
    Je m’élève un peu, juste assez pour observer ce qui se passe au-delà du bosquet qui nous a accueillis.
    
    Est-ce que nous avons parcouru une telle distance en fuyant la menace ? À perte de vue, je ne vois que du feuillage… Ou plutôt, ce qui doit en être : les arbres d’ici n’ont que peu de chose à voir avec ceux qui décorent nos parcs dans les cités volantes. Déjà, leur taille me semble pour le moins impressionnante : vus d’en bas, on croirait qu’ils atteignent la voûte du ciel. Leur variété a de quoi stupéfier aussi. Toutes les couleurs s’y mêlent : bien sûr, une variété incroyable de verts, mais aussi du rouge, du jaune et du bleu… Certains feuillages prennent la forme de longues épines ou de larges spatules, de langues barbées ou de vastes palmes. Quelques-uns ont l’air assez agressifs.
    
    La végétation nous marque efficacement, mais elle nous empêche aussi de repérer un quelconque danger – à moins qu’elle ne se révèle encore plus dangereuse que nos adversaires ! En tant qu’alate, je peux aisément m’élever au-dessus des cimes, mais dans son état, Eïdo ne peux invoquer d’alaée ni même invoquer une de ses grandes créatures de brume noire.
    
    D’ailleurs, je ne sais toujours pas ce qui a pu le blesser aussi gravement. L’invocation ou tout autre chose ? Quelque chose me dit que ce n’est pas un hasard si ses blessures se situent juste l’endroit où devraient briller les stigmates des radiants. Je comprends mieux son état après qu’il m’ait sauvée une première fois : chaque fois qu’il invoque ses alaées, il s’inflige de terribles lésions. Quand j’ai comparu la première fois devant le Conseil de l’Agathos, il devait souffrir des mêmes séquelles. Je comprends mieux le mécontentement d’Izel…
    
    Un peu découragée, je décide de redescendre ; si je gaspille trop de mon énergie, je deviendrai un fardeau pour Eïdo ; de plus, ses blessures le rendent vulnérable. Je dois le protéger à tout prix et le ramener à bon port, même si cela semble impossible !
    
    Alors que je commence à perdre courage, j’aperçois quelque chose de familier : une sorte d’éperon minéral. Bientôt, je peux en distinguer plusieurs autres qui culminent au milieu des feuillages. Pourrait-il s’agir des immeubles en ruine qui se trouvent à proximité de l’enclave ? Dans ce cas, il suffira de se diriger vers ce repère. Je fouille dans ma sacoche et trouve une balise de repérage ; je la paramètre pour nous guider dans la bonne direction, même au milieu de la forêt Un peu rassurée, je redescends vers le sol, soulagée de retrouver Eïdo juste à l’endroit où je l’ai laissé, assis sur le tronc d’arbre. Qaund je vois son regard perdu dans le vide, j’ai presque pitié de lui. Cela doit être difficile pour quelqu’un d’aussi fier que lui de se retrouver dans un tel état de faiblesse.
    
    Les yeux pourpres m’interrogent en silence. Je plane à sa hauteur :
    
    « Je pense avoir repéré la ville et je l’ai programmée comme destination. À présent, il va nous falloir marcher, mais je crains que nous en ayons pour un petit moment. Est-ce que tu vas tenir le coup ? »
    
    Il me considère pensivement, avant de répondre :
    
    « Tu devrais me laisser là et rentrer seule… Tu n’as qu’à entrer une balise juste à cet endroit, et vous viendrez me chercher… »
    
    Je me mordille la lèvre en pesant le pour et le contre. Un craquement dans les broussailles attire mon attention. Avant que je puisse comprendre ce qui se passe, une forme menaçante, aussi grosse qu’un petit aéroquartz, bondit au milieu de la clairière. J’ai la vision furtive d’une crête de poil bleu, de flancs rayés, d’une tête énorme hérissé de dents. Mes mains tremblantes cherchent le foudre à ma ceinture. Il s’agit du modèle destiné à disperser les semences, sans doute peu efficace contre une menace plus matérielle. Mais avant que j’aie pu réagir, un éclair fuse sur ma droite ; la bête tressaille et tombe lourdement.
    
    « Dépêche-toi, il n’est qu’assommé. Il recommencera à bouger dans un gros quart d’heure, ce qui devrait nous permettre de mettre assez de distance entre lui et nous. »
    
    Je pose un regard abasourdi sur la créature effondrée : je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi effrayant et je me demande encore de quoi il peut bien s’agir.
    
    « Pour… pourquoi tu ne l’as pas tué ? »
    
    Insensible au tremblement de ma voix, Eïdo soupire :
    
    « Je ne vois pas l’intérêt. Il ne fait que chasser…
    
    — Mais nous avons bien failli lui servir de quatre heures ! »
    
    Ma voix monte dans les aigus sous l’effet d’une panique rétrospective, mais cela n’a pas l’air de troubler mon compagnon.
    
    « Raisons de plus pour nous mettre en route ! »
    
    Pendant ma reconnaissance, il a réussi à trouver un bâton sur lequel s’appuyer. Heureusement pour nous, même si les feuillages forment un dais particulièrement dense, au niveau du sol, la forêt n’est pas particulièrement dense et nous permet de progresser sans trop de difficultés. Malgré tout, je sens bien qu’Eïdo n’ira pas bien loin. En dépit des soins de fortune que je lui ai prodigués, la souffrance marque ses traits. Si seulement nous avions un communicateur avec nous, nous pourrions appeler nos amis et alliés, mais je ne l’ai pas emporté. Comment aurais-je pu deviner que les choses tourneraient si mal ?
    
    Nous ne pouvons qu’avancer et espérer que nous rentrerons au camp sans trop d’encombres.
    
    

Texte publié par Beatrix, 4 septembre 2019 à 01h02
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 36 « Perdu sur la Surface » Tome 1, Chapitre 36
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1541 histoires publiées
711 membres inscrits
Notre membre le plus récent est SaraAfonso
LeConteur.fr 2013-2020 © Tous droits réservés