Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 35 « Le prix de ses ailes » Tome 1, Chapitre 35
Je respire profondément, tentant de calmer la panique qui s’empare de moi.
    
    Eïdo est blessé… Il faut que je l’aide !
    
    Mais comment faire ? Nous sommes perdus en territoire dangereux et je tiens à peine debout. Je ne possède que quelques vagues connaissances en premiers soins, que je n’ai jamais eu l’occasion de mettre en pratique. Je ne suis même pas sûre que je ne vais pas m’évanouir à la vue d’une plaie à vif.
    
    « Eïdo ? Est-ce que tu m’entends ? »
    
    Il prend une longue inspiration ; enfin, ses paupières tressaillent et s’ouvrent sur des yeux noyés de douleur.
    
    « Pri… Prismè ?
    
    — Est-ce que tu peux te lever. ? »
    
    Au bout d’un long moment, il acquiesce puis se redresse avec peine. Nous titubons ensemble jusqu’à un tronc d’arbre. Je m’y assois avec soulagement ; il se laisse tomber à côté de moi, tandis que je détache la trousse de secours de ma ceinture pour en vérifier le contenu. Lors de mon intégration dans la patrouille, on m’a appris à me servir des différents produits qui s’y trouvent. Spray anti-bactériologique, gel hémostatique, patch analgésique, compresse absorbante… je devrais pouvoir maîtriser tout ceci. J’examine attentivement le conjureur, mais il ne porte aucune plaie visible… sa combinaison n’est même pas déchirée.
    
    « Où es-tu blessé ? »
    
    Il baisse les yeux, comme s’il n’osait pas me répondre… C’est nouveau. J’ai l’habitude d’un Eïdo froid, arrogant, hautain ou tout simplement renfermé. Ce qui résume toute la gamme lumineuse de son merveilleux caractère. Si je ne tentais pas de le discerner par le regard de l’aïrin ou d’Atina – et s’il ne m’avait pas déjà sauvé la vie, je le considérerais comme l’un des types les plus désagréables au monde…
    
    Malgré tout…
    
    Il existe en lui quelque chose de plus profond, qui se dérobe à l'attention, et d’infiniment triste aussi.
    
    Peut-être que je le connais mieux que je le crois.
    
    Peut-être que je ne le connais pas du tout.
    
    Une chose est sûre, je n’ai aucune idée de ce qu’il voit en moi, finalement, pour avoir ainsi facilité mon intégration sur l’Agathos.
    
    « Je… Je ne peux pas te laisser comme cela… »
    
    Alors, lentement, péniblement, il lève les bras pour détacher le haut de sa combinaison, et se déshabille jusqu’à la taille. Dessous, il porte juste un T-shirt noir, mais je peux voir qu’il est trempé de sang. Le simple effort qu’il vient de fournir le laisse tremblant et pratiquement privé de forces. Encore une fois, l’absence de déchirure sur le vêtement m’intrigue. Se pourrait-il qu’une ancienne blessure se soit rouverte ? Comme celle qu’il a reçu quand il m’a sauvée ? Dans des circonstances étonnamment similaires, d’ailleurs…
    
    Mais l’heure n’est pas aux interrogations. Je saisis une petite lame vibratoire et je commence à fendre le tissu.
    
    « J’espère que tu n’y tenais pas trop… »
    
    C’est une remarque boiteuse, et j’en suis consciente. Un petit frémissement parcourt son corps ; je crains de lui avoir fait mal, mais je me rends compte qu’il est en train... de rire. Un rire presque silencieux et un peu sarcastique, mais peu importe, je me sens un peu moins inquiète ! Et c’est sans doute ce qu’il recherche.
    
    Enfin, l’étoffe se sépare, même si le sang la colle contre la peau. Avec précautions, je l’écarte des blessures potentielles… et je reste muette, contemplant avec stupeur ce que je viens de dévoiler.
    
    Sur l'épiderme blanc, les traînées rouges tranchent de manière dramatique, mais l’épaisseur de ces coulures ne parvient pas à dissimuler les deux détails effrayant – pour l’un – et surprenant – pour l’autre qui apparaissent à mes yeux : le long de sa colonne vertébrale figure une succession de médaillons comme dessinés à l’encre, qui comportent d’étranges symboles. Avant même de m’en apercevoir, je les ai comptés… Ils sont douze, depuis sa nuque jusqu’au creux de ses reins. Je me demande s’il y a un rapport avec sa nature de conjureur. C’est très possible, finalement.
    
    Mais ce n’est pas ce qui me choque le plus…
    
    Juste à la hauteur de ses omoplates, là où devraient se trouver les taches pâles et lumineuses que portent tous les alates, je ne vois pas des ellipses plus sombres, comme pourraient le laisser présager ses alaées noires, mais deux plaques de tissu cicatriciel, comme s’il avait été brûlé et blessé de façon répétitive au même endroit. La chair torturée s’est fendue de nouveau. Les fissures profondes et irrégulières saignent abondamment…
    
    Est-ce que l’apparition des alaées qui les provoque ? Certaines cicatrices semblent un peu plus récentes que les autres. Comme si elles remontaient à quelques semaines seulement… La période de mon premier sauvetage.
    
    L’hémorragie est suffisante pour l’affaiblir et je me sens démunie… Comment faire pour le traiter ? Je n’ai rien pour nettoyer une telle quantité de sang.
    
    « Je crois que je vais devoir sacrifier ton T-shirt…
    
    — Pas de soucis… j’en ai d’autres. »
    
    S’il n’était pas aussi sérieusement atteint, il aurait haussé les épaules. Je ne patiente pas une minute de plus pour découper ce qui reste du vêtement et essuyer autant de sang que possible, avant de m’attaquer aux blessures par elle-même. Même si je me sens partagée entre l’horreur et un désir croissant de comprendre, je n’ai pas le temps de m’y attarder : nous sommes tous les deux affaiblis et en territoire hostile.
    
    Après avoir pêché une compresse désinfectante dans la trousse de secours, je fais de mon mieux pour nettoyer les plaies, même si cette vision me soulève le cœur.
    
    « Utilise le scelgel… », souffle-t-il.
    
    Bien sûr… où avais-je la tête ? Je sors le spray et je l’amorce, puis je pulvérise sur les crevasses une pellicule protectrice qui les stabilise et coupe l’hémorragie en attendant qu’Izel puisse s’en occuper. Je frémis en songeant que le médecin ne sera pas des plus satisfaits en voyant l’état de son ami.
    
    Pour le moment, ce n’est pas le plus important. Je couvre ses omoplates de bandages épais, avant de coller sur son épaule un patch antidouleur. Il est resté silencieux et stoïque tout du long – je n’en suis pas autrement étonné. Mais je demeure inquiète pour lui. Ces blessures ne sont pas mortelles, mais il a perdu beaucoup de sang. J’ignore à quelle distance de l’enclave nous nous trouvons et nous devons rentrer vite, de crainte que les légendaires dangers de la surface ne fondent sur nous.
    
    Péniblement, Eïdo renfile le haut de sa combinaison, avant de reporter son attention sur moi.
    
    «Et pour toi ?
    
    — Ça devrait aller… Je n’ai rien de cassé. »
    
    Avec précaution, je me lève et teste le poids que peut supporter ma jambe. Je parviens à esquisser quelques pas, même si c’est vraiment douloureux. Avec une petite grimace, je retourne m’asseoir sur le tronc.
    
    « Laisse-moi voir… »
    
    Avec un soupir, je décide d’obtempérer, défaisant les attaches qui resserrent le bas du pantalon avant de le remonter. Une magnifique ecchymose s’étend depuis la cheville jusqu’à la moitié de la jambe.
    
    « Tu ne devrais pas t’appuyer dessus tant que tu ne connais pas l’étendue des dégâts… Je vais passer le scanner, si tu le veux bien. Est-ce que tu veux bien allonger ta jambe sur le tronc ? »
    
    Je lui obéis, un peu gênée de le voir s’occuper ainsi de moi alors qu’il est atteint bien plus gravement que moi. Mais je n’ai aucune intention de le contrarier tandis qu’il passe la petite douchette au-dessus de la blessure, avant de consulter l’écran.
    
    « Pas de fracture apparente. Il y a une possibilité de fêlure, mais qui n’est pas confirmée. Un spray froid et du repos sont les seuls traitements conseillés pour le moment. »
    
    Je passe une main dans mes cheveux en soupirant… Voilà qui ne m’avance pas vraiment.
    
    « Eh bien, il n’y a qu’une seule solution… »
    
    Je me lève avec précaution, en faisant porter tout mon poids sur ma jambe valide, avant d’invoquer mon énergie d’alate. Mes alaées éclosent juste assez pour me permettre de planer un peu au-dessus du sol.
    
    « Je vais me débrouiller comme ça. Ça devrait aller si nous n’avons pas trop de distance à parcourir… »
    
    Eïdo me lance un regard dubitatif, mais il a la sagesse de ne pas faire de remarque.
    
    Ou peut-être qu’il est bien trop épuisé pour cela…
    
    

Texte publié par Beatrix, 21 mai 2019 à 23h53
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 35 « Le prix de ses ailes » Tome 1, Chapitre 35
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1540 histoires publiées
709 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Chrissie
LeConteur.fr 2013-2020 © Tous droits réservés