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Tome 1, Chapitre 34 « Un duel de titans » Tome 1, Chapitre 34
Cette fois, c'est l'incompréhension qui me saisit. Comment est-ce possible ? Pourquoi Eïdo agit-il de cette manière ? Essaye-t-il de me montrer que je commets une erreur ? Je me recule, effrayée... Le foudre tremble entre mes bras ; soudain, il semble peser une tonne. Je plonge vers la surface, à la recherche de mes compagnons, mais je ne vois Eïdo nulle part. À quoi peut-il donc bien jouer ?
    
    Quand je me retourne, le monstre me poursuit toujours. Je commence à croire qu'il en veut vraiment à ma vie ! Mais... pourquoi ?
    
    Eïdo !
    
    Je m'aperçois que je viens de hurler son nom à pleine voix. Je l'implore, je le supplie... Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Je fonce en larges cercles, inclinant mes alaées autant que possible, afin d'échapper à la créature... Dans mes oreilles, le bruit de l'air se fait assourdissant.
    
    Soudain, l'ombre est au-dessous de moi... sans que je l'aie vu s'y glisser. Je baisse machinalement le regard sur quelque chose de bien plus familier que ce dragon de brume noire... une immense phalène griffue ! Elle monte à la verticale, juste devant moi, avant de décrire un grand arc pour me contourner. Je pivote sur moi-même, suivant des yeux sa trajectoire, qui le mène droit sur mon poursuivant !
    
    Je comprends seulement que le dragon n'a pas été invoqué par Eïdo ! Même dans ma situation délicate, j'en éprouve un intense soulagement.
    
    J'aperçois brièvement mon compagnon de l'Agathos, sur le dos de la phalène, avant de plonger pour échapper au duel féroce qui va commencer. Je me souviens soudain que mon objectif, avant toute chose, reste d'éliminer la semence pour sauver l'enclave. Même si, derrière moi, deux êtres monstrueux sont en train de s'affronter. Et qu'Eïdo encourt un terrible danger pour me donner le temps de remplir mon devoir – et d'y survivre. J'ai la bouche sèche et mon cœur bat de plus en plus vite... je crains presque qu'il ne s'arrache de ma poitrine.
    
    C'est simple, pourtant. Vérifier que le foudre est activé. Le braquer sur la semence. Tirer. Je l'ai fait des dizaines de fois lors de notre dernière mission. Peu importe si une bataille acharnée se livre dans mon dos. Je dois me concentrer sur ma tâche, avant toute chose.
    
    J'étends mes alaées pour me stabiliser, avant de viser soigneusement. La semence présente une apparence étrange... Comme si une gangue d'air brouillé l'enveloppait...
    
    Il me faut agir, et sans tarder. J'ajuste mon tir... Mes doigts se referment sur la détente. Le faisceau étincelant du foudre s'élance vers la cible, en s'évasant pour l'englober toute entière. Mais dès que le rayon lumineux touche la semence, un gigantesque éclat blanc jaillit devant moi... Je me trouve précipitée en arrière par le souffle d'un effroyable dégagement d'énergie. Mon corps tourbillonne comme une feuille morte. Je tente désespérément d'étendre mes alaées pour freiner le mouvement, mais je ne les maîtrise plus... elles palpitent, menaçant de disparaître d'un moment à un autre.
    
    À moins d'un miracle, je ne m'en sortirai pas. Je ne contrôle plus rien. Comme dans un cauchemar, je vois la palissade de l'enclave, avec ses pieux acérés, filer vers moi. Je ferme les yeux, tout en sachant que cela n'évitera pas le danger ; je m'attends d'un instant à l'autre à sentir les pointes de bois me déchiqueter. Malgré tout, je me cramponne aux quelques miettes d'espoir qu'il me reste.
    
    Ma jambe droite heurte quelque chose ; aussitôt, la douleur fuse, si intense que j'en ai le souffle coupé. Je serre les dents pour ne pas hurler.
    
    Quand je rouvre les paupières, le monde n'a plus d'envers ni d'endroit, mais je parviens malgré tout à entrevoir des morceaux de paysages ; de la végétation, des ruines... je suis passée de l'autre côté de la palissade ! Pour l'instant, l'élan me maintient dans les airs, mais mes alaées continuent de faiblir. Bientôt, je m'écraserai au sol. Avec un peu de chance, j'atterrirai dans un buisson. Au pire, je heurterai un mur écroulé ou un tronc aussi dur que l'acier. Dans tous les cas, les horreurs qui hantent la surface n'auront qu'à me cueillir...
    
    Je sens mes alaées disparaître. Cette fois, rien ne pourra me sauver... Et pourtant, comme dans un rêve, des bras vigoureux me rattrapent. Une fraction de seconde, je distingue les lames multiples d'alaées noires, avant de refermer les yeux en prévision de l'impact...
    
    Qui ne vient pas.
    
    Alors, j'entrouvre les paupières, juste assez pour apercevoir un visage ovale, aux traits minces et élégants, de iris pourpres et des mèches brunes, bleues et rouges qui se balancent dans le vent d'altitude.
    
    « Eï...do ? »
    
    Ma voix n'est qu'un souffle déchiqueté par le vent. Il a brisé ma chute ; nous descendons lentement. Ses bras enserrent ma taille et je lui fais face, pressée maladroitement contre lui. Ma joue repose sur son épaule ; je respire l'odeur synthétique de sa combinaison, mais aussi une autre, douce et boisée. La douleur de ma jambe continue de pulser, lancinante, mais tolérable ; je me demande si elle est déchirée, cassée, arrachée peut-être ; pourtant, je ne sens pas la chaleur visqueuse du sang couler sur ma peau. Étirant un peu le cou, j'aperçois, par-dessus l'épaule d'Eïdo, l'affrontement qui se poursuit entre les deux monstres de brume obscure. Bientôt les frondaisons dissimulent la scène ; nous atterrissons dans une petite clairière au sol tapissé d'herbe d'un vert tendre, qui laisse place par endroits à une mousse épaisse. Je découvre le visage d'Eïdo tendu, crispé... comme s'il souffrait ? A-t-il été blessé lui aussi ?
    
    Il me pose avec douceur, veillant à ce que je tienne en équilibre sur ma jambe valide avant de m'aider à m'asseoir sur un tronc d'arbre abattu. Dès que je suis installée, il se recule brusquement et se plie légèrement en avant... Je l'entends prendre de larges inspirations rauques...
    
    J'essaie de me lever pour aller vers lui, mais la douleur de ma jambe m'arrache un cri ; je retombe sur ce banc improvisé, sans pouvoir faire autre chose que le regarder tandis que les multiples lames noires de ses alaées se rétractent. Eïdo tombe sur un genou, le visage crispé par la souffrance. Ses épaules tremblent légèrement, en dépit de ses efforts pour se contenir, mais sa douleur reste effrayante à voir. Pourtant, je ne vois aucune blessure apparente...
    
    Peu à peu, la douleur dans ma jambe se calme. Après précaution, je tente de me lever, pour constater qu'elle peut vaguement porter mon poids. En serrant les dents, je boitille en direction de l'invocant. Il ne semble même pas s'apercevoir de ma présence...
    
    « Eïdo ? »
    
    Ma main se pose doucement sur son épaule ; il tressaille à mon contact. À travers sa combinaison noire, je sens un liquide chaud et poisseux maculer mes doigts. Je les retire précipitamment pour les regarder avec effarement.
    
    Ma main est couverte de sang.
    
    

Texte publié par Beatrix, 7 mai 2019 à 22h59
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