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Tome 1, Chapitre 26 « Un monde dangereux… et mystérieux » Tome 1, Chapitre 26
Le lendemain matin, je suis prête dès l’aube. Je ne vois personne à la cafétéria, si ce n’est Faïn qui m’adresse d’une voix grave les recommandations d’usage : être prudente, ne pas m’éloigner des autres, me fier à leur jugement et leur expérience… L’intendant est pire que mon père – en même temps, j’ai toujours vécu avec ma famille dans un univers particulièrement sûr.
    
    Je me regarde dans le miroir de mon réduit sanitaire : je porte ma combinaison renforcée qui me sert en vol, un sac à dos avec quelques vêtements de rechange et des effets de toilettes, ainsi qu’un peu de matériel, comme une balise de localisation.
    
    Quand j’arrive dans la baie qui abrite la navette multiplace, j’aperçois un engin qui ressemble à un vaste aéroquartz : un énorme éclat de cristal avec un moteur à iridescence, comme les plus petits modèles. J’ai cru comprendre par quelques commentaires que le Conseil de l’Agathos n’était pas particulièrement favorable à ce type d’énergie, pourtant répandu à Ether, mais j’ignore pour quelle raison.
    
    Elwen et Cipher sont déjà présents ; comme moi, l’Alate porte sa combinaison d’intervention. L’Aïrin a troqué son uniforme impeccable contre une tenue de terrain ; je note que cette allure un peu plus négligée ne lui va pas si mal. Izel et Eïdo, équipés de la même façon, arrivent ensemble, pris dans les arguments d’un débat enflammé – du moins de la part du médecin ; le conjureur se montre juste un peu plus assertif qu’à l’accoutumée. D’après ce que je crois comprendre, Izel craint que le brun fasse de nouveau preuve d’imprudence. Il tente de recueillir le soutien de l’Aïrin, qui se contente lui répondre sereinement
    
    : « De toute façon, une fois sur place, nous nous contenterons de partager un repas avec les anciens du clan et d'écouter les informations qu’ils voudront bien nous donner. Ce n’est pas la peine de t’inquiéter autant !
    
    — Elwen, j’éprouve le plus grand respect pour toi, grommelle Izel, mais parfois, tu fais preuve d’un peu trop de… naïveté ? »
    
    Après avoir assisté à l’échange de l’Arène, je serais tentée de penser qu’Izel n’a pas tort. Mais je peux comprendre le point de vue d’Eïdo. Les précautions qu’il se trouve contraint d'observer doivent lui sembler pesantes...
    
    « Ça suffit, vous deux, déclare Elwen calmement. Eïdo, je compte sur toi pour ne rien faire de dangereux… Quant à toi, Izel, lâche un peu de lest. Eïdo sait très bien que s’il n’est pas en état d’agir, il nous met tous en danger… N’est-ce pas ? »
    
    Il adresse un large sourire aux deux membres de son conseil, qui portent la même expression maussade. Je me glisse à côté de Cipher, pour lui demander à voix basse :
    
    « Dis-moi… Ils passent tout leur temps à se disputer, ou ils sont aussi capables de parler calmement ?
    
    — Oh, cela arrive. Au moins, cela arrivait. Quand Eïdo est arrivé sur l'Agathos, comme Izel était juste un peu plus âgé que lui, il l’a pris sous son aile. Ils sont devenus inséparables, mais… à présent, les choses ont changé. »
    
    Parce que la condition d’Eïdo empire, si j’ai bien saisi. Et qu’en tant qu’ami, Izel le supporte mal. Je peux le comprendre. Je connais encore très peu le conjureur aux cheveux noirs, mais il m’a sauvé la vie et je ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque chose de grave. Même s’il n’est pas des plus agréables.
    
    Enfin, Atina fait son apparition et nous pouvons monter dans la navette. Elwen prend les commandes et la femme brune s’installe à côté de lui, sans doute pour lui servir de copilote – ou pour discuter avec lui de la stratégie à adopter quand ils rencontreront le clan Darken. Cipher se dirige vers le premier rang ; je la suis machinalement. Izel se hâte d'aller s'asseoir près d’elle, ce qui me laisse le troisième siège. Ce qui veut dire qu’Eïdo se retrouve relégué au deuxième rang.
    
    Je serre les dents, contrariée par la tournure des choses. Je n’ai aucune envie de voir le conjureur rester seul à l’arrière ! Ce serait cruel ! À moins qu’une fois encore, le médecin n’ait cherché à me rapprocher de lui en m’obligeant indirectement à lui tenir compagnie. S’il croit que je n’ai pas compris, il se trompe ! Il est hors de question que je me laisse avoir par une manœuvre aussi grossière…
    
    Eïdo n'a pas l’air particulièrement troublé par la situation. Il me vient à l’esprit qu’il aurait pu s’asseoir à côté d’Izel, mais qu’il n’a pas voulu que je me retrouve seule. Ou peut-être souhaite-t-il rester à l’écart du médecin. C’est assez difficile à dire. Maudissant mon bon cœur, je m’installe finalement au second rang. Je ne sais pas combien de temps durera le voyage, mais je devine que je vais payer au prix fort cet acte de générosité.
    
    Bien entendu, il ne m'accorde qu’un bref regard avant de se tourner vers la fenêtre. Je cherche désespérément quelque chose à lui dire, mais je sèche lamentablement.
    
    La navette décolle enfin ; je focalise toute mon attention sur le paysage qui se déploie en dessous de nous : une fois que nous avons passé la couche de nuages, c’est un spectacle splendide qui nous accueille. Vue du ciel, la surface d’Almaïa paraît toujours aussi somptueuse, à peine souillée par les masses grises et ternes de limbes, qui jurent avec la blancheur des nuées. Mais partout ailleurs, s’étendent de vastes continents vert et brun, alternant avec le bleu saphir des océans. Je ne bénéficie pas de la meilleure des perspectives, car Eïdo est assis entre moi et la fenêtre, mais cela ne m’empêche pas de contempler avidement la magnificence de la terre qui nous a donné le jour. Je ressens soudain une étrange nostalgie, que je n’avais pas crue possible pour un lieu où je n’ai jamais mis les pieds.
    
    Dans une courbe gracieuse, la navette se rapproche de son point d’atterrissage, à l’intérieur d'un des continents. Tandis que nous descendons vers Almaïa, j’observe avec fascination ce qui ressemble à une ancienne ville, avec des immeubles de haute taille, à présent envahis par la végétation, voire en partie effondrés. Les routes se réduisent à de vagues souvenirs que l’on devine au milieu des vastes masses végétales… Je me rappelle soudain que les plantes ont muté en de nouvelles formes particulièrement dangereuses et je ne peux réprimer un frisson.
    
    La ville ne devait pas être si différente de Strata, sauf qu’au lieu d’être d’une blancheur immaculée, elle devait allier des couleurs plus chaudes, du gris, du brun, de beige, en plus du métal et du verre. Les carcasses d’anciens véhicules jonchent les lieux dégagés, comme des exosquelettes d’insectes vidés de toute leur substance.
    
    Mais ce n’est pas au cœur de ces ruines que se trouve notre destination ; nous bifurquons vers un quartier couvert de bâtiments plus modestes. Ils ressemblent presque à des jouets d’enfant, à cette distance. Leurs murs ont dû être blancs, leurs toits gardent des traces de vert et de rouge. Les restes d’anciennes barrières délimitent des espaces enclos autour de chacune d’elle, mais bien peu demeurent intactes…
    
    Finalement, la navette descend vers une vaste aire dégagée, à côté d’une zone circulaire entourée d’une haute palissade, parsemée de ce qui semble être des tentes. Est-ce ici que vit le clan Darken ?
    
    Enfin, l'engin touche le sol ; sans offrir un second regard à mon voisin trop taciturne, je déboucle mon harnais et je bondis à la suite de mes autres compagnons.
    
    

Texte publié par Beatrix, 3 janvier 2019 à 23h44
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