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Tome 1, Chapitre 17 « Une nouvelle routine s'installe » Tome 1, Chapitre 17
Les gens de l'Agathos mettent rarement le pied sur une ville d'Ether. Y compris ceux qui pourraient le faire sans risque. Je suppose que c'est par solidarité, ou peut-être parce qu'ils n'ont plus le sentiment d'appartenir à cette nation depuis longtemps – s'ils l'ont jamais eu. Je me demande comment Cipher est arrivée là... Si elle a été intégrée comme moi, par un coup de chance... ou dans des circonstances moins claires. Je commence à m'attendre à tout quand il s'agit des membres du Conseil !
    
    Que ce soit à l'école et dans l'armée, ou à n'importe quel endroit de Strata, je me suis toujours trouvée environnée de gens. Alors passer tout mon temps avec les sept mêmes individus, dans un lieu aussi vaste, est tout à la fois étrange et franchement impressionnant. Certes, il ne peut être comparé à l'immensité du ciel, mais l'intérieur de l'Agathos représente un espace écrasant...
    
    Je me demande ce que font les membres du Conseil quand ils ne partent pas en mission. Nous disposons de beaucoup loisir sur le croiseur Mecamens. D'après Faïn, les autres se consacrent à l'amélioration de leurs compétences et à leurs diverses passions personnelles. Il est assez rare de se rencontrer par hasard. J'ai déjà plusieurs fois aperçu Tiri dans les couloirs, où elle se hâtait pour vérifier telle ou telle partie de l'Agathos. Je n'ai jamais tenté de lui adresser la parole. Je ne suis pas certaine qu'elle apprécierait que j'interfère avec son... sens du devoir. Et je dois avouer qu'après ce que j'ai appris sur sa famille, je ne saurais pas quoi lui dire. Elle n'a pas le talent de l'Aïrin pour mettre les gens à l'aise – c'est même un euphémisme !
    
    Après les deux heures d'entraînement quotidien, je me repose une heure puis je rejoins le plus souvent Faïn pour l'aider à vérifier les stocks ou une autre tâche d'intendance ; je ne dois pas lui être très utile, mais je pense qu'il apprécie la compagnie. Cela nous offre l'occasion de discuter, pas seulement pour le travail. C'est un passionné de littérature, qui adore la poésie ancienne – celle du temps d'Almaïa. Il dit que cela lui permet d'imaginer le monde tel qu'il était avant l'ouverture des failles et la corruption de la Surface. Et cela lui donne aussi l'espoir qu'un jour, notre planète sera rendue à la normale – du moins, autant que possible.
    
    Le repas se déroule autour d'une grande table dans la « petite salle à manger numéro quatre » du croiseur. C'est l'occasion pour les membres du Conseil d'échanger des informations sur leurs occupations du moment et sur la situation d'Ether, mais surtout sur la Surface et les Profondeurs. Je ne comprends pas grand-chose à leurs considérations, où reviennent souvent des noms de factions dont je ne sais rien. À tout prendre, je préfère les questions d'organisation à bort de l'Agathos. Parfois, un des convives – généralement l'Aïrin, Faïn, Atina ou Izel – essaye de m'inclure à la conversation. Ils m'interrogent sur mes goûts, mes expériences passées, l'école, l'armée, ma famille... Ce qui est logique vu que je n'ai pas grand-chose d'autre à raconter. À côté d'eux, je me sens comme une petite fille. Je suis pitoyablement jeune aussi... Même l'Aïrin et Tiri ont au moins cinq ans de plus que moi... Cela me paraît énorme !
    
    Après le repas, j'ai deux heures de liberté que j'occupe généralement à lire, jouer ou regarder les vidéos sur mon ordinateur. Sur l'Agathos, les réseaux avec Ether ne sont actifs que pour les canaux officiels, ce qui me coupe littéralement de ma famille et de mes amis. De toute façon, je ne suis pas censée leur raconter ma vie sur le croiseur. Cela ne m'empêche pas de rédiger un petit journal en local, histoire de garder les choses en mémoire.
    
    Je vais ensuite rejoindre Izel, qui a proposé de me donner des cours de premiers soins, une initiative que j'ai accueillie avec un grand plaisir. Je sais qu'il passe beaucoup de temps le nez fourré dans des publications médicales et qu'il écrit ses propres thèses sur les observations qu'il peut faire sur les membres divers du conseil : c'est sans doute le seul endroit où se côtoient des radiantes, des sensitifs – en l'occurrence, l'Aïrin et sa cousine éloignée – et des abscura, ou du moins, ce qui y ressemble le plus. Il prétend étudier comment ces différences peuvent se traduire au niveau du métabolisme. Il affirme aussi qu'il compose un recueil de mauvaises blagues, mais je pense qu'il se moque de moi ! Puis vient l'heure du thé avec Atina ; j'ai découvert qu'elle était une artiste accomplie, qui s'exerçait à la peinture et au tissage. Je comprends mieux la décoration de sa cabine ; elle a même promis de m'apprendre !
    
    Avant le repas du soir, il me reste encore pas mal de temps. Je me perds dans l'Agathos avec en main une tablette-plan qui parvient toujours à me faire revenir à un point connu. Je suis heureuse de bénéficier de cette liberté. Personne ne semble vouloir m'empêcher d'explorer, du moment que je me trouve au bon endroit à la bonne heure. C'est déjà réconfortant, en un sens.
    
    C'est ainsi que je suis tombée sur l'arène. Au départ, je n'avais aucune idée de ce que pouvait bien être cet espace circulaire en contrebas d'une galerie, dont les parois sont bizarrement concaves. Je ne suis pas du genre à passer trop de temps à examiner ce que je ne comprends pas.
    
    C'est tout à fait par hasard que je suis parvenue au même endroit aujourd'hui... ou plutôt, parce que je me suis perdue et que j'ai tenté de retrouver mon chemin sans l'aide du plan. Mais le bruit d'une activité inhabituelle m'attire vers ce lieu... Comme des statiques venant d'une source électronique.
    
    Je rentre avec discrétion – du moins je l'espère. Cette fois, l'arène est illuminée par de puissants spots et pas seulement vaguement éclairée par les veilleuses que l'on peut voir sur tout le croiseur.
    
    Surprise, je m'approche pour examiner ce qui se passe dans la cour circulaire. Je ne m'attendais pas à la vision qui s'impose à moi : l'espace central est entouré d'un mur électromagnétique, sans doute pour éviter que quelqu'un se blesse en heurtant les parois. Au milieu, vêtus de simples combinaisons bleues et armés de ce qui ressemble à des épées de lumière, se trouvent Elwen et Eïdo.
    
    Ils s'affrontent dans une sorte d'art martial qui implique des figures compliquées au cours de laquelle les lames d'énergie frappent l'une contre l'autre. Grâce aux commandes de la poignée, ils peuvent faire varier à volonté la longueur de l'épée, ou même séparer la garde en deux pour manier l'engin comme un bâton. Je les observe avec étonnement ; je ne pensais pas qu'ils étaient formés à ce style de combat.
    
    Eïdo, avec sa haute taille, bénéficie de plus d'allonge, mais Elwen se rattrape par sa rapidité et la précision de ses gestes. Ou du moins est-ce l'impression que j'en ai ; mon œil n'est pas assez averti pour déterminer qui est le meilleur. Aucun des deux, pour l'instant, n'a réussi à faire atterrir un coup, dans ce qui ressemble à une danse mortelle – mais seulement en apparence. Il est évident qu'ils sont attentifs à ne pas blesser leur adversaire. Je doute d'ailleurs que ces armes soient capables de faire des dégâts, malgré leur aspect impressionnant.
    
    Je n'ai aucune expérience dans ce genre d'activité, m'ais j'apprécie la vision de ce combat. L'Aïrin semble une personne différente, avec son visage grave et concentré, et cette vivacité qui s'empare de tout son être. Mais la même chose est vraie pour Eïdo ; il montre une grâce que je ne soupçonnais pas, qui donne à son corps grand et mince un contrôle évident. Après avoir observé un moment leurs échanges, j'en viens à considérer le brun comme plus expérimenté que l'Aïrin – ou simplement plus doué pour l'exercice.
    
    Mais curieusement, c'est Elwen qui, le premier, passe la garde d'Eïdo et lui porte un coup qui l'atteint en haut du bras. Une gerbe d'étincelles surgit et son adversaire lève la main vers son épaule en grimaçant légèrement. L'Aïrin éteint aussitôt son arme et la pose derrière lui avant de se précipiter vers son ami.
    
    « Est-ce que ça va ? C'est encore ton dos ? »
    
    Eïdo secoua la tête, mais même de l'endroit où je me trouve, je peux voir sa main quitter son bras pour se tendre vers son omoplate.
    
    « La cicatrisation est de plus en plus longue », commenta-t-il avec un pâle sourire.
    
    La cicatrisation ?
    
    Est-ce qu'il a été blessé ? En me sauvant, peut-être ?
    
    Voilà qui expliquerait bien des choses...
    
    Par exemple, pourquoi Izel était fâché de sa présence dans la salle du conseil. Atina avait raison. Eïdo n'était pas énervé, ou indifférent... mais simplement souffrant.
    
    « Je n'aurais pas dû accepter de t'affronter, déclare Elwen fermement. Tu n'étais pas encore en état. Il faut que tu ailles voir Izel dès que possible.
    
    — Elwen... »
    
    Avec des gestes las, contrastant douloureusement avec la maîtrise qu'il a montrée pendant le combat, il fait disparaître la lame de sa propre épée et se tourne vers l'Aïrin :
    
    « Si je devais attendre d'être suffisamment en forme, je ne pourrais jamais m'entraîner. Et aller voir Izel ne changera rien »
    
    Elwen secoue la tête avec agacement ; il s'approche de son ami et pose une main sur son épaule.
    
    « Je ne peux pas te reprocher d'avoir agi comme tu l'as fait. Mais par pitié, fais attention à toi. »
    
    Eïdo se retourne ; un petit sourire triste joue sur ses lèvres.
    
    « Je ne peux rien te promettre... »
    
    Il se dégage avec douceur et quitte l'arène par une porte discrète dans le coin de l'espace de combat. Un peu troublée, je me retire avant que l'un ou l'autre puisse me voir.
    
    

    
    Eïdo, que va-t-on faire de toi ?
    Prismè a encore beaucoup à apprendre de ses camarades, mais elle est sur la bonne voie ! :)
    

    

Texte publié par Beatrix, 6 avril 2018 à 23h57
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