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Tome 6, Chapitre 6 Tome 6, Chapitre 6
Malgré sa mission réussie Bluebird n’était pas encore l’égal de son professeur. S’éloigner de la ville lui faisait croire en la fin du danger. Batman lui demeurait toujours sur le qui-vive.
    
    « Si tu n’as pas pu prendre notre carriole, ça veux dire que l’écurie...»
    
    « Ne t’inquiète pas. J’y suis tout de même passée et ai saboté les fers des chevaux comme prévu. » Coupa Bluebird fière d’elle. « Ils ne pourront pas nous poursuivre. »
    
    « Pourquoi ne pas avoir prit notre carriole alors ? »
    
    « On n’allait tout de même pas partir les mains vides. »
    
    Batman saisit rapidement l’allusion, et par conséquent jeta un œil à l’intérieur de l’habitat roulant. Jervis Tetch encore inconscient et attaché, l’y attendait. Gonflée d’orgueil Bluebird attendait les compliments de son mentor.
    
    « Tu n’as pas respecté notre plan, et prit des risques inutiles. »
    
    Sans être colérique le ton employé était dur. Le ressentant comme attaque Bluebird fidèle à elle-même répliqua immédiatement.
    
    « On s’en est sortit quand même ! Et puis j’ai fait une diversion. T’as dû voir la voir : l’incendie du potager. »
    
    En tant que Batman il était habitué aux affrontements, pas aux dialogues. Toutefois il sut s’adapter, et devint plus explicatif qu’autoritaire.
    
    « Ce que nous faisons est dangereux. Une simple erreur ou inattention peut avoir de graves conséquences. Rappelles-toi de l’ergot. Et une modification ou une improvisation rajoute des incertitudes supplémentaires. »
    
    Ce changement de comportement perturba Bluebird. Contrairement à son mentor toute son existence avait été un combat, et pas seulement lorsqu’elle portait un masque. D’une certaine façon elle se retrouva acculée, et finit donc par dire la vérité :
    
    « Je ne pouvais pas le laisser s’en tirer ! »
    
    Batman réalisa sa négligence. Le ressentiment de sa partenaire envers Jervis allait bien plus loin qu’il ne le croyait.
    
    « Allons cher monsieur. Il faut accepter la fougue de la jeunesse. »
    
    Depuis combien de temps Jervis avait-il reprit conscience ? Par chance rien dans la conversation entre Batman et Bluebird ne permettait de les identifier.
    
    « La ferme. » Lui balança brutalement Bluebird.
    
    « Je prends ta défense ! » Répliqua le bonimenteur d’une voix plus tendre.
    
    La tension montait. Batman décida de l’aplanir d’abord par la parole. Le bâillon viendrait après si nécessaire.
    
    « Vos tromperies ne fonctionnent pas avec nous. Nous sommes des scientifiques. J’ai analysé votre soi-disant remède miraculeux. »
    
    « Scientifiques ! » Répéta Jervis avec dédain. « Vous croyez toujours tout savoir. Si vous aviez levés les yeux de vos livres, et de vos microscopes, vous auriez réalisé de quoi sont désormais capables les habitants de Blüdhaven grâce à moi. »
    
    Bluebird répondit à cette réplique par un soupir de mépris. De son point de vue ce n’était rien d’autre qu’un bobard de plus. Se rappelant des prouesses de Gunther, Batman lui se retourna. Ce signe d’attention provoqua une montée de lyrisme chez Jervis. Comme s’il n’était pas déjà assez pompeux.
    
    « Dès que vous êtes venu fourrer votre nez dans mes affaires, ils ont accouru comme un seul homme. Parce que j’ai réalisé leurs rêves. Alors que tous les autres les ont abandonné dans cette ville devenue l'incarnation des limbes sur terre. »
    
    Face à ce discourt rayonnant de joie et surtout de fierté, Batman demeura muet. Parce que le raisonnement tenait parfaitement la route.
    
    « C’est pourquoi ils vont me retrouver et me libérer. »
    
    « Impossible. » Répliqua Batman soulagé d’avoir enfin de quoi argumenter. « Sans monture ils ne pourront jamais nous rattraper. »
    
    « Toujours dans votre logique si rassurante. » Répliqua Jervis sans perdre de son aplomb. « Parmi les habitants de Blüdhaven se trouve un chasseur expérimenté capable de vous pister. Et même à pied ils ne renonceront pas, quitte à en mourir d’épuisement. Je représente beaucoup trop à leurs yeux. C'est ça que vous voulez ? Avoir tous ces morts sur la conscience. »
    
    Avec la mention d’une éventuelle hécatombe, le stade de la simple confrontation orale était dépassée. Batman devait en avoir le cœur net.
    
    « Stoppes les chevaux. » Ordonna-t-il à Bluebird avec une telle autorité dans la voix, qu’il fut obéit instantanément.
    
    Ensuite il grimpa sur le toit, scruta les environs de sa longue vue, et aperçu une détestable confirmation. Le même groupe que précédemment marchait sur leurs traces avec trois vieilles connaissances en tête. Comment lutter ? Il ne comprenait même pas le phénomène dont Jervis était à l’origine. Alors Batman se mit à fouiller frénétiquement l’intérieur de la caravane. Un indice devait bien y trainer.
    
    « Ne te laisse pas berner ! » Déclara Bluebird en paniquant face à cette réaction.
    
    Même lui s’était fait piégé par les belles paroles de cet escroc !
    
    « Ce ne sont pas des histoires. » Justifia Batman, comme s’il était lui-même fautif. « L’un d’entre eux, le maigrelet de l’hôtel, il a à peine tressaillit à un coup en pleine tempe avec un de mes serres-poings. Il a aussi explosé une cloison. Et il était parfaitement maitre de lui, sous l’effet d’aucune drogue. »
    
    Jervis jubilait. Cet esprit obtus ne comprendrait jamais. Justement Bluebird aperçut l’impression d’arrogance émanant de leur prisonnier. Ce qui la motiva à éclaircir elle-aussi ce mystère. Garfield Lynns lui revint rapidement en mémoire. Au vue de la situation actuelle elle songeait beaucoup à lui et à Stéphanie.
    
    « C’est la foi ! » Annonça-t-elle victorieuse. « J’ai connu un homme, qui croyait que le feu était son ami, son protecteur. Il s’est enflammé sous mes yeux sans même pousser un cri de douleur. »
    
    « Voilà un esprit jeune et ouvert. » Déclama Jervis visiblement satisfait d’être démasqué. « Moi-même il m’a fallu du temps avant de percevoir ce phénomène et ses perspectives. Tous ces gens, qui se sentaient mieux simplement du fait de boire mes médicaments factices. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils avaient envie d’y croire.
    L’esprit, c’est la clé de tout. Voilà la vérité.
    Alors j’ai cherché un endroit où régnait le désespoir, où ma découverte se déploierait dans toute sa majesté, où je fonderai un monde parfait sans maladie ni souffrance. »
    
    « Et où tu serais, le roi. » Balança violemment Bluebird dont le dégoût ne faisait que s’accroitre.
    
    Cette réflexion ramena le charlatan à réalité. Il faut dire qu’il s’était un peu perdu dans son discourt s’adressant au final à une foule imaginaire. Étrangement il avait développé une dévotion quasi divine envers sa tromperie. Et ce n’était pas prêt de s’arrêter.
    
    « Non le guide, le libérateur. »
    
    Batman lui ne participait pas à ce débat ou plutôt bagarre oratoire. Étant le plus mûr et le plus réfléchi des trois protagonistes, il se préoccupait d’abord des poursuivants. Il connaissait à présent l’origine de la maladie, et en avait auparavant eu un aperçu des symptômes. A partir de ces éléments il devait être possible de concevoir un remède. Dans le cas contraire il y aurait des morts d’une manière ou d’une autre du fait du fanatisme des habitants de Blüdhaven. Et tout cela à cause d’une petite arnaque additionnée à un délire mégalomane. Lorsque Batman sortit du véhicule d’un pas lourd, il provoqua le silence comme une sorte d’entrée en scène.
    
    « Je vais aller à la rencontre de nos poursuivants. » Déclara-t-il gravement à sa coéquipière. « Je détiens le moyen de les arrêter. Mais ma tactique ne fonctionnera que si je suis seul. »
    
    « Fais attention. »
    
    Une véritable inquiétude émanait des paroles de Bluebird. Il était tout de même curieux de sa part, qu’elle se résigne si facilement à rester en arrière. La réalité du terrain l’avait-elle enfin assagit ? Batman délaissa vite cette pensée. Il devait se concentrer. Son plan exigeait une exécution minutieuse. Alors qu’ils se retrouvaient seul à seul Jervis adressa à Bluebird un sourire amical. Qu’est-ce qu’il croyait ? Entre ses mensonges dévoilés et la traque de ses adeptes, existait-il une mince chance d’une relation sereine entre eux ? Il faisait penser à ces acteurs se laissant dévorer par leur rôle, et perdant la conscience du monde réel. Un unique mot de la part de Bluebird suffit à faire disparaitre cette expression de son visage.
    
    « Chapelier. »
    
    Jervis se mit soudainement à trembler, et ne trouva plus ses mots. Bluebird elle savait parfaitement ce qu’elle avait à faire. Elle enfila des cestes auxquelles elle avait rajouté des armatures de métal çà et là. Bluebird trouvait cela plus efficace et pratique que de simples serre-poings.
    
    Aucune explication n’accompagna ce geste. Était-ce nécessaire ?

Texte publié par Jules Famas, 28 octobre 2018 à 08h19
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