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Tome 6, Prologue Tome 6, Prologue
Où trouvaient-ils encore la force de marcher ? Le plus âgés des deux devait avoir treize ans tout au plus. Leurs silhouettes étaient décharnées, leurs semelles trouées, et leurs besaces vides. Aucune trace d’habitation susceptible de les abriter, n’était à relever dans les environs. Ils auraient dû renoncer quelque soit leur destination. Du moins sans le superbe balai lumineux de la nuit dernière. Car ils cherchaient la vallée des firefly (lucioles). Les deux gosses en eurent les larmes aux yeux. Leur calvaire s’achevait enfin.
    
    L’ainé jeta un regard furtif à son jeune frère. Il avait fait le bon choix finalement. De toute façon rien ne pouvait être pire que leur orphelinat. Soudain un nouveau signe d’espoir apparut. Au milieu de la végétation émergeait une construction humaine. Ça ressemblait à une sorte de cheminé carrée faite de bois.
    
    « T’as vu çà Cullen ! » Dit l’ainé avant de réaliser que son frère était étalé par terre.
    
    Il était tombé sans bruit. Tout comme il n’avait émis aucune plainte durant leur voyage. Cullen n’était pas le teigneux cassant les dents de ses camarades. Sa force résidait ailleurs. Lui incarnait ce soutien discret, toujours présent, faisant passer ses amis avant lui-même. D’ailleurs Cullen esquissa un sourire à l’adresse de son ainé afin de diminuer son inquiétude. Ce dernier ne lui en tint pas rigueur. Lui aussi la fatigue le travaillait. Alors il para au plus pressé. Il l’allongea délicatement sur le bord du chemin. Cullen respirait convenablement, ne saignait de nulle part. Il s’agissait juste de beaucoup d’épuisement. Les mains de l’ainé en s’enfonçant dans le sac tremblèrent.
    
    « Tiens, se sont nos dernières mûres. » Dit-il d’une voix saccadée. « Je vais revenir. »
    
    Ses propres mots lui arrachaient le cœur. Mais il n’avait plus la force de porter son frère. L’endroit n’était pas fréquenté que se soit par des gens ou des bêtes dangereuses. Ceci limitait grandement les risques. Toutefois l’ainé n’apporta pas cette précision. Cullen avait besoin de nourriture et de repos, rien d’autre. L’ainé reprit alors sa marche, qui fut de courte durée. Trois bâtiments l’attendaient dans une zone déboisée. Il y avait une maison en bois d’une taille raisonnable, une grange adjacente, et enfin la fameuse cheminée isolée du reste et fixée à même le sol. A quoi servait-elle ainsi ?
    
    Du fait de la dureté de son existence l’ainé était habitué à rapiécer, récupérer, réparer... Bref il bénéficiait d’un sens inné du bricolage. Et justement son don le poussa à trouver une réponse à cette question. D’après les lettres l’occupant de cet endroit vivait en extrayant du pétrole, ce liquide nécessaire en autre aux lampes. Ce fameux pétrole venait de la terre, non ? Une pompe, ça devait être une espèce de pompe comme pour l’eau mais en plus grand. Soudain l’ainé eut honte. Il n’avait vraiment rien d’autre à penser avec Cullen épuisé non loin de là !
    
    Il rajusta les bretelles de sa salopette. Comme si ça améliorait quoique se soit vue l’état du vêtement. Ensuite il aplatit sa tignasse, et alla frapper à la porte. La porte en question n’était pas très accueillante. Elle était constituée de rondins massifs assemblés sans le moindre soucis d’esthétique. Pourtant une fois ouverte ce fut pire. L’homme sur le perron était plutôt costaud, âgé de vingt ans, et de taille moyenne. Il portait un pantalon noir et une chemise blanche à manches longues malgré la chaleur. Ses yeux globuleux rappelant ceux d’un insecte fixaient avec sévérité ce visiteur inconnu.
    
    Épuisé et intimidé l’ainé s’exprima comme il put :
    
    « Vous êtes Garfield Lynns ? Bonjour... je suis Harper Row, un ami de Stéphanie... Stéphanie Brown... je veux dire Lynns, votre épouse. On était dans le même orphelinat. »
    
    Un blanc suivit. Harper attendait une réaction tout en reprenant son souffle. De son coté l’hôte balada lentement son regard sur le gamin en face de lui avant d’enfin s’exprimer.
    
    « Oui je suis bien Garfield. Vous voulez voir Stéphanie ? »
    
    Le ton était dur, mais le plus étonnant était cet aspect caverneux, comme si Garfield suffoquait.
    
    « Oui j’aimerais bien. » Répondit Harper regagnant un peu d’énergie.
    
    Il retrouvait même l’enthousiasme lié à la dernière lettre. Stéphanie qui était un peu plus âgé, s’était enfuit de l’orphelinat la première, et devenue l’assistante d’un vendeur itinérant. Malgré ses errances elle envoyait des courriers à Harper sous un faux nom. Dans sa dernière lettre elle racontait son mariage avec un homme droit. En plus de son intégrité il disposait d’une affaire prospère et en pleine expansion. Ce qui signifiait un futur besoin de main d’œuvre.
    
    Cette invitation à peine dissimulée avait donc conduit Harper et son frère jusqu’ici. La si enthousiaste et énergique Stéphanie saurait bien convaincre son époux. C’est pourquoi Harper le suivit sans se méfier. Garfield lui fit signe d’attendre, entra dans la grange, puis en ressortit avec un seau dans une main et en pot dans l’autre. Ce manège bizarre réveilla quelque peu Harper. Hélas il était déjà trop tard.
    
    Garfield lui balança le contenu du seau : un liquide noirâtre, poisseux, et à l’odeur très forte. Du pétrole ! Harper prise de court ne sut pas quoi faire sur le moment. Son agresseur lui n’hésita pas. Il lâcha son seau, et craqua une allumette. Sa vie ne tenait qu’à un simple geste. Un geste, qui ne venait pas. Ce sursis permit à Harper de trouver un peu de sang-froid.
    
    « Qu’est-ce que vous voulez ? » S’écria-t-il apeuré.
    
    « Stéphanie prétendait être pure. » Répondit Garfield toujours avec dureté. « Elle m’a mentit. Elle avait déjà connu la chair. Je veux savoir avec qui. J’en ai le droit. »
    
    Harper face à cette figure déformée par la haine, comprit qu’il ne pourrait pas le raisonner. Alors quitte à mourir il voulait au moins savoir.
    
    « Où est Stéphanie ? »
    
    Garfield brandit le pot, puis les explications suivirent.
    
    « Je l’ai purifié par le feu. Le feu nettoie tout, même les pires impuretés. »
    
    Des larmes coulèrent. Stéphanie était sa meilleure amie. Même cette peine sincère Garfield ne la respecta pas.
    
    « Alors qui l’a souillé ? Tu es son ami, tu dois savoir. Peut-être même est-ce toi ? »
    
    Harper avait perdu une amie, mais il lui restait son frère. Son souvenir lui donna la force de répliquer.
    
    « Je suis une fille. » Dit-elle alors en déchirant le haut de sa salopette révélant ainsi un début de poitrine.
    
    Harper étant prénom mixte elle avait prit une identité masculine afin d’éviter certains problèmes spécifiques aux femmes vagabondant sur les routes. Cette révélation ne lui accorda qu’un court répit.
    
    « Tu es digne d’elle. » Rétorqua Garfield avec dégoût. « A te déguiser ainsi en homme. Toi aussi tu mérites d’être purifiée. Mais avant je veux connaitre le nom de l'homme, qui a forniqué avec Stéphanie. »
    
    De son coté Harper cherchait un échappatoire. Elle n’était pas en état de courir. De toute façon son ennemi disposait d’une meilleure paire de jambes. Aucun outil ou objet susceptible de la secourir ne trainait dans les environs. Alors que faire ? L’esprit inventif de Harper vint à la rescousse. L’adolescente s’élança, puis traversa la fenêtre de la maison juste à coté. La dureté du parquet, les coupures, qu’importe ! Harper se releva immédiatement, et chercha de quoi lui venir en aide.
    
    « Tu n’échapperas pas à ton destin ! » Déclama Garfield tout en entrant à son tour par la fenêtre toujours l’allumette à la main.
    
    Malgré la menace Harper fit face le regard droit et sans trembler.
    
    « Tu vas mettre le feu à ta propre maison, pauvre idiot ! »
    
    Ses mots contenaient même de la provocation. Elle rendait enfin les coups d’une certaine manière.
    
    « Qu’importe les biens matériels ! Ce sont les lois divines, qui priment. »
    
    « Si tu me lances ton allumette, je me jetterai sur toi. Tu seras pris toi aussi par les flammes. »
    
    Il s’agissait d’une énorme coup de bluff. Garfield serait-il assez fou pour ne pas y céder ? Est-ce que ses fameuses lois divines prévalaient sur sa propre vie ? Il offrit alors une riposte inattendue. Il déchira sa chemise révélant ainsi un torse couvert de brulures. Son visage s’emplit alors de fierté, comme s’il dévoilait des médailles.
    
    « Je connais le feu. Il est mon allié. Je n’ai pas à le craindre. »
    
    C’était bel et bien un dément que rien ne dévirait de son objectif. Harper non plus ne renonça pas. Elle avait eu le temps d’observer la pièce. Au milieu de la salle à manger trônait une cheminée avec un tison. Cet objet ferait une bonne arme. Sauf que cela impliquait d’approcher Garfield brandissant toujours son allumette. La porte d’entrée était toujours entre-ouverte. Même si la distance était courte entre elle et Harper, un simple lancé suffisait à Garfield pour réduire à néant cet espoir de survie.
    
    La créativité d’Harper frappa de nouveau. Elle se trouvait dans une mauvaise position. Il suffisait de faire un échange. Une lampe à pétrole trainait sur la table. Elle la balança sur Garfield, qui prit feu. La maison étant entièrement constituée de bois l’incendie allait vite s’étendre. Par conséquent Harper demanda pas son reste, et se rua vers la sortie. Ses forces restantes lui permirent de se jeter à terre une fois à l’extérieur. Elle trouva tout juste l’énergie de se retourner et de jeter de la terre sur la trainée de feu la suivant à cause du pétrole dont elle était enduite.
    
    Elle le vit alors sortir à son tour. Tout le haut de son corps était recouvert de flammes, et pourtant Garfield n’émettait pas le moindre cri. Il se contentait juste de marcher le plus naturellement du monde. A le voir si à l’aise au milieu des flammes s’en était presque beau. On aurait dit une sorte de génie du feu tiré d’un conte oriental. Harper recula comme elle put en rampant sur le sol. D’un coté il y avait elle tiraillé par la fatigue et la faim. Et de l’autre Garfield que rien ne semblait ébranler. Le combat était clairement inégal. Et pourtant au beau milieu de sa marche Garfield s’étala par terre.
    
    Un miracle ? En tous cas Harper pu enfin souffler. On venait de lui révéler la mort de sa meilleure amie, de tenter de l’assassiner, et de la pousser à tuer quelqu’un. Elle méritait bien de rester tranquillement allongée à fixer le ciel. Puis au milieu de cette accalmie sa vision se brouilla. Le ciel devint gris. La fumée de l’incendie ! L’odeur du pétrole avait masqué sa présence à Harper, qui à présent suffoquait. Tandis qu’elle subissait de plein fouet cette attaque post-mortem, on vint l’aider à se lever et s’éloigner.
    
    Cullen en voyant s’élever la fumée au loin avait comprit, qu’il se passait quelque chose. Ensuite la perspective de sa sœur en détresse lui avait procuré la force de venir. Ils sortirent ensemble du nuage, puis s’assirent à même le sol un peu plus loin. Cullen se contenta de rester aux cotés de sa sœur à observer l’incendie. Les explications viendraient après. Pour l’heure Harper se remettait de par sa seule présence.

Texte publié par Jules Famas, 30 août 2018 à 09h43
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