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Tome 5, Chapitre 11 Tome 5, Chapitre 11
Enfin Batman se sentait maitre de sa propre personne. Mais ce n’était pas que du fait de son refus de procéder à l’exécution. Cet acte de rébellion paraissait insignifiant comparé à toutes les manipulations dont il avait été victime.
    
    Cette sensation de contrôle provenait essentiellement de l’endroit dans lequel il évoluait à présent. Ces galeries souterraines étaient son fief, l’héritage de son père, son univers personnel. D’ailleurs il avait failli offrir sa vie en leur honneur.
    
    L’un des accès se trouvait à proximité lors de sa fuite du campement. Seulement il ne voulait pas révéler l’existence de cet endroit surtout à quelqu’un comme Oswald. Alors Batman s’était sacrifié en retardant les poursuivant. En tous cas c’est ce qui serait arrivé sans cette intervention miraculeuse.
    
    Le chaos de la fusillade lui permit finalement de regagner ses chers tunnels. Malheureusement cette action était loin de conclure cette terrible nuit. D’autres y avaient trouvé refuge.
    
    Batman se joua facilement de ces profanateurs. Lui connaissait parfaitement les différentes galeries. Sa prothèse auditive l’avertissait de leur proximité. Malgré les atouts en sa possession il évita soigneusement le combat. Il avait besoin de récupérer des affrontements précédents notamment celui avec Floyd.
    
    La ligue prospérait dans la discrétion. Elle ne voulait pas d’une fusillade. De toute manière ses assassins étaient plutôt des adeptes des embuscades, pas des affrontements directes. Par conséquent Ra’s al Ghul et ses sbires avaient laissés un campement désert en emportant que l’essentiel avant de s’engouffrer dans ce sous-sol.
    
    Comment avaient-ils apprit l’existence de ces galeries ? Talia en fouillant la maison de la famille Wayne, avait finit par y découvrir l’accès dans la cave et probablement les plans.
    
    Cette déduction ne parvint pas à provoquer de la colère chez Batman. Il était redevenu un fin tacticien décidant judicieusement de ses actions. Car il ne naviguait plus à vue. Il avait enfin une cible précise : ce faux prophète, ce mystificateur se prenant pour Dieu.
    
    De leur courte rencontre Batman avait pu au moins retenir un élément fiable sur son nouvel adversaire : il aimait contrôler, mettre en place des stratégies.
    
    Les gens patrouillant dans les sous-sols n’étaient qu’un obstacle destiné à le ralentir ou à le tester. Ra’s al Ghul visait forcément plus haut. Où pouvait-il atteindre Batman en profondeur ? De plus il connaissait certainement le chemin par le biais de Talia.
    
    Jusqu’ici c’était toujours un soulagement pour Batman lorsqu’il revenait dans sa cave après une de ses expéditions nocturnes. Cela signifiait que sa tâche était enfin achevée, qu’il pouvait redevenir Bruce Wayne. Dans le cas présent c’était exactement le contraire. Le véritable combat était à venir.
    
    En enfilant ce costume la première fois il avait accepté les risques inhérents, même perdre la vie. Mais que se soit Alfred ou la demeure de ses parents, qui en payent le prix, lui était intolérable.
    
    Déterminé comme jamais auparavant il se prépara soigneusement. Il récupéra sa boule de fumée de rechange, déposa son lance-grappin inutile en ces lieux, tâta le point d’impact sur son ventre de la balle de Floyd.... Les dégâts étaient acceptables.
    
    Batman était fin prêt. Il s’avança vers la porte d’accès de la cave en se demandant ce que Ra’s al Ghul lui avait préparé.
    
    Il sut frapper juste. Talia attendait Batman derrière la porte. Bien entendu elle était seule. Car même lorsqu’il envoyait sa fille, Ra’s al Ghul préférait rester en retrait.
    
    Batman se souvint de son attitude précédente. Elle n’avait pas prit part à la traque, dont il avait été l’objet avec les deux prisonniers. Elle semblait même avoir craint pour sa vie. Et il devait bien admettre, qu’il avait encore des sentiments à son égard. D’ailleurs peut-être était-ce réciproque ?
    
    Alors il attendit sa réaction en espérant avoir raison.
    
    « Alfred va bien. » Annonça-t-elle. « Il est allongé dans sa chambre inconscient. J’ai fait cela sans douleur. »
    
    Évidemment cette nouvelle soulagea grandement Batman. Mais pas au point de baisser sa garde.
    
    « Et maintenant ? Je dois passer par toi avant d’atteindre ton père ? »
    
    « Il pense que votre combat est inévitable. »
    
    Le ton sombre de cette phrase indiquait clairement que la perspective de cet affrontement déplaisait à Talia. Dans une certaine mesure c’était également le cas de Batman. Ne serait-ce que pour épargner ce genre de violence à la demeure familiale. Mais...
    
    « Je ne peux pas laisser ce meurtrier s’échapper. »
    
    « La ligue ne tue jamais les justes. »
    
    Comme elle ressemblait soudain à son père. Les mêmes tournures pompeuses. La même certitude.
    
    « Vous choisissez, qui est juste. » Rétorqua Batman plus agressif. « De quel droit ? »
    
    Talia ne chercha pas la confrontation. Elle se contenta de deux mots prononcés sur un timbre familier dont usait auparavant Vicki Vale avec Bruce.
    
    « Et toi ? »
    
    Cette courte réplique suffit à perturber Batman. Jusqu’ici il s’était laissé porter par les évènements sans réfléchir réellement à la légitimité de ses actions. Il faisait ce qu’il avait à faire.
    
    Pourtant la réponse finit par lui venir naturellement.
    
    « Je ne me substitue pas à la justice. Je la soutiens. »
    
    « Non ! » S’exclama Talia en réalisant son échec.
    
    Qu’est-ce qui pouvait faire paniquer une telle femme ?
    
    « Tu vas devoir m’arrêter ? » Demanda Batman tout aussi inquiet face à ce cas de figure.
    
    Talia s’écarta de la porte le regard éteint avant de répondre.
    
    « Peut-être que j’y arriverai avec toi. Mais pas avec lui. »
    
    Batman avait obtenu ce qu’il désirait. Il était temps de conclure. Alors qu’il sortit de la cave, Talia se permit une dernière réplique.
    
    « Tu ne te rends pas compte. Mon père n’est pas, ce qu’il parait. Il est beaucoup plus que cela.»
    
    Ses paroles ne sonnaient pas comme une menace ou une crainte, mais comme une certitude.
    
    « Personne ne mourra. » Lui dit Batman avec une assurance similaire avant de partir en chasse.
    
    La pauvre Talia. Ra’s al Ghul l’avait probablement endoctrinée depuis l’enfance. Batman lui n’était plus sujet aux mascarades de cet homme. C’est pourquoi il vaincrait.
    
    L’obscurité régnait dans le reste de la demeure. Comme si cela pouvait le gêner ! Même les yeux fermés Batman parviendrait à s’y orienter. S’il s’agissait d’une ruse, elle était totalement inefficace.
    
    Alors qu’il avançait à pas de velour dans les couloirs, Batman perçut de la lumière. La grande bibliothèque. Ce choix correspondait bien à l’égo de Ra’s al Ghul. Une simple chambre ou un petit salon très peu pour lui.
    
    Un traquenard demeurait envisageable. Par conséquent Batman emprunta une porte secondaire.
    
    Ra’s al Ghul se trouvait au milieu de la pièce. La silhouette bien droite, et l’air imperturbable, il rappelait les statues de l’antiquité. Il se tourna d’un seul bloc en direction de Batman.
    
    « Vous n’avez rien à dire ? » Répliqua ironiquement Batman que ce genre de mise en scène n’impressionnait plus.
    
     « Nous avons tous les deux faits des choix irrévoquables. »
    
    Toujours dans le théâtral. Batman avait prit le temps de réfléchir dans les tunnels. Le combat en face à face n’était pas le domaine de prédilection des membres de la ligue. Il suffisait de voir comment ils avaient détallés lors de la fusillade.
    
    Quant à Ra’s al Ghul s’il parlait, en revanche il n’agissait pas. Pour preuve lorsque Montoya, Batman, et Oswald s’étaient enfuit, il ne s’était pas lancé personnellement à leur poursuite.
    
    Cette mascarade allait prendre fin. Batman s’approcha lentement et les sens aux aguets. On était jamais à l’abri d’un coup fourré de dernière minute. Son futur adversaire ne portait visiblement pas d’arme.
    
    Soudain sans même se mettre en garde, Batman décocha un crochet du droit. Le vice du bagarreur associé à la technique du boxeur. Suite à son vécu il était devenu un redoutable combattant.
    
    Malgré tout Ra’s al Ghul esquiva d’un recul. Batman enchaina immédiatement avec une série de gauche-droite dont son ennemi se dégagea encore par de simples déplacements. Vint alors le plus imprévisible des coups, celui qu’on ne voit pas venir : le revers.
    
    Une fois de plus un pas en arrière permit à Ra’s al Ghul d’éviter le danger. Il maintenait toujours la même distance. C’est comme s’il connaissait d’avance les frappes de son adversaire.
    
    Mais il ne détenait pas encore l’avantage. Car derrière ce déploiement de techniques se dissimulait une ruse. Batman ou plutôt Bruce Wayne l’avait déjà employée lors d’un match amateur à l’université. Son adversaire de l’époque un étudiant en chimie était si vif, que Bruce ne parvenait jamais à le toucher.
    
    Alors il avait acculé à son insu le dénommé Barry Allen dans les cordes. Là s’en était fini de faire l’anguille.
    
    A présent c’était au tour de Ra’s al Ghul d’être coincé dans un coin de la pièce. Batman balança un direct du droit cette fois-ci inévitable. Dans une parfaite synchronisation Ra’s al Ghul intercepta de ses mains le coude et le poignet, puis entraina Batman dans son tournoiement. Si bien qu’ils échangèrent leur place.
    
    Bien qu’il se soit retrouvé par terre, Batman était indemne. La sensation éprouvée n’avait rien à voir avec une frappe. Il n’y avait eu aucune opposition. Tout s’était joué sur l’équilibre. C’est comme s’il avait été une marionnette.
    
    Une fois de plus un souvenir du club boxe remonta : la première fois qu’il avait enfilé des gants et monté sur un ring. Son partenaire était alors l’entraineur lui-même. Il l’avait évalué tranquillement, pendant que Bruce y mettait toute son énergie en vain.
    
    Il venait de se produire exactement la même chose avec Ra’s al Ghul. Pourtant Batman n’était plus un novice. Ses précédents adversaires en avaient fait un guerrier confirmé, maitrisant sa douleur, sachant s’adapter, et user de toutes sortes de techniques même les moins conventionnelles.
    
    En fait s’il ne s’était pas mêlé à la traque de Batman et de ses deux alliés, c’était uniquement parce que le défi n’est pas à sa hauteur.
    
    Comment un tel écart pouvait-il subsister entre lui et Ra’s al Ghul ? Même Waylon avec son physique hors norme ne l’avait pas dominé à ce point.
    
    Talia l’avait pourtant prévenu. Mais il était trop tard désormais. Heureusement une précaution précédente pouvait encore jouer en sa faveur.
    
    Batman porta la main à sa ceinture. Un nuage de fumée suivit. Malgré ses lunettes la silhouette de Ra’s al Ghul demeurait floue. Par conséquent Batman choisit une cible facile : le ventre.
    
    L’impact fut comme amplifié. Le ventre s’effaça brutalement au contact. Un instant après Batman se prit un violent coup de poing en pleine tête.
    
    Ce punch lui était familier. Puisqu’il s’agissait du sien. Ra’s al Ghul s’était laissé entrainé par l’élan de la frappe, puis répliqué avec. Le coup lui avait aussi permit de localiser sa cible. Cet homme était un vrai magicien.
    
    La violence de l’assaut fit sortir Batman du nuage. Ra’s al Ghul fit de même, puis s’approcha de lui. Son attitude n’était plus défensive.
    
    Ca ne pouvait pas finir ainsi ! Il ne se ferait pas tuer dans sa propre demeure. L’honneur familial lui apporta un dernier recourt.
    
    Si Batman se trouvait complètement dépassé, peut-être que Bruce Wayne était encore capable d’agir.
    
    Le boomerang vola vers Ra’s al Ghul, qui le dévia facilement. Qu’importe ! Cette courte diversion permit à Bruce de filer par une porte.
    
    Ra’s al Ghul le suivit sans se précipiter. Il avait parfaitement comprit, qu’il ne s’agissait pas d’une simple fuite.
    
    Il arpenta les couloirs sur le qui-vive. Ce soubresaut de dernière minute lui déplaisait. Il voulait en finir au plus vite avec la déception incarnée par le justicier de Gotham.
    
    C’est alors qu’à un détour une armoire chancela dans la direction de Ra’s al Ghul.
    
    Ni les poings, ni la science, ni la ruse n’étaient venus à bout de Ra’s al Ghul. Mais il restait le terrain. Ayant grandit dans cette maison Bruce détenait un net avantage. Il savait où se cacher, et comment tirer profit de l’agencement.
    
    Bien que surpris Ra’s al Ghul conserva son air stoïque. Il tendit ses bras sur les cotés, et se pencha offrant ainsi son dos au meuble. Ensuite par un effet de bascule il le fit passer à l’autre bout du couloir.
    
    Bruce n’en revenait pas. Il avait déjà vu des lutteurs procéder avec leurs adversaires de manière similaire. Sauf que dans le cas présent Ra’s al Ghul venait de le faire avec un meuble en chêne massif.
    
    Bruce était tellement subjugué, qu’il ne songea même pas à se dénicher une nouvelle cachette. Puis l’instinct de survie lui revint. Il se remit en garde à l’approche de son rival. Que pouvait-il faire désormais ?
    
    Le bras droit de Ra’s al Ghul se glissa comme un serpent entre les bras de Bruce, et atteint le torse.
    
    Le poing ne s’enfonça pas. Ce fut comme une sorte de claquement. La douleur passa le revêtement et la musculature pour atteindre directement l’intérieur. Bruce eut le souffle coupé. Sa poitrine lui faisait mal. Il comprit alors. Son coeur était entrain de s’arrêter.
    
    Tandis qu’il s’effondrait, Ra’s al Ghul était déjà entrain de le quitter. S’en était finit.
    
    Il allait mourir habillé en Batman et dans la demeure de la famille Wayne. Le parfait symbole de sa dualité.
    
    Toute sa vie ne défila pas devant ses yeux. La rétrospective se limita à cette longue attente dans ce chariot avec les cadavres de ses parents à ses cotés. Il était alors certain de les rejoindre perdu au milieu de nulle part. Et franchement il en avait envie. Quel était l’intérêt de continuer ?
    
    Son vœu d’enfant allait enfin se réaliser tant d’années après.
    
    Alors que Bruce partait doucement, la douleur revint soudain. La vue suivit rapidement. Le visage de Talia se trouvait juste au-dessus du sien. Elle appuyait les deux mains sur son torse.
    
    Bruce ne reconnaissait ni l’enthousiaste Vicki, ni la Talia sûre d’elle. Elle était pleine colère, les traits crispés, et les larmes lui montant aux yeux.
    
    Puis l’air revint en lui. Il était encore trop faible pour faire ou dire quoi que se soit. Alors Talia s’en chargea.
    
    « Personne ne mourra. » Dit-elle avant de lui retirer son masque et de l’embrasser.

Texte publié par Jules Famas, 2 juin 2018 à 08h33
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