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Tome 4, Epilogue Tome 4, Epilogue
Décidément la mort ne voulait pas de lui. Balle, sabre, rasoir, chute, étranglement, fou sanguinaire, chasseur de prime drogué, monstre reptilien... rien ne venait à bout de l’héritier des Wayne.
    
    Il s'éveilla là où il était tombé avec pour seule compagnie le bruissement des feuilles. C’était comme si rien ne s’était passé.
    
    Cette douce illusion ne dura pas longtemps. Son regard finit par croiser l’arbre déraciné, la roulotte, et le cadavre sans tête d’Edward Nigma. Ce dernier point ne parvint même pas à l’émouvoir. Cela ne faisait qu’un échec de plus.
    
    Certes ce n'était pas la première fois que Batman se confrontait à la mort et à la violence. Mais auparavant il ne l'avait jamais fait inutilement. Présentement quel était le résultat ?
    
    L'avait-il au moins sauvée ? Et quand bien même méritait-elle de l’être ?
    
    « Pourquoi ai-je fait tout çà ? » Murmura-t-il.
    
    « Pour moi. »
    
    Batman releva la tête, et la vit. Elle avait surgit de nulle part, comme elle savait si bien le faire. Normalement il aurait dû lui sauter à la gorge. Puis le simple fait de la voir, fit taire toute agressivité en lui. Son masque et son fouet étaient sagement fixés à sa ceinture. Ses bras pendaient mollement le long de son corps. Et surtout il y avait son air inerte. Sélina paraissait encore plus abattue que lui.
    
    Comment attaquer quelqu’un dans ces conditions ?
    
    « Je devais le faire. » Ajouta-t-elle péniblement. « Tu n’étais plus en état d’affronter ce monstre. Il t’aurait tué. »
    
    Cette explication remplit Batman de honte dans un premier temps. Comment avait-il pu la soupçonner de l’avoir trahit ? Puis il sentit une hésitation en elle, un non-dit.
    
    « Et ? » Enchaina-t-il.
    
    « L’homme en vert... il fallait qu’il meurt. Ce malade ne m’aurait jamais lâché. C’est pour cela qu’après avoir reprit conscience, j’ai laissé faire. »
    
    « Le monstre ? »
    
    « Il est partit dans la forêt tout de suite après l’avoir tué sans même un regard en arrière. Nous n’étions pas son véritable objectif, juste un détail. »
    
    Les différents points éclaircis, il était temps de passer à la suite de cette pénible histoire. Car toutes les difficultés n’étaient pas encore écartées. Ils se trouvaient encore dans un territoire hostile.
    
    « J’ai une monture avec des vivres à quelques kilomètres d’ici. Avec elle on peut regagner...»
    
    « Et ensuite ? » Coupa brusquement Sélina cynique. « On rentre au comté ensemble. »
    
    « Et pourquoi pas ! Oswald n’a pas signalé le vol. Tu n’as pas à te cacher. »
    
    « J’aurais toujours à me cacher. Une femme est soit une pute soit une épouse. Moi j’ai voulu être autre chose. Et regardes le prix que j’ai dû payer. On m’a traqué comme un animal. »
    
    « Qu’est-ce que tu veux faire alors ? » Demanda Bruce quelque peu perdu.
    
    « Récupérer mon argent et m’installer dans une coin perdu du nord où on m’oubliera. »
    
    Ensuite elle s’accorda un long silence avant de poursuivre d’une petite voix.
    
    « Tu serais prêt à me suivre ? »
    
    Comme il aurait voulu dire oui sans hésitation. Car c’est cette simple hésitation gâchait tout. On ne pouvait pas s’engager ainsi si des réticences persistaient.
    
    

    ***************

    
    
    « Sphinx. »
    
    La légendaire créature de la mythologie grecque posant des énigmes. Tel était le mot qu’il fallait dire aux chevaux d’Edward Nigma pour qu’ils acceptent d’avancer.
    
    Bruce l’avait découvert après avoir fouillé l’habitat mobile du défunt. Il s’y trouvait beaucoup de livres. Mais il s’agissait principalement d’ouvrages pratiques traitant de science, de mathématique, de mécanique.... Dans le domaine culturel les livres sur la Grèce antique dominaient largement. A partir de là la solution ne fut pas longue à venir.
    
    Ainsi Sélina disposa d’un cheval. La caravane demeura sur place. Le cadavre (ou plutôt ses restes) fut enterré. Méritait-il cette attention ? En tous cas Bruce préféra le faire.
    
    Le moment venu il n’y eut pas d’adieu larmoyant. Car il s’agissait bel et bien d’un adieu. Sélina voulait un vrai changement, pas cet entre-deux qu’elle avait crée en envoyant ses lettres fades.
    
    A présent elle s’était définitivement résignée à cette rupture aussi pénible soit-elle. Elle avait déjà payé un lourd tribu en échange de sa liberté. Ça n’en ferait qu’un de plus.
    
    Quant à Bruce par le biais de ses parents il avait déjà l’expérience d’une séparation douloureuse. Longtemps après le drame Bruce s’imaginait ce que son existence aurait été si ses parents avaient survécus : les noëls, les anniversaires, la cérémonie de remise des diplômes...
    
    De la même manière il percevait cette vie paisible avec Sélina dans une petite maison à la campagne à cultiver un potager, nourrir des poules, élever leurs enfants.... Sauf qu’il y avait un revers à la médaille. Alfred et Lucius s’échinant à la tâche à sa place et vieillissant sans personne pour prendre la relève, la mine à l’abandon ou rachetée par un exploiteur traitant les mineurs comme du bétail, Oswald devenant la plus grosse fortune du comté de Gotham et le façonnant selon ses envies...
    
    Bruce ne pouvait pas se permettre cela. L’égoïsme avait ses limites.
    
    Avec le cheval restant il rejoignit sa monture d’origine, et rangea sa tenue de Batman au profit d’une autre plus ordinaire.
    
    En retournant dans la ville d’où il était partit, il se demanda si c’était une bonne idée. N’en avait-il pas assez bavé ? Puis Bruce se souvint de sa résolution avant son départ. Autant en finir complètement avec cette histoire.
    
    « Mister Freeze. »
    
    Décidément il ne se ferait jamais à ce nom. Il valait mieux laisser la tenue de Batman dans son sac. Il ne serait pas en état d’arpenter les toits et encore moins de se battre avant un certain temps du fait des séquelles de son affrontement avec Waylon.
    
    Il se rendit donc dans l’entreprise en tant que Bruce Wayne. C’était le milieu de l’après-midi. Quelques ouvriers à l’entrée entassaient des pains de glace dans un chariot. L’un d’entre eux finit par remarquer sa présence, et appela son chef.
    
    Le contre-maitre en question était du genre massif comme bon nombre de ses subordonnées. Et s’ils n’appréciaient pas, qu’on importune leur patron ? Bruce misait sur les remords, qu’il avait fait naitre chez Victor Fries. N’était-il pas allé jusqu’à dénoncer un de ses clients illégaux ? A présent Bruce trouvait le pari risqué.
    
    « Monsieur Fries est dans son bureau. » Se contenta de dire l’employé avant de se remettre au travail.
    
    Peut-être avait-il prit Bruce pour un gros client du fait de ses habits plutôt couteux ? Il aurait quand même dû se renseigner ou au moins lui demander son nom.
    
    Un piège ? Pas un pleine journée aux yeux de tous.
    
    Victor était bien à son bureau entrain de remplir mécaniquement des papiers, comme si rien d’important ne s’était passé auparavant.
    
    Lorsque le bruit de la porte lui fit lever les yeux, il perdit un peu de sa froideur.
    
    « J’attendais la visite d’Edward ou la vôtre. Croyez-le ou non, mais je suis content que se soit vous. »
    
    « Je vous crois monsieur Fries. » Répondit Bruce touché de le constater si humain.
    
    Le pauvre homme était à bout. Il en avait trop vu et trop fait.
    
    « Avez-vous réussit à la sauver ? »
    
    « Oui. »
    
    Un léger sourire se dessina sur la face glabre de Victor. Puis sa tristesse habituelle revint juste avant qu’il ne poursuive.
    
    « Vous n’êtes donc pas là pour vous venger. Vous comptez me faire chanter ? »
    
    Bruce se contenta de faire non de la tête.
    
    « Il ne reste donc qu’une option. » Conclut Victor résigné. « Avant que vous m’ameniez aux autorités, j’aimerai que vous m’accordiez un délai. J’ai des dispositions à prendre pour le maintien de l’activité de la chambre de pression. »
    
    Par égard pour sa détresse Bruce voulait pousser Victor à se dénoncer lui-même. Cela aurait eu comme effet d’atténuer sa peine. A le voir ainsi acceptant son sort, Bruce soudain eut envie d’une autre solution, plus clémente.
    
    « Vous devez la laisser partir monsieur Fries. On ne doit pas retenir ainsi une femme, même si on l’aime. »
    
    Victor resta d’abord de marbre, puis enleva ses lunettes, et se frotta les yeux. C’était un de ces instants étranges où le temps semblait suspendu. Personne n’osait rien dire ou faire de crainte d’offenser ce si pesant silence.
    
    Puis Victor finit par murmurer.
    
    « Partez s’il vous plait. »
    
    Il venait enfin de faire son deuil. Bruce le quitta sans se faire prier. A voir ce chef d’entreprise démolit par solitude, Bruce craignit de voir un reflet de son propre futur.
    
    Retrouverait-il une femme comme elle un jour ?

Texte publié par Jules Famas, 21 novembre 2017 à 19h30
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