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Tome 4, Chapitre 8 Tome 4, Chapitre 8
Tout était une question de dosage, d’équilibre. Lorsqu’elle cambriolait Sélina se déplaçait à la fois vite (trop trainer était dangereux) et en silence (afin de ne pas se faire repérer). A présent elle devait être rapide à cause du monstre à ses trousses tout en prenant le temps de repérer les pièges.
    
    Elle eut alors l’impression que l’homme en vert la narguait elle et ses précautions. Car bien en évidence au milieu du chemin une paire de ciseaux était suspendu à une corde elle-même rattachée à une branche. Un ruban était enroulé autour de l’objet, comme il s’agissait d’un cadeau.
    
    C’était trop grossier pour être un piège. A moins que se soit justement dans le but d’endormir la méfiance de Sélina. Ce genre de raisonnement tordu était tout à fait dans les cordes de l’homme en vert.
    
    Sélina fidèle à elle-même décida de contourner le problème. Ces foutus ciseaux étant sur le sentier, elle s’en éloigna tout en le suivant en parallèle.
    
    Puis grâce à un rayon de soleil bien placé elle le perçut. Un fil était tendu devant elle. Et il n’était pas le seul. Une véritable toile d’araignée s’étendait en hauteur comme en largeur.
    
    Si Sélina s’écartait encore elle risquait de perdre de vue le chemin et donc de s’égarer. Elle était donc forcée de faire face. Des ciseaux et du fil, on en revenait encore une fois à une situation trop simple pour être honnête.
    
    Sélina examina ces fils de plus près. A peine en effleura-t-elle un du bout du doigt, qu’elle se coupa. En quoi étaient-ils fait ? En tous cas il n’était plus question de passer en force au travers de cette toile dans ces conditions. La trancher ou l’arracher ne lui convenait pas non plus. Ca aurait été faire le jeu de l’homme en vert avec ses ciseaux.
    
    Sélina se creusa la cervelle, et l’alternative lui apparut. Elle prit une pierre dans chaque main, et s’en servit pour écarter des fils. Elle obtint ainsi une petite ouverture où sa souplesse et sa minceur lui permirent de s’introduire.
    
    Cette résolution de son énigme aurait rendu fou Edward. Car à l’intérieur du ruban enveloppant les ciseaux était inscrit un message :
    
    « La dernière coupe sera comme la dernière parque. »
    
    Les parques étaient des divinités issues de la mythologie grecque liées à la destinée humaine. La première fabriquait le fil symbolisant ainsi la naissance. La seconde déroulait le fil, et symbolisait à son tour l’existence. Enfin la troisième coupait le fil, ce qui signifiait bien évidemment la mort.
    
    Edward avertissait ainsi que si on tranchait plus de deux fils, la toile du fait de sa conception tombait comme un filet. Et la pauvre personne en face devait alors se dépêtrer avec le redoutable tranchant des fils.
    
    Le plus ironique dans tout cela est que si Sélina avait suivit consciencieusement les consignes, elle ne s’en serait pas sortie. Son éducation s’étant faite dans la rue, elle savait juste lire et écrire. Elle ignorait donc tout des mythes grecques.
    
    La marche reprit jusqu’à ce que le sentier se divise en trois. A cette séparation était tendue entre deux arbres une banderole. On pouvait y lire en grosses lettres :
    
    « Quel est le plus court chemin entre New York et Pékin ? »
    
    Au-dessus du chemin de gauche était dessinée une flèche droite, celui du centre une flèche courbe, et celui de droite une flèche comprenant un virage en angle droit en son milieu.
    
    Dans un premier temps Sélina ragea. La malheureuse n’avait aucune notion de géographie. Elle établit tout de même que le chemin de gauche ne pouvait pas être le bon. Aucun voyage ne se faisait en ligne droite. Il comportait toujours des détours.
    
    Ils restaient tout de même deux autres choix. Devait-elle se reporter sur le hasard ? Jamais. Ce n’était pas son genre de subir. Ce jeu lui était défavorable. Et bien elle tricherait comme elle l’avait toujours fait en s’extirpant des bas quartiers de New York, puis de sa condition de prostituée.
    
    Cette simple orientation fit germer en elle une idée ou plus exactement une évidence. Tant qu’elle participerait à ce jeu sadique, elle n’en tirerait rien de bon. Car l’homme en vert y tirait les ficelles. Alors forcément tout se déroulerait selon son bon vouloir.
    
    Sélina n’allait pas tricher mais se retirer.
    
    
    
*****************

    
    
    Waylon se sentait ridicule. Lui le plus grand des monstres, le goliath à écaille, le killer croc, donnait l’impression de jouer à la marelle.
    
    Il fallait admettre qu’Edward avait été particulièrement vicieux avec ce test mathématique.
    
    L’épreuve se présentait sous la forme de cases tracées à même le sol comprenant chacune un nombre. Juste devant ce damier était inscrit également par terre une sorte de mode d’emploi se résumant à un point d’interrogation, un plus, un autre point d’interrogation, et enfin un égal.
    
    Difficile de faire plus évidemment. Il suffisait que le troisième nombre sur lequel on marchait soit égal à la somme des deux précédents.
    
    A cause de ses grands pieds Waylon était obligé de marcher sur la pointe voir de sautiller. A part ça il n’y avait pas de véritable difficulté à faire des additions. Puis Waylon déchanta progressivement.
    
    Les déplacements liés ces calculs se révélèrent tortueux. Ils faisaient rebrousser chemin, tourner rond...
    
    Par chance les mathématiques constituaient la science dans laquelle Waylon excellait. Il la pratiquait déjà artisanalement lors de sa jeunesse dans le bayou en évaluant les distances pour ses déplacements, en notant intérieurement le temps de la pousse pour la cueillette des fruits...
    
    Bref au prix de beaucoup de concentration il parvint à l’autre bout du damier. Waylon connut alors une fatigue d’un autre type. Il s’accorda une courte pause le temps que son mal de crâne disparaisse.
    
    Avant de repartir une sorte de curiosité morbide le poussa alors à jeter une grosse branche sur les cases. Des piques surgirent du sol. Elles seraient tout de même parvenues à le blesser. Décidément Edward ne faisait rien à moitié.
    
    Conformément à son estimation Waylon finit par rejoindre le sentier emprunté par sa proie. Hélas des marques de pas indiquaient, qu’il était toujours en retard. Par conséquent son projet d’embuscade tombait à l’eau. Toutefois les traces demeuraient fraiches. Sélina n’était pas très loin. De plus elle avait dégagé le chemin des pièges éventuels en les subissant.
    
    Waylon se mit donc à courir sans être ralentit par la moindre précaution. Il parvint à son tour à la séparation en trois voies. Il remarqua un bout d’étoffe provenant de la chemise noire de Sélina accrochée à une branche sur le chemin de gauche.
    
    Le colosse s’offrit un sourire de satisfaction. Si on prenait en compte de la rotondité de la terre et le fait que New York et Pékin se situent à des faces opposées, le chemin logique était une courbe.
    
    C’était plutôt jouissif que sa victoire s’appuie sur l’intelligence. Un affrontement physique aurait été moins glorieux. Waylon s’enfonça à son tour dans le chemin de gauche à la recherche de la femme ou du moins ce que le piège en avait laissé.
    
    Une fois le jugeant suffisamment loin Sélina descendit de l’arbre. Orienter son traqueur sur une simple fausse piste, l’aurait seulement éloigné. Par contre en le conduisant vers un piège elle s’en débarrassait probablement pour de bon.
    
    Voir Waylon lire la banderole avait confirmé à Sélina son impression précédente. Il s’agissait bien d’un être humain doué de raison malgré son apparence. Par conséquent elle envoyait un de ses semblables à la mort. Seulement elle en avait trop bavé pour être encore sujette à des remords.
    
    Sans personne à ses trousses, Sélina était libre de ses mouvements. Elle passa donc à la deuxième phase de son plan. Il consistait tout simplement à retourner sur ses propres pas. Tous les pièges avaient déjà été décelés sur ce parcourt. Sélina ne craignait donc plus rien.
    
    Elle ne lui restait plus qu’à récupérer sa valise contenant entre autre son argent, et surtout régler ses comptes avec l’homme en vert. Le tout était de faire le nécessaire avec lui pour être enfin libre définitivement.

Texte publié par Jules Famas, 31 octobre 2017 à 08h28
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