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Tome 4, Chapitre 5 Tome 4, Chapitre 5
Bien avant que cette chasse à l’homme ne débute dans la forêt, il marchait dans une rue ou plutôt l’unique rue à partir de laquelle s’alignaient les quelques habitations comprenant cette bourgade.
    
    Méritait-elle l’appellation de rue d’ailleurs ? On avait même pas nivellé le terrain. On se retrouvait donc avec un ensemble de bosses et de flaques de boue (quand c’était seulement de la boue).
    
    Faisant fi de ce désagrément le visiteur continua à avancer jusqu’à ce que deux hommes se mettent en travers de son chemin.
    
    Sans même prévenir ils lui offrirent un spectacle de rue. Le genre de spectacle, qui ne mérite pas la moindre pièce.
    
    « Il n’a pas l’air d’être du coin ce gars là, pas vrai Joe ? »
    
    « Pour sûr Bob. »
    
    « Il ne viendrait pas causer des problèmes. Tu crois ? »
    
    « Je ne sais pas. Mais il a bien la tête de quelqu’un qui cherche la merde. »
    
    Le visiteur soupira. Il arpentait depuis quelques temps des coins isolés de ce genre. Par conséquent il avait déjà vécu cette scène. L’ennui et la misère, ne rendaient pas toujours très accueillant.
    
    Ensuite il observa attentivement le duo. Le dénommé Joe était clairement l’auxiliaire. Il disposait d’une constitution moyenne, et se plaçait en retrait par rapport à son complice. Derrière la graisse de Bob on pouvait deviner une carrure plus que respectable. De plus son air arrogant suggérait une certaine facilité à cogner ses semblables.
    
    Par conséquent le visiteur préféra s’offrir le luxe du premier coup. N’était-ce pas censé finir ainsi de toute façon ?
    
    Il balança un puissant coup de poing en plein dans le visage de Joe, qui ne s’attendait pas à être visé le premier. Profitant de l’effet de surprise le visiteur enchaina sur Bob. Joe lui était à terre, et pas prêt de se relever.
    
    Bob en avait vu des bastons. D’ailleurs s’il ne s’en était pas prit au visiteur uniquement par xénophobie, mais aussi par soif de nouveauté. Il avait déjà tabassé pratiquement tout le monde dans le coin.
    
    Pourtant la vitesse de son adversaire le prit complètement de court. Il eut beau lever les bras, et reculer, Bob avait toujours un temps de retard. Malgré les trois puissants coups de poing, il tenait encore de debout. Ne pouvant se protéger il tenta de frapper.
    
    Son adversaire s’interrompit le temps d’esquiver en s’abaissant, puis reprit. Bob s’accrocha encore un peu avant de s’effondrer la mâchoire déboitée.
    
    Normalement le visiteur n’allait pas aussi loin surtout dans le cas d’un simple accrochage. A vrai dire il préférait avertir et parlementer avant d’en venir à la violence.
    
    Décidément Bruce changeait vue d’œil.
    
    Il pouvait toujours se cacher derrière le dépaysement. Jusqu’ici il n’avait connu que Boston et le comté de Gotham. Et même si le comté n’était pas un phare de la civilisation, il battait largement en terme de développement les coins perdus, qu’il visitait depuis peu.
    
    Sélina s’était révélée être une excellente fugitive en circulant uniquement dans des endroits retirés. Car les avis de recherche n’y parvenaient pas ou alors avec beaucoup de retard. De toute façon ils n’en existaient pas à son encontre. Encore fallait-il qu’elle le sache.
    
    Bruce ne devait pas s’attarder. Il devait bien y avoir un représentant de la loi ou au moins des proches de ses deux victimes dans les environs.
    
    Heureusement il connaissait la musique à présent, et partit donc en direction de l’hôtel. C’est là que se situait l’avantage de ce genre de bled. Ils ne comptaient jamais plus d’un établissement de ce type. Et ce genre de facilité n’était pas de trop au milieu de cette investigation. Parce que Sélina décidément très prudente avait quelque peu modifiée son apparence. Heureusement Bruce connaissant ses goûts, ses expressions.... était tout de même parvenu à remonter sa piste.
    
    En fait d’hôtel une baraque un peu plus grande que les autres, affichait à une de ses fenêtres une pancarte avec inscrit « chambres à louer ». A l’intérieur se trouvait un bar, et des présentoirs avec des fruits, des conserves, des outils...
    
    Il s’agissait non seulement de l’hôtel mais de l’établissement du coin au sens général. L’endroit sentait la poussière et l’usure, bien qu’un gamin maigrichon s’affairait avec un balai. A vrai dire il lui servait plus à se maintenir en position verticale qu’à nettoyer. La femme au comptoir ne semblait pas complètement partager cette léthargie. Elle gratifia son nouveau client d’un vague salut de la main.
    
    Il était difficile de lui donner un âge. Ses cheveux étaient encore bruns, mais son visage si usé. Elle mit immédiatement Bruce mal à l’aise, bien qu’il n’en laisse rien paraitre.
    
    « Bonjour je voudrais savoir si il est passé par chez vous une femme blonde...» Commença-t-il à dire en posant un billet sur le comptoir.
    
    Son père lui avait toujours de ne jamais abuser de ses privilèges. Son argent ne devait en aucun cas lui servir de passe-droit. Hélas Bruce était pressé. De plus cette méthode s’était montrée la plus efficace de toutes depuis le début de son expédition.
    
    D’abord immobile la sans-âge le coupa, et poursuivit la suite de la description d’une voix monocorde. Elle y ajouta la date de départ de Sélina et la direction empruntée. Considérant avoir fait son travail elle s’empara de l’argent.
    
    Seul ce billet paraissait provoquer chez elle en soupçon d’émotion. Il se dessina même sur son visage un semblant de sourire.
    
    « Vous êtes plus généreux que l’autre. » Dit-elle en examinant le billet.
    
    « L’autre ? »
    
    Face à cette interrogation la sans-âge rangea le billet dans son tablier, puis tendit la main. Un autre billet y atterrit rapidement.
    
    « Un maigrichon en costard vert, qui parlait bien. Il se trimbalait dans une grande caravane avec quelque chose de marqué dessus en gros comme dans les cirques. »
    
    Cette femme n’en savait pas plus. Il était donc temps de partir ou plutôt trop tard. Bruce poussa un soupir de soulagement en sortant de cet endroit figé. Cette impression fut de courte durée. Dans la rue l’attendait Joe en compagnie de trois hommes. Leurs gabarits étaient loin de valoir celui de Bob. Et déboiter leurs mâchoires n’aurait pas été très grave vue ce qu’il en restait. Seulement l’un d’entre eux brandissait un fusil.
    
    Ce simple objet changeait toute la donne.
    
    « C’est lui qu’a éclaté Bob. » Déclara Joe en pointant Bruce du doigt.
    
    « Lèves tes mains salaud ! » Ajouta celui au fusil en le pointant vers le visiteur.
    
    « Je ne suis pas armé. » Répliqua calmement Bruce en ouvrant son manteau en guise de preuve.
    
    « Faut pas se balader à poil mon gars. Ce n’est pas prudent. » Dit Joe en entrainant l’hilarité.
    
    Malgré tous les risques auxquels il avait été confronté, Bruce ne s’était jamais mit au maniement des armes à feu par crainte de tuer. Mais pas uniquement. Il ne voulait pas ressembler à tous ces hommes, que le pouvoir de ces armes grisait. D’ailleurs un parfait exemple s’offrait à lui.
    
    L’arrogance des quatre hommes leur empêcha de remarquer, que l’étranger glissait subrepticement une de ses mains dans le dos. Il portait en bandoulière le sac contenant le prototype de son père. Cette tenue étant irremplaçable, il ne s’en séparait jamais depuis le début de son voyage.
    
    Brusquement de la fumée s’échappa de Bruce. Les agresseurs furent d’abord décontenancés. Puis Joe en revint à ses fondamentaux, et ordonna de faire feu. Par chance Bruce s’était déjà éclipsé. Les assaillants se déployèrent en regardant partout autour d’eux sauf au-dessus. Et c’était bien dommage. Bruce s’était hissé en haut d’une des maisons. Il évolua de toit en toit jusqu’à l’écurie locale où il avait confié sa monture.
    
    Ses agresseurs avaient-ils pensés à s’emparer préalablement de son cheval, et ainsi lui couper sa retraite ? Bien sûr que non.
    
    Bruce donna un billet au palefrenier avant de disparaitre. Il aurait dû être sous le choc. Ne venait-il pas de risquer sa vie ? Pourtant il se sentait revivre.
    
    La collecte d’information était juste une nécessité, et un exercice de logique. Là c’était différent. Il avait trompé plus nombreux, et mieux armés que lui. Il s’était joué de la mort elle-même.
    
    Progressivement l’adrénaline retomba. Bruce redevint alors un homme rationnel et réfléchit.
    
    Qui était ce concurrent vêtu de vert ? Un marshal ou un autre représentant de la loi n’aurait pas usé de la corruption. Il se serait contenter d’agiter son étoile.
    
    Ce devait être un chasseur de prime. Quoiqu’il n’y avait pas de raison pour que Sélina soit recherchée. Oswald avait passé le vol sous silence. C’est en songeant à lui, qu’il comprit.
    
    Il avait lancé une sorte d’homme de main aux trousses de sa voleuse. Cet homme n’était pas un pingouin, mais plutôt un serpent du genre à ne pas lâcher pas prise.
    
    Ainsi Bruce et Oswald se retrouvaient encore en opposition. A croire que cette rivalité familiale n’en finirait jamais.

Texte publié par Jules Famas, 14 octobre 2017 à 11h04
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