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Tome 3, Chapitre 9 Tome 3, Chapitre 9
Ce n’était pas la première fois, qu’elle s’introduisait dans une de ces grandes maisons du nord de Manhattan. En revanche c’était bien la première fois, qu’elle en sortait par la grande porte.
    
    Ensuite elle monta dans un magnifique fiacre d’un noir luisant. Dans l’intérieur étrangement crasseux deux hommes l’attendaient. Le plus petit arborait un visage aimable malgré sa machoire édentée. On aurait dit un de ces petits vendeurs des rues. Son acolyte en revanche ne cachait rien de sa véritable activité. Sa tenue se limitait à une salopette, qui laissait bien en vue ses cicatrices, et le large couteau fixé à son ceinturon.
    
    « Alors que donne la récolte ? » Demanda avec empressement l’édenté.
    
    Sélina sortit de son petit sac les quelques bijoux, qu’elle avait dérobé durant ce bal masqué. Puis elle sentit le regard pénétrant de l’homme au couteau. A cause de son tempérament bavard beaucoup croyait dans le sud de Manhattan, que l’édenté était le cerveau de cette bande. Sélina n’était pas de celà. Toujours à l’affut, présent dans chacune des phases des coups de la bande, l’homme au couteau était clairement le meneur et plutôt doué.
    
    Par conséquent elle ne tenta pas le diable, et exécuta une petite poussée sur son sac afin que les quelques babioles demeurées au fond rejoignent les autres. Le visage de l’homme au couteau se radoucit un peu.
    
    Puis vint le partage. Du point de vue de Sélina il s’agissait plutôt d’extorsion. Et dire qu’elle comptait sur ses talents de voleuse pour pouvoir abandonner la prostitution. Dans cette branche aussi les hommes s’octroyaient la meilleure part.
    
    « Il y a un problème ? » Déclara soudain l’homme au couteau en percevant sa déception.
    
    Le ton employé était nettement plus proche de la menace que de la question.
    
    « Tu veux garder la robe ? » Ajouta l’édenté avec une pointe de mépris.
    
    Ces bonnes femmes, ça ne s’intéressait qu’au chiffon. C’est bien connu.
    
    « Le masque seulement. » Rétorqua Sélina.
    
    Elle n’avait pas apprécié la robe de bal trop encombrante. Par contre ce masque de chat était à son goût. Si elle pouvait au moins obtenir çà.
    
    Depuis il était devenu une sorte de porte-bonheur, qu’elle revêtait lors de ses « autres » activités.
    
    C’était le cas alors qu’elle pénétrait dans la ville ou plutôt tentait de le faire.
    
    Les indiens aux alentours ne furent pas vraiment un problème. Ils s’assuraient que personne sorte, pas entre. Le véritable obstacle étaient les miliciens sélectionnés et placés par Gordon.
    
    Ils étaient aux abois, les doigts tremblants sur la gâchette de leurs armes. Face à quoique se soit d’un tant soit peu suspect, ils feraient immédiatement feu.
    
    Soudain cette nervosité joua en la faveur de l’intruse. Le bruit anodin d’un volet qui claque, captiva l’attention d’une des sentinelles. Cette courte distraction suffit à Sélina.
    
    Une fois le danger écarté elle réalisa une évidence. Elle aurait dû passer voir Bruce après le casse, et ainsi éviter ce retour risqué.
    
    Comment avait-elle été capable d’une bêtise pareille ? C’est en s’approchant du saloon qu’elle comprit. A l’intérieur l’attendait un grand danger. En cas d’échec Oswald lui réserverait la mort ou peut-être même pire. Cet homme ne manquait pas de ressource dans le domaine de la cruauté. Par conséquent Sélina avait voulu revoir une dernière fois Bruce avant.
    
    Elle ne se serait jamais cru si romantique. Puis le refus de Bruce était venu. Le pire est qu’elle ne pouvait même pas lui en vouloir. Bruce restait par solidarité. Pas parce qu’il la considérait indigne de son rang.
    
    Le vrai gentleman comme elle le surnommait, demeurait fidèle à lui-même. Ce ne ferait qu’une déception supplémentaire dans l’existence de Sélina, même si celle-ci laissait un goût bien plus amer que les autres.
    
    Il était temps de s’attaquer au saloon. Apparemment l’endroit était désert. Oswald comme elle le présageait, s’était retranché dans sa maison avec l’essentiel de ses hommes. Sa demeure était tout pour lui. Il ne l’abandonnerait pas face aux indiens.
    
    Sélina s’introduisit par une fenêtre du rez-de-chaussée. En véritable professionnelle elle avait bien prit le temps de repérer les lieux, et parvint en quelques pas dans le bureau d’Oswald.
    
    Il était tout de même étonnant, que son employeur n’ait pas laissé un garde ou deux. Sélina tendit l’oreille. Aucune présence humaine n’était à signaler. Visiblement Oswald croyait trop en la fiaibilité de sa cachette.
    
    Dans la pièce se trouvait un tableau aux bords usés, comme si on le détachait du mur fréquemment. Sélina l’enleva. Ensuite elle apposa le stéthoscope volé à Harleen sur la porte du coffre-fort, et tourna la serrure à combinaison. La voleuse suivit attentivement l’évolution des sons au fur et à mesure, puis vint le miracle. La porte s’ouvrit laissant place à un beau entassement de billets fait sur le dos des prostituées, des ivrognes, et des joueurs malchanceux.
    
    Suivit un instant d’émotion. Cet argent représentait tellement de choses. Finit d’écarter les cuisses devant des porcs, finit de risquer le bagne en dérobant quelques babioles chez les riches... Une vie libre l’attendait.
    
    Soudain Sélina entendit un petit cri en provenance de l’étage. Il s’y trouvait les chambres des prostituées. Elles devaient certainement y loger encore. Oswald n’aurait jamais laissé leurs présences souiller la maison familiale. Et les braves gens rassemblés dans les bâtiments du centre ne les auraient pas non plus accepté.
    
    Elle était si proche du but. L’argent étant dans son sac, elle ne lui restait plus qu’à revenir sur ses pas.
    
    C’étaient des pauvres filles comme elle, à qui la vie n’avait pas laissé tellement d’opportunité. Sélina pouvait bien leur accorder un petit coup d’œil histoire de s’assurer que tout allait bien.
    
    Elle entrouvrit la porte donnant sur la grande salle, et vit presque immédiatement une silhouette couchée au milieu des tables. Elle s’approcha silencieusement, et reconnu Jake l’un des hommes d’Oswald. C’était une brute capable de balancer dehors un client turbulent d’un seul bras. Sa force ne l’avait pas empêché de se faire trancher la gorge. L’entaille était particulièrement nette et profonde à la limite de la décapitation. A coté de lui se trouvait un fusil fendu sur toute sa longueur.
    
    Face à ce spectacle Sélina eu un soupçon. Puis vint le retour des bruits à l’étage. Elle monta l’escalier toujours à pas de velours. La porte d’une des chambres était ouverte. Des prostituées recroquevillées dans un coin faisaient face un homme. Même s’il lui tournait le dos, Sélina reconnu cette silhouette taillée par le transport et le découpage des barbaques de viande. Elle avait vu juste.
    
    « Quelle est la salope, qui a osé me faire çà ! » Aboya l’homme plein de rage.
    
    Ainsi Victor Zsasz avait comprit qu’une prostituée était à l’origine de son agression nocturne ou plutôt de sa punition, et profitait de l’occasion pour se venger.
    
    Sélina l’avait déjà remit à sa place. Elle le referait. Seulement ce ne fut pas si simple. Car une des femmes la vit dans l’embrasure de la porte. Cette attitude n’échappa pas à Zsasz, qui par conséquent se retourna avant d’être victime d’une attaque surprise.
    
    Un frisson parcourut l’échine de Sélina. Lors de leur précédent affrontement elle avait attaqué subrepticement dans l’ombre un homme aviné. A présent il faisait face avec son tablier comprenant sa panoplie de boucher. La plus imposante de ses lames était dans sa main encore couverte du sang de Jake.
    
    Brutal, sadique, et désormais meurtrier subsistait-il quoique se soit de valable chez cet homme ?
    
    De son coté Zsasz fut d’abord étonné par le masque, puis son attention se reporta rapidement sur le fouet que l’intruse venait de dégainer.
    
    S’il se souvenait au moins d’un détail de son agression, c’était bien l’usage de cette arme. Cette garce allait avoir droit à un lent découpage.
    
    Ayant retrouvée son sang-froid Sélina mit au point une stratégie. Le corps massif de son adversaire serait son point faible. Elle brandit alors son fouet. Au départ elle en usait pour quelques clients tordus. Puis progressivement Sélina apprit à s’en servir autrement.
    
    Une frappe légère et rapide atteignit Zsasz au visage. A peine leva-t-il par réflexe la main, qu’une autre attaque le toucha à la cuisse. Les assauts s’enchainaient si vite. La masse de Zsasz en faisait une cible beaucoup trop facile. Il était complètement dépassé par cette pluie de coups. Par une sorte de réflexe instinctif il frappa dans le vide avec son hachoir.
    
    Zsasz aiguisait avec soin chacune de ses lames.C’est pourquoi bien que hasardeux, ce coup parvint à trancher le fouet. Même si cette arme demeurait encore utilisable, il détenait désormais une parade contre. Sélina laissa alors tomber le fouet, et recula en tremblant.
    
    Zsasz adorait les voir ainsi effrayées, impuissantes, et soumises à son bon plaisir. Il s’approcha lentement afin de savourer l’instant. Son adversaire sous la panique oublia la rembarde derrière elle, et tomba. S’en était presque trop facile.
    
    Zsasz poussa un soupir de mépris avant de réaliser l’absence de bruit de chute. Il se précipita à la rambarde. Sélina n’était pas en bas dans la grande salle.
    
    « Salope ! » S’écria Zsasz avant de descendre en quête d’un éventuel indice.
    
    Accrochée à une des poutres du balcon Sélina le regarda s’agiter en vain. Elle n’avait qu’à remonter et partir pendant ce temps-là. Il ne serait pas le premier salaud à s’en tirer à bon compte.
    
    Mais il fallut que Zsasz passe juste en-dessous d’elle. La tentation était trop grande. Sélina lui tomba dessus, et heureusement rebondit juste avant qu’il ne riposte.
    
    Comment avait-elle crû que son simple poids suffirait à venir à bout d’un tel colosse ? En fait Sélina connaissait d’avance l’échec de son assaut. Ce n’était qu’une sorte de diversion. Au passage elle en avait profité pour s’emparer d’un des couteaux de son ennemi.
    
    Zsasz ayant contrairement à elle l’habitude des armes blanches, Sélina jugea plus sage d’éviter le corps à corps.
    
    Le lancé ne comptait pas non plus parmi ses compétences. Toutefois la cible était si poche et si large.
    
    Face au couteau figé dans son ventre Zsasz fit une grimace accompagné par « Salope. ». A croire qu’il ne connaissait pas d’autres mots.
    
    Elle l’avait fouetté, tombé dessus, et maintenant planté. La soif de revanche lui fit oublier sa nouvelle blessure, et charger. Mais Sélina se tenait prête. D’un bond elle cassa la distance. Son pied percuta à pleine vitesse le nez de Zsasz.
    
    Celui-ci bien qu’aveuglé tenta une coupe horizontale. Toujours en avance Sélina s’était déjà accroupie, et exécuta un second coup de pied dans la cheville cette fois. Zsasz ne céda toujours pas, et enchaina par une frappe en diagonale volontairement large. Une galipette en arrière permit à Sélina d’y échapper.
    
    Boiteux, saignant, et à la vision restreinte, Zsasz sentit la défaite venir. Alors il mit toute son énergie dans une nouvelle attaque. Son bras exécuta un geste parfait, le genre qui décapite en une seule fois.
    
    Hélas sa jambe trainait. Sélina n’eut besoin que d’un recul pour éviter cette coupe. Ensuite elle se rapprocha, et passa à la conclusion. Un coup de poing dans la gorge. Un coup de genou dans le couteau resté dans le ventre. Zsasz se plia sous la douleur. Sélina leva la jambe, et l’abattit sur le dessus du crâne.
    
    Ses muscles, ses lames, sa rage, son sadisme, ne lui furent plus d’aucun secours. Il était définitivement le perdant de cet affrontement.
    
    Par sécurité (et par plaisir) Sélina ajouta quelques petits coups de pied dans le ventre. Une fois cette formalité finit, elle réalisa enfin sa présence.
    
    L’une des prostituées de tout à l’heure se trouvait juste devant elle. Sa consœur avait déniché un petit pistolet qu’elle abaissa, dès que Sélina la regarda. Elle était venue lui prêter main-forte, pas l’arrêter.
    
    « Sélina ? » Dit-elle finalement.
    
    Holly et elle s’étaient beaucoup rapprochées, depuis son arrivée. Il était logique, qu’elle l’ait finalement identifiée.
    
    « Adieu Holly. » Répliqua Sélina avec un soupçon de tendresse.
    
    Que pouvaient-elles ajouter d’autre ?

Texte publié par Jules Famas, 1er mai 2017 à 18h49
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