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Tome 1, Prologue Tome 1, Prologue
En cette année 1876 le train était un des principaux symboles de la modernité. Paradoxalement dans ce wagon se jouait une scène primitive. Un homme aviné était en besoin de femelle. Alors il s’en prenait à la seule dans le compartiment ayant la malchance de ne pas être accompagnée. Il en était qu’au stade des propositions salaces, mais peut-être irait-il plus loin ? De toute manière personne n’osait intervenir.
    
    Puis vint l’exception.
    
    « Laissez cette femme ! »
    
    Malgré le ton déterminé présent dans ces paroles, l’agresseur ne prit pas la menace au sérieux. Soit son auteur était plutôt bien bâti, si on se fiait à ses épaules carrées. D’un autre coté on lui donnait tout juste vingt ans. De plus il portait un costume trois-pièces gris visiblement couteux.
    
    Il s’agissait vraisemblablement d’un de ses gosses de riches ignorant tout des duretés de la vie. Pas de quoi faire un adversaire valable.
    
    « Sinon quoi ? » Répliqua alors l’agresseur plein d’arrogance allant jusqu’à pousser de la main.
    
    Suite à cette déclaration et ce geste le jeune homme leva les poings d’une façon bien spécifique. Il venait de prendre la pose du boxeur. Deux jabs du gauche en plein visage surprirent l’agresseur, puis un puissant direct du droit le fit reculer.
    
    L’arrogance céda alors la place à la rage.
    
    « Tu vas regretter çà, gamin. »
    
    Les deux hommes concentrés l’un sur l’autre, en oublièrent l’autre protagoniste de cette histoire. La femme précédemment importunée surgit en embuscade sur l’agresseur, qui soudain tomba à genoux.
    
    Il se tenait la gorge tout en suffoquant. N’étant plus en état de combattre il émit au milieu des gargouillis une menace ou une insulte, et partit.
    
    La femme se tourna alors vers le jeune homme tout en brandissant son propre poing.
    
    « Frapper vite, c’est bien. Mais c’est encore mieux si on vise les bons endroits. »
    
    Le chevalier servant passa alors au rôle d’amoureux transi. Comme cette femme était belle ! Certes sa toilette demeurait simple. Elle était vêtu d'une robe bleue nuit sans corset. Mais elle en avait aucunement besoin tant sa silhouette était fine. Sa coiffure ne comportait aucun artifice, juste une cascade de beaux cheveux bruns et frisés. Et puis il y avait ses magnifiques yeux en amandes plein de malice rappelant ceux d’un chat.
    
    Le jeune homme troublé se rattacha alors aux usages.
    
    « Bruce Wayne. » Dit-il en effectuant un baise-main.
    
    « Sélina Kyle. » Répondit avec un temps de retard la femme peu habituée à tant de manière. « Vous êtes un boxeur ? Vous n’en avez pas l’air pourtant. »
    
    Il était vrai que le fin visage du prénommé Bruce était dénué de cicatrices et autres marques propres aux pugilistes.
    
    « J’ai fait du sport pendant mes études. »
    
    « Vos études ? » S’interrogea Sélina à haute voix.
    
    Il en parlait au passé. Il faisait pourtant si jeune.
    
    « J’ai suivi une formation d’ingénieur à Boston afin de pouvoir reprendre la mine de charbon fondée par mon père. »
    
    Il avait prononcé ses mots sans tenter de se mettre en valeurs. Il se contentait juste de répondre. Bruce était aussi intervenu sans avoir vu la femme auparavant, et s’être assuré de sa beauté.
    
    Autant d’innocence parvint à attendrir Sélina. C’était tellement rare dans le monde où elle évoluait la plupart du temps. Puis la magie fut brutalement interrompue.
    
    « Nous arrivons en gare du comté de Gotham. » Annonça à tue-tête un des employés du train à travers les wagons.
    
    « Vous descendez ici aussi. » Constata Bruce l’air réjouit en voyant Sélina prendre sa valise.
    
    La femme se contenta d’afficher une mine embarrassée. Ce détail échappa à Bruce tant la coïncidence le réjouissait.
    
    « Attendez-moi. Je vais chercher ma valise, et vous accompagne. »
    
    Son siège se trouvait seulement quelques rangées plus loin. Pourtant le temps de revenir avec son bagage, Sélina avait disparu.
    
    Bien qu’étant du genre progressiste, Bruce ne put s’empêcher d’avoir une pensée sur l’imprévisibilité des femmes. Même si ce revirement l’intriguait, il avait d’autres préoccupations. Alors il se dirigea vers une porte de sortie, puis attendit l’arrêt complet du véhicule.
    
    Mais on ne contrôle pas si facilement ses sentiments. Une fois sur le quai le jeune homme ne put s’empêcher de regarder autour de lui. Il la vit un peu plus loin, et tergiversa. Il ne voulait pas la harceler comme l’autre brute, mais il aurait tout de même aimer avoir une explication.
    
    Soudain on trancha à sa place.
    
    « Vous êtes Sélina la féline de New York, n’est-ce pas ? » Dit sur le quai un homme de petite taille, au long nez, assez épais, et au dos vouté.
    
    Il était plutôt bien mit avec son costume sombre et son monocle. Seule son espèce d’ombrelle dénotait un peu. Cet ustensile était l’apanage des femmes normalement. D’ailleurs elle était un peu trop grande pour une ombrelle.
    
    Sélina répondit à la question d’un simple hochement de tête avant que le petit homme poursuive.
    
    « Très chère vous allez être la perle de mon établissement. »
    
    Ce beau parleur reluquant Sélina de la tête au pied procura une impression de déjà-vu à Bruce. Puis ses pensées furent de nouveau interrompue.
    
    « Bonjour maitre Bruce. »
    
    « Bonjour Alfred. » Répliqua-t-il en reconnaissant l’accent anglais.
    
    Le régisseur de la mine et ancien serviteur de son père, n’avait pratiquement pas bougé malgré toutes ces années. Toujours le même flegme britannique l’habitait. Aucune trace de sueur, ni de poussière propres aux environs, ne semblait l’atteindre. Comme s’il était au-dessus de tout çà.
    
    « Vous m’avez manqué. » Rajouta Bruce en posant sa main sur son épaule.
    
    Le destin décidément farceur décida de gâcher cet instant d’émotion.
    
    « Docteur Quinn ! » Cria à tue-tête un homme en longeant les quais.
    
    Pourquoi personne ne remettait-il pas ce malotru à sa place ? Parce qu’il portait une étoile sur la poitrine. A cela s’ajoutait la panoplie classique du cowboy : stetson, bottes, ceinturon, et colt.
    
    Ce criard était un quadragénaire moustachu, mince, et à l’allure martiale. A ses cotés se tenait un autre homme munit lui aussi d’une étoile. C’était bien leur seul point commun. Lui entre sa crasse, et son ventre proéminent, il respirait plutôt la négligence.
    
    « Docteur Harleen Quinzel, je vous prie.» Répliqua une voix féminine et enjouée.
    
    Un blanc suivi, puis la docteur reprit tout en descendant du train :
    
    « Ça vous gêne une femme-médecin ? »
    
    Le lourd vécut du shérif Jim Gordon était venu à bout de bien des préjugés. Pour preuve il comptait parmi ses adjoints Harvey Bullock (ici présent), dont l’interprétation très libre du règlement aurait choqué bon nombre de ses confrères. Mais il avait des tripes, et était réglo à sa manière. N’était-ce pas le plus important ?
    
    En fait ce qui rebutait Gordon n’était pas le sexe, ni même la tenue. Et pourtant il y avait à redire sur ce point. Cette robe rouge écarlate ornée de part et d’autres de fanfreluches, ça ne faisait vraiment pas sérieux. Et puis il y avait ces anglaises blondes. Seules les petites filles se coiffaient encore ainsi.
    
    C’est justement là où se situait le problème. La médecin avait l’air jeune, trop jeune. Ses grands yeux enfantins, sa voix fluette, et sa face lisse faisaient douter même de sa majorité. Puis le shérif remarqua la mallette entre les mains de Harleen. C’était bien le modèle dont usait généralement les médecins.
    
    « Bonjour, Shérif Gordon. » Dit alors l’homme de loi tout en retirant son chapeau en signe de politesse. « Je sais que vous venez d’arriver. Mais nous avons besoin de vous en toute urgence. »
    
    « Allons-y. » Répliqua alors la docteur avec un enthousiasme déconcertant.
    
    Peu après cette scène Bruce embarqua dans le fiacre spécialement affrété pour lui. Il en partageait l’intérieur uniquement avec Alfred.
    
    Durant la traversée il put constater comme l’endroit s’était développé depuis son départ où il était à peine adolescent. Il s’agissait d’une petite ville à présent. Il se souvint alors de son père, qui voulait qu’à son tour il veille au bien être du comté de Gotham. Les Wayne devaient tant à cet endroit selon lui.
    
    Alors Bruce tenta d’honorer les désirs paternels.
    
    « Que se passe-t-il avec le shérif ? » Demanda-t-il à son régisseur. « Ça a l’air grave. »
    
    « Le shérif Gordon et ses hommes viennent d’essuyer une embuscade du clan Falcone, alors qu’il le traquait. »
    
    « Carmine Falcone ! » S’exclama alors Bruce.
    
    Cet homme comptait jadis parmi les multiples hors-la-loi sévissant dans les environs. C’étaient d’ailleurs à un de ces pillards, que Bruce devait la disparition de ses parents.
    
    Ce drame s’était produit la nuit, tandis que la famille Wayne revenait de la ville. Les routes n’étaient pas sûres surtout aussi tard. Seulement jeune Bruce voulait tellement voir ce spectacle de lanterne magique.
    
    Puis était apparu ce cavalier au visage dissimulé derrière son foulard. Thomas Wayne était un homme entreprenant, qui aimait faire les choses lui-même. C’est pour cette raison qu’il conduisait personnellement son véhicule. Par conséquent il n’avait aucune autre aide présentement que sa femme et son fils. Thomas était aussi un humaniste. Il refusait de porter une arme. Il croyait que le dialogue pouvait triompher de la violence.
    
    Sauf que ce brave père de famille n’eut pas le temps de parler. Pourquoi le bandit avait-il fait feu ? Un geste suspect, la panique...?
    
    Bruce resta tétanisé ses parents agonisants à ses cotés. Puis vint un soupçon d’humanité au milieu de cette horreur. Le bandit pointa son revolver sur l’enfant. C’était un témoin après tout. Soudain sa main trembla. Le criminel repartit sans même prendre quoique se soit. Les Wayne était définitivement morts pour rien.
    
    Bruce demeura seul environ deux heures avant que l’expédition menée par Alfred ne le retrouve. Ce fut sa première leçon d’adulte sur la dureté de la vie.
    
    Heureusement avant sa mort Thomas Wayne était parvenu à mettre en place sa mine de charbon. Offrant un point de ravitaillement conséquent, elle attira le chemin de fer à Gotham, et lui permit de prospérer. Grâce à ses nouveaux moyens le comté n’était plus une contrée misérable et isolée. Il parvint donc à chasser tous ces bandits.
    
    « Oui, il est revenu avec une petite bande. » Enchaina Alfred. « Il pille les trains à présent. Le shérif a tenté de l’arrêter en vain comme vous avez pu le constater. »
    
    « Et il y a eu des morts dans cette embuscade ? »
    
    « Pour ce que j’en sais un marshall envoyé par le gouvernement fédéral en renfort, a été gravement blessé. Un homme parait-il très compétent, un certain Harvey Dent.»
    
    Son devoir étant effectué, Bruce passa à un sujet plus personnel.
    
    « Il me semble avoir vu Oswald Cobblepot sur le quai de la gare avec une grande ombrelle. »
    
    « Effectivement c’était bien lui. Il dirige le saloon à présent. »
    
    « Qu’est devenue le réseau de diligences des Cobblepots ? »
    
    « L’implantation du chemin de fer dans nos contrées, a ruiné leur entreprise. D’ailleurs Tucker le père d’Oswald ne supportant pas la disgrâce, a préféré disparaitre. Même si Oswald a su se débrouiller, il est clair que sa famille a perdu beaucoup de son prestige. »
    
     Bruce comprit soudain. Sélina était une prostituée achetée par Oswald. Et ne voulant pas qu’il l’apprenne, Sélina s’était éclipsée avant l’arrivée en gare. Pourraient-ils se revoir dans de pareilles conditions ?
    
    Qu’est-qu’il lui prenait ? Il était un Wayne. Comment osait-il laisser une vulgaire prostituée occuper ses pensées !
    
    « Mais si vous le voulez bien nous approfondirons ce sujet une autre fois. » Poursuivit Alfred « Des responsabilités vous attendent. »
    
    « Oui je sais. Il faut que j’inspecte la mine, l’état des comptes...»
    
    « A vrai dire il y a autre chose de plus disons personnel, dont j’aimerais vous entretenir dès à présent. » Dit Alfred tandis que le véhicule stoppa.
    
    Ils étaient devant la maison de Wayne. Cette vaste bâtisse avait été construite sur une colline à proximité de la mine, afin que Thomas Wayne puisse surveiller en permanence l’évolution du chantier. Les autres maisons du comté étaient essentiellement faites de bois. Tandis que celle-ci était constituée de pierres donnant un aspect prestigieux et durable. Un symbole de ce que devait être les Wayne selon Thomas. De plus les pierres provenaient directement des falaises du défilé un peu plus loin. Ainsi la demeure des Wayne était littéralement une partie de Gotham.
    
    Bruce constata avec émotion que l’intérieur n’avait pas changé : les meubles anglais, le portrait de ses parents... Tout était à la même place.
    
    « Vous souvenez-vous de la cave, maitre Bruce ? »
    
    « Pas vraiment. » Répondit évasivement Bruce encore sous l’effet de la nostalgie. « Père ne me laissait jamais y pénétrer. »
    
    Alfred glissa alors une longue clé entre les mains de son maitre.
    
    « Il est temps de le faire à présent. Car voyez-vous votre père y conservait certains secrets, qui vous reviennent désormais. »
    
    L’attitude du régisseur venait de changer. Il était brusquement très solennel.
    
    « Conformément aux instructions de votre père, je dois vous demander de réfléchir sagement avant d’employer cet part de votre héritage. »
    
    Bruce serra alors la clé avec poigne, et se dirigea sans attendre vers l’entrée de la cave. Il pressentait que derrière cette porte, l’attendait un tournant crucial de son existence.

Texte publié par Jules Famas, 31 décembre 2016 à 07h51
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