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Tome 2, Chapitre 27 « Question de vie ou de mort » Tome 2, Chapitre 27
La porte qui donnait sur le rez-de-chaussée avait été laissée ouverte par Ralestone et son complice, mais Ashley leur fit signe d'attendre avant de pénétrer dans le couloir.
    
    « Il y a sans doute quelqu'un qui monte la garde... »
    
    Le comte s'avança avec assurance :
    
    « Je m'en charge ! »
    
    Quelques secondes plus tard, le pommeau en argent de la canne-épée avait, une fois de plus, rendu un fier service à son propriétaire. Le Français leur fit signe d'avancer dans le corridor blanchi à la chaux. Hadria éteignit la lampe et la posa devant le battant. Elle n'était plus utile à présent, et la jeune femme voulait garder les mains libres, au cas où la situation s'envenimerait de nouveau.
    
    « Où allons-nous à présent ?
    
    — Nous devons sortir du château. Il doit y avoir des portes de service qui donnent l'extérieur ! »
    
    Hadria se mordilla la lèvre. Elle ne gardait pas une vision bien nette de la disposition des lieux, mais le comte, qui se montrait décidément d'une utilité sans limites, leur désigna un petit couloir secondaire :
    
    « D'après mes souvenirs, ce passage doit bifurquer vers le cellier ! En toute logique, nous devrions trouver une issue non loin ! Suivez-moi, je devrais pouvoir vous y conduire. »
    
    Il éclata d'un rire discret :
    
    « Dommage que ce cher Henri ne se trouve pas avec nous ! Lui qui est si prompt à se moquer de mon sens de l'orientation qu'il qualifie de hasardeux, voici qui lui montrerait que ce n'est que persiflage !
    
    — Henri ? répéta Hadria, intriguée.
    
    — Mon partenaire le plus fréquent ! Un jeune et fringant journaliste particulièrement beau parleur.
    
    — Je croyais que c'était un voleur ! remarqua la jeune femme.
    
    — Certes, aussi...
    
    — Et bien d'autres choses, ajouta Ashley d'un ton neutre. Mais peu importe. À votre avis, combien de temps allons-nous encore passer à parcourir les couloirs ? Je commence à m'inquiéter pour cette jeune fille. Tant que je ne pourrai pas m'occuper d'elle, sa situation m'évoquera celle d'un poisson tiré hors de l'eau...
    
    — Apte comparaison, mon jeune ami. »
    
    Du pommeau de sa canne, d'Harmont désigna un court passage qui donnait sur une porte de bois percée d'un guichet.
    
    « C'est ce que nous cherchions ! » déclara-t-il avec un enthousiasme presque enfantin.
    
    Hadria regrettait vaguement que le comte n'eût pas poursuivi sur le sujet de son partenaire. Elle avait été elle-même une jeune et fringante journaliste – tout comme son ami Hector et leurs compagnons des Mystères de Minneapolis, – à l'exception du vieux Simps, la voix de la raison au milieu de tout ce sang impétueux. Cet ancien ouvrier d'imprimerie avait accepté de mettre son savoir-faire à leur disposition, plutôt que d'ennuyer ses enfants en encombrant leur foyer la journée entière – c'était du moins ce qu'il prétendait. Cependant, ni l'endroit ni les circonstances ne se prêtaient aux accès de nostalgie.
    
    Quand d'Harmont actionna la poignée, il constata avec un soulagement évident qu'elle n'avait pas été verrouillée. Elle donnait sur petite portion de cour, enclose au milieu de dépendances invisibles depuis l'avant du château. L'une d'elles, largement ouverte, contenait la carriole qui les avait conduits à la propriété, une éternité plus tôt. S'ils parvenaient à atteler le cheval – une tâche qu'elle avait souvent assurée pour la voiture de son père -, ils pourraient l'utiliser pour partir loin de ce lieu de cauchemar et des fous qui l'habitaient...
    
    « Attendez ! » lança Ashley, en haussant la voix.
    
    Ses deux compagnons se retournèrent, surpris de sa véhémence inhabituelle ; Hadria constata que le normaliste s'était immobilisé, les yeux fixés sur Mair. La jeune fille s'était mise à trembler convulsivement. L'Eurasien s'agenouilla et la coucha sur le côté pour éviter que les pavés ne blessent les ailes incomplètes.
    
    « Qu'allez-vous faire ? demanda le comte, d'un ton inquiet.
    
    — Essayer de ramener l'énergie des flux vers elle... Mais... »
    
    Il secoua la tête, comme à court de mots. Ses traits laissaient paraître un désarroi qu'Hadria ne lui avait jamais connu :
    
    « Je n'ai pour ainsi dire... aucun entraînement dans l'art de la magie... »
    
    Le comte le considéra gravement, avant de déclarer :
    
    « Parce que vous l'avez toujours employé d'une façon instinctive plutôt que méthodique. Et vous devez sans doute à vos capacités d'être encore là aujourd'hui, sans altération de votre intelligence ni de votre vigueur... »
    
    Ashley demeura silencieux, mais la jeune femme constata que la remarque de l'encyclopédiste avait touché juste.
    
    « Allons, mon garçon, que pensez-vous faire ?
    
    — Partager mon énergie vitale avec elle... »
    
    Hadria laissa échapper un petit cri de surprise ; c'était une opération délicate et parfois dangereuse. Mais rien ne semblait faire peur à mister Ashley.
    
    « Et vous n'avez pas la moindre idée de la manière dont vous devez procéder ?
    
    — Hélas, non... Mais je pense que vous, vous devez savoir quelles sont les étapes essentielles.
    
    — Certes, répondit le comte, gêné. Mais je ne voudrais pas qu'il vous arrive un accident fâcheux... »
    
    La jeune Américaine ouvrit la bouche, avec l'intention d'exprimer son sentiment, mais elle s'aperçut qu'elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle allait dire. Elle ne voulait pas voir son partenaire prendre de tels risques, mais elle avait conscience du danger qui menaçait Mair.
    
    « Vous comprendrez que je n'ai qu'une vision théorique de la chose ! répondit le comte avec véhémence. Expérimenter sur le champ, sans la moindre expérience, pourrait se révéler catastrophique...
    
    — Toujours moins que la laisser mourir... »
    
    D'Harmont ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez, en poussant un profond soupir.
    
    « Bien... Puisque vous insistez... Miss Forbes, faites le guet, je vous prie ! Personne ne doit nous interrompre en cours d'opération ! »
    
    La jeune femme éprouvait un peu de déception de ne pouvoir suivre des yeux le processus, mais une intervention imprévue risquait de précipiter un désastre. Ce qu'Ashley projetait de faire n'avait strictement rien à voir avec les guérisons magnétiques et les techniques similaires, liées à des dons innés ou des enseignements spécifiques. Les mages ne possédaient pas la capacité de rééquilibrer les flux ni de transmettre l'énergie vitale de façon douce et harmonieuse. L'opération ressemblerait plus à de la chirurgie sur champ de bataille qu'à toute autre chose. Avec les mêmes risques d'aggraver l'état du patient, mais en plus, ceux de nuire au praticien.
    
    Hadria ignorait de quel endroit pouvait survenir une menace potentielle. Elle décida de faire face à la large allée entre les dépendances, qui permettait aux véhicules d'atteindre la remise.
    
    « Installez-vous dans une position confortable. Vous allez commencer par vous recentrer et sentir l'énergie magique qui réside en vous. Même si vous n'avez pas cultivé votre don, vous devez être capable de faire cela, tout au moins.
    
    — Je pense que oui...
    
    — Bien, alors concentrez-vous. Cela ne doit pas présenter trop de difficultés compte tenu de vos capacités d'étude. »
    
    Seul le silence lui répondit, confirmant à Hadria qu'Ashley s'était déjà investi dans le processus.
    
    « Vous avez passé un certain temps plongé dans les flux telluriques... J'en déduis donc que vous devez avoir fait le plein d'énergie, à moins que vous ne l'ayez bloqué, mais quelque chose me laisse supposer que ce n'est pas le cas et que vous êtes capable de ne faire qu'un avec ces flux...»
    
    Hadria se demanda comment le comte pouvait déduire une chose pareille, mais elle s'obligea à rester silencieuse et à ne poser aucune question susceptible de troubler les deux hommes .
    
    « Quant à la suite... Je ne la connais, comme vous le savez, que sur un plan purement théorique. Vous devez faire circuler l'énergie qui réside en vous dans tout votre corps... sans la laisser stagner en aucun point précis. »
    
    La voix de conteur de l'aristocrate possédait une capacité presque hypnotique ; Hadria devait résister à l'envie de se laisser bercer par ses accents apaisants.
    
    « Une fois que vous sentirez cette circulation à l'intérieur de vous, essayez de la projeter autour de votre corps, en visualisant des cercles concentriques. Évitez cependant de vous connecter aux flux telluriques ! »
    
    Il marqua une pause avant d'ajouter :
    
    « Même si cela ne fonctionne pas d'emblée, vous ne devez surtout pas vous décourager ! Persistez, autant que possible ! »
    
    Hadria déglutit avec difficulté ; d'après les remarques du comte, son partenaire peinait à obtenir les résultats escomptés. Elle devait lutter contre elle-même pour ne pas se retourner.
    
    « Essayez à présent d'élargir ces cercles... en y incluant si possible cette jeune fille. Jusqu'à ce que l'énergie circule entre elle et vous... »
    
    Soudain, une rumeur insolite attira l'attention de la jeune Américaine. Elle s'arracha à la voix vibrante d'Alexandre d'Harmont pour se concentrer sur ce son lointain : s'agissait-il des sbires de Ralestone ? Possédait-il tant de gens à son service qu'ils pouvaient donner l'illusion d'une foule en colère ? Elle respira profondément, resserrant sa prise sur le pistolet.
    
    Elle doutait de sa capacité à protéger ses compagnons contre une petite armée, mais elle ferait tout son possible !
    
    

Texte publié par Beatrix, 22 novembre 2018 à 01h36
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