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Tome 2, Chapitre 25 « Une dangereuse situation » Tome 2, Chapitre 25
La jeune Américaine renonça à saisir le pistolet à sa ceinture et leva docilement les deux mains, en reculant de quelques pas :
    
    « Je ne peux rien faire contre vous… Je vais partir et vous n’aurez plus à vous soucier de moi. Je sais reconnaître quand j’ai perdu ! »
    
    Il la regarda avec scepticisme, sans pour autant baisser sa garde. Mair dut comprendre qu’Hadria avait l’intention de l’abandonner et leva vers elle des yeux terrifiés. La jeune femme sentit son cœur se briser… Mais si elle se faisait capturer ou même tuer, elle n’aurait plus aucune possibilité d’alerter quiconque sur la situation de la pauvre enfant et de permettre son sauvetage.
    
    « Vous me prenez pour un imbécile ? Venez, nous allons retrouver lord Ralestone. Il m’avait bien dit de me méfier de vous !
    
    — Vos manières ne sont pas celles d’un gentilhomme ! »
    
    La voix qui venait de retentir dans le dos de l’Écossais le fit sursauter tout autant qu’Hadria. Le canon du pistolet s’abaissa légèrement, tandis que les yeux de MacFarlane s’élargissaient de surprise :
    
    « Mais qu’est-ce que… »
    
    Il fit mine de se retourner, mais avant même qu’il puisse conclure ce geste, il s’arrêta net en esquissant une petite grimace de douleur.
    
    « Oui, j’appuie actuellement la pointe d’une lame d’acier entre vos deux omoplates. Je serai contraint de m’en servir si vous ne cessez pas immédiatement de menacer cette jeune dame. »
    
    Hadria reconnut enfin cette voix bien modulée, teintée d’un léger accent français. Dans la lueur verdâtre du sous-sol, par-dessus l’épaule de MacFarlane, le visage qu’elle entraperçut lui ôta ses derniers doutes. Le comte d’Harmont semblait parfaitement résolu à mener sa menace à exécution. Si elle avait eu quelques soupçons sur le membre des services secrets occultes de la République Française, ils se dissipèrent totalement.
    
    « Veuillez donner votre arme à cette demoiselle, je vous prie. Si le coup part, je peux vous assurer que je ne ferai pas de quartiers ! De même que si vous donnez l’alarme ! »
    
    MacFarlane, les sourcils froncés et la mine renfrognée, s’exécuta. Il présenta son arme à Hadria, la crosse en avant, toujours sous la menace du comte.
    
    « Vous avez fait le bon choix, déclara le hobereau d’un ton plaisant. Je me doutais bien que vous préféreriez votre vie aux idéaux quelque peu déments de lord Ralestone. Je m’en excuse par avance, mais j’ai l’intention d’user de violence à votre encontre. »
    
    Avant que MacFarlane n’ait pu réagir, il asséna le pommeau d’argent de sa canne sur son crâne. L’homme glissa à terre ; le sol gorgé d’humus étouffa le bruit sa chute.
    
    « Allez porter assistance à votre partenaire ! Je reste ici pour protéger cette jeune demoiselle et garder un œil sur ce mauvais plaisant. »
    
    Encore incrédule, Hadria acquiesça ; elle ne s’était pas attendue à l’intervention de d’Harmont, mais elle se sentait profondément soulagée de sa présence. Elle baisa les yeux sur le pistolet qu’elle tenait toujours entre les mains ; il était bien plus lourd que les armes qu’elle avait eu à manipuler jusqu’à présent, mais bien plus efficace. Et d’autant plus rédhibitoire… Il suffisait sans doute de le montrer pour obtenir la soumission des gens vers lesquels on le braquait. C’était du moins ce qu'elle espérait.
    
    Soudain, une vague de doute paralysa la jeune femme. Elle lança un regard qui exprimait toute son hésitation vers le Français ; le vieil aristocrate tenait toujours crânement sa canne-épée, la pointe dirigée vers MacFarlane. Il lui adressa un petit clin d’œil :
    
    « Vous êtes un agent de Gladius Irae. Je vous crois capable de vous en sortir seule ! Mais si la situation venait à mal tourner, dites-vous que je ne serai pas très loin ! »
    
    Il lui adressa un sourire d’encouragement, auquel elle répondit par un léger hochement de tête. Serrant les dents, elle fila vers la clairière, aussi discrètement que possible, laissant une Mair tétanisée à la garde de d’Harmont. Les bruits de voix lui parvenaient encore. Le lord poursuivait son argumentation, plus brillamment que MacFarlane :
    
    « À la vérité, mister Ashley, je n’ai rien à gagner, mais vous avez tout à perdre de la situation. La porte est gardée et votre partenaire ne parviendra jamais à quitter les lieux. Je préférerai ne pas avoir à faire du mal à cette – sans doute remarquable – jeune personne… Vous pouvez au moins la persuader de se rendre ! Voyez-vous, je n’ai aucune envie de brusquer ma Reine, surtout en tuant quelqu’un devant elle…
    
    — Ma partenaire, puisque vous l’évoquez, est un agent capable et entraîné, répondit calmement Ashley. Elle est probablement déjà sortie de ce sous-sol avec la jeune Mair !
    
    — Comment ? »
    
    La voix de Ralestone prit un accent :
    
    « C’est impossible… Comme vous devez vous en douter, la Reine ne peut survivre si on l'arrache ainsi à son royaume !
    
    — Au moins pourra-t-elle revoir le monde extérieur, que vous lui avez volé, avant de disparaître ! répliqua froidement le normaliste.
    
    — C’était pour son bien… et celui de notre cause !
    
    — Il suffit ! »
    
    Hadria avait rarement entendu Ashley hausser la voix ; elle ne s’attendait pas à ce que ses tons doux se métamorphosent en ce timbre profond, charismatique… Mais elle n’avait pas le temps de s'en étonner. Elle décida de se glisser derrière Jonas, qui se tenait un peu en arrière de son maître et dont elle pouvait deviner la lourde masse entre les longues chevelures végétales. Sans doute pointait-il une arme sur Ashley. Elle voyait mal Ralestone se charger des plus sombres tâches !
    
    Sa main droite trembla autour de la crosse du pistolet ; elle saisit son poignet de la gauche pour stabiliser un tir éventuel. Avec autant de discrétion que possible, elle écarta les ramures pour repérer l’emplacement exact du géant. La jeune femme frémit à la vision d’Ashley, qui faisait face avec une remarquable décision au lord et à son sbire. Elle ne put s’empêcher de s’étonner de sa réaction si vive, lui qui habituellement était si prompt à s’effacer… C’était à croire que quelque chose, dans le sort de Mair, le marquait tout particulièrement. Mais elle n’avait pas le temps de réfléchir à la question…
    
    Surgissant du rideau de feuillage, dans un seul mouvement fluide, elle appuya le canon dans le dos de Jonas :
    
    « Lâchez votre arme ! » lança-t-elle d’une voix qui lui sembla tremblante et fluette.
    
    Si Ashley en fut surpris, il ne le manifesta pas outre mesure. Ralestone se retourna, les paupières plissées, un sourire ironique sur les lèvres :
    
    « Vous pensez réellement que vous aurez le courage de tirer sur quelqu'un ? Je m’étonne même que vous ayez pu aller jusqu’à brandir cette arme… Jonas ? »
    
    Le colosse se retourna plus vivement qu’elle ne s’y attendait. Surprise, Hadria recula, assez rapidement pour éviter qu’il se saisisse de son pistolet. Elle trébucha à moitié, et plus par réflexe que d'une façon délibérée, crispa son doigt sur la détente.
    
    Le coup partit, assourdissant…

Texte publié par Beatrix, 24 mai 2018 à 01h24
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