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Tome 2, Chapitre 13 « Mise au point » Tome 2, Chapitre 13
Hadria se hâta le long d'un couloir habité d'ombres chuchotantes. La colère et le chagrin l'envahissaient avec une telle intensité qu'elle ne s'aperçut pas immédiatement de son état vulnérable. Tout ce que les murs anciens avaient absorbé des rancœurs et de tourments semblait suinter littéralement des vieilles pierres, comme des coulées noires qui ne demandaient qu'à pénétrer son âme... Elle marchait aussi vite que possible, sans savoir où elle allait, en ressassant misérablement les paroles qu'elle prononcerait quand elle se trouverait face à Ashley.
    
    Pourquoi m'avez-vous dissimulé vos complots avec Standish ? Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous m'avez reléguée sur le côté ? Me considérez-vous comme trop faible, trop inutile ? Dites-moi que vous ne m'avez pas menti...
    
    Que vous ne m'avez pas trahie...
    
    Dites-moi que je n'ai pas placé en vain ma confiance en vous...

    
    Hadria émergea enfin dans un petit hall au pied d'un escalier en colimaçon, qui devait déboucher à l'extrémité du couloir de l'étage. Elle repéra une lourde porte ferrée qui ouvrait directement sous les marches, mais aussi une issue plus discrète qui avait été peinte et moulurée pour pouvoir se fondre avec le décor. Elle devait donner sur un garde-manger ou une cave quelconque. Alors pourquoi ressentait-elle une dangereuse attirance pour l'endroit ? Parce qu'il était clos par deux serrures massives ? La jeune femme se dirigea vers le battant, tendant machinalement la main pour tenter de comprendre...
    
    « Miss Forbes ! »
    
    Elle sursauta violemment et pivota sur elle-même, pour se trouver face à Ashley, debout devant elle, l'air inquiet. Elle recula aussitôt, serrant les poings pour maîtriser sa rage. Tout son discours soigneusement travaillé avait volé en éclat et elle ne pouvait que le fixer avec des yeux emplis de reproches.
    
    Le regard vert la contempla avec perplexité derrière les verres fumés.
    
    « Est-ce que vous allez bien ? »
    
    Elle s'obligea à décrisper ses mains et afficha un sourire tendu :
    
    « Oui, bien sûr. Pourquoi ça ne serait pas le cas ? »
    
    Le normaliste soupira en silence :
    
    « J'ai croisé mister Standish qui m'a parlé de votre échange. Je regrette que vous ayez eu affaire à lui en mon absence. Pour d'obscures raisons, il n'apprécie guère la gent féminine. J'espère tout au moins qu'il s'est montré courtois avec vous ?
    
    Elle laissa échapper un bref éclat de rire :
    
    « Courtois ? À mon avis, il ne sait même pas ce que ce mot peut bien vouloir dire.
    
    — Je suis navré. »
    
    Hadria soupira : sa sincérité était si désarmante qu'il était difficile de rester longtemps fâché contre lui. Mais ce n'était pas une raison pour ne pas mettre les choses au point avec son partenaire :
    
    « Je peux comprendre que vous le considériez comme un allié. Mais comment avez-vous pu décider que vous mettriez vos informations en commun en m'excluant délibérément ? »
    
    Ashley cligna des yeux, sa seule concession au désarroi qu'il éprouvait visiblement :
    
    « Vous exclure ? Mais il n'en a jamais été question. Nous avons convenu, en effet, d'échanger ce que nous pourrons trouver, mais cela s'arrête là...
    
    — Il a donc menti ?
    
    — Extrapolé, dirais-je... »
    
    Il arrangea nerveusement le col de sa veste :
    
    « Je suis désolé que vous ayez eu à souffrir de sa personnalité manipulatrice. J'aurais dû vous en avertir... Je suis désolé que vous ayez pu douter de ma bonne foi... Je ferai le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus à l'avenir. »
    
    Ce fut au tour de la jeune femme de se sentir gênée, pour avoir si vite ôté sa confiance à son partenaire.
    
    « Pour la peine, je pense que je vais vous informer d'un petit détail qu'Erasmus souhaitait que je garde secret – essentiellement, pour éviter de vous exposer à des manœuvres gouvernementales, mais je trouve préférable que vous soyez au courant. Sans doute comprendrez-vous mieux ainsi pourquoi je suis en devoir de collaborer avec mister Standish. Spiritus Mundi n'est pas la seule institution à s'inquiéter des agissements de Ralestone. C'est pour cela que la section Athena a envoyé l'un de ses représentants, en la personne de notre démystificateur... »
    
    Même si à la réflexion, cela n'avait rien d'inattendu, cela n'empêcha pas Hadria de regarder son collègue avec une certaine stupeur. La section Athena n'était autre que la division des services secrets de l'Armée britannique chargée de s'occuper des questions ésotériques. La jeune femme en avait entendu parler à l'occasion depuis son arrivée à Spiritus Mundi ; en toute logique, les membres de la fondation étaient conduits à côtoyer les agents de la Couronne. Mais à chaque fois, il n'y avait rien eu de plus qu'une vague mention et quelques explications hâtives... peut-être parce qu'elle n'était pas britannique et que même les Britanniques de Spiritus Mundi conservaient leur loyauté envers leur royaume.
    
    « Je comprends, cela dit, que collaborer avec cet homme vous répugne, surtout après cet incident. Nous avons un autre allié en la place, largement plus bienveillant : le comte d'Harmont, à qui vous pouvez totalement vous fier. Il manifeste des convictions très proches de celles de Spiritus Mundi. Même si je pense que pour cette fois, il est venu de son propre chef, sachez tout de même qu'il collabore assez fréquemment avec le bureau des Affaires hermétiques, l'équivalent français de la section Athena. »
    
    Hadria fronça les sourcils, perplexe : pourquoi ces différentes entités gouvernementales éprouvaient-elles le besoin de tirer leur nom de divinités de la Grèce antique ? Jamais elle n'aurait songé à associer de telles activités aux dieux de l'Olympe. Du moins, pas à Athena, car après tout, Hermès, en plus d'être un guide pour les âmes défuntes, possédait une facette mystérieuse de gardien des savoirs occultes.
    
    « Mais ce n'est guère l'endroit pour parler plus largement de ces questions. Venez, nous sommes attendus. »
    
    D'un coup d'œil, il l'engagea à le suivre vers le salon du château.
    
    

Texte publié par Beatrix, 5 octobre 2017 à 21h12
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