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Tome 3, Chapitre 10 « Une mère et son enfant » Tome 3, Chapitre 10
Nouveau défi du chaudron !
    
    
Standard (jusqu'à 1.000 mots)
    Objet/chose « argent (minerai) »
    Émotion/état « regret »
    Couleur « vert bouteille »

    
    Même si elle commençait à acquérir de l’expérience en tant qu’agent de Spiritus Mundi, Hadria éprouvait toujours un frisson dans le dos quand elle se trouvait confrontée à des manifestations fantomatiques. Peut-être que si elle avait disposé de dons de médium ou d’une perception similaire à celle de mister Ashley, elle aurait pu mieux les cerner et les comprendre. Hélas, pour elle, ces apparitions appartenaient au domaine du mystère et recelaient quelque chose de profondément effrayant. En dépit de son absence de capacité en la matière, elle pouvait sentir l’immense vague de tristesse et de regret qui accompagnait la présence de Jasmine.
    
    Les doigts de son partenaire pressèrent de nouveau les siens ; elle en éprouva un réconfort immédiat et reprit assez de contenance pour relever les paupières et observer Leona. Des larmes coulaient sur les joues de l’adolescente.
    
    « Je suis désolée, balbutia-t-elle. Je ne peux pas jouer avec toi, Joey. Tu dois retourner avec ta mère… Elle t’attend, tu sais. »
    
    Le coeur d’Hadria se serra. La voix calme d’Ashley s’éleva alors :
    
    « C’est parfait, miss Leona. Continuez comme cela. Vos intentions sont très importantes… Vous avez capté l’attention de Joey, et Jasmine ne partira pas sans lui. »
    
    Le piano continuait à jouer, une mélodie triste, aigrelette, répétitive. Même à travers ces quelques notes, l’immense douleur qui stagnait là devenait perceptible et envahissait les lieux, cette maison close dédiée au plaisir. Le plaisir des clients, mais certes pas de ses employées, ces femmes enfermées dans une carrière qu’elles n’avaient pas cherchée et qui les condamnait à rester au ban de la société.
    
    Bella prit une inspiration subite :
    
    « Jasmine… Je… je t’en supplie… »
    
    La courtisane brune avait-elle été particulièrement proche de la défunte ? Jasmine avait-elle pris sous son aile une toute jeune et encore innocente Bella ? Madame Peggy sanglotait doucement.
    
    Comme si l’intéressée avait entendu l’exhortation de son amie, le piano se tut. Le souffle froid s’intensifia ; soudain, quelque chose apparut devant eux, comme une forme brumeuse, presque imperceptible et parcourue d'un léger scintillement, comme si des particules d'argent y tournoyaient… Hadria frémit ; elle s’obligea à garder les yeux ouverts. Sans doute Ashley distinguait-il bien plus qu’elle, à la façon dont il examinait la silhouette. Au bout d’un moment, il s’adressa de nouveau à l’adolescente :
    
    « Elle cherche quelque chose, miss Leona. Je pense… qu’elle ne reconnaît pas son enfant. »
    
    Un silence pesant tomba sur l’assemblée. La jeune Américaine éprouva soudain un intense vertige ; plus rien ne semblait faire de sens, comme si elle se trouvait emportée dans un violent tourbillon d’émotions : panique, douleur, confusion… Pour s’obliger à garder ses esprits, elle focalisa son attention sur le tapis : une pièce qu’elle jugeait hideuse et criarde, dans des nuances fuchsia et vert bouteille. L’impression désagréable se dissipa enfin.
    
    « Parce que la forme qu’a prise Joey est celle que tout le monde imaginait et projetait, expliqua Ashley. Celle d’un petit garçon, pas d’un bébé nouveau-né. Vous l’avez inconsciemment retenu ici, sous une apparence qui n’était pas la sienne, et par ce fait, Jasmine n’a pas pu partir. Vous devez lui rendre tel qu’elle le perçoit... Pas seulement vous, mais tout le monde ici. »
    
    La jeune Américaine se sentait touchée par la force de cet amour maternel qui avait retenu l’esprit de la femme dans l’établissement pendant tant d’années. D’autant plus, sans doute, qu’elle n’avait jamais bénéficié de ce sentiment qu’on décrivait comme infini… La seule manière dont elle pourrait le cerner serait d’être mère à son tour, un jour. À condition de ne pas se révéler semblable à sa génitrice, qui n’avait vu en elle qu’une gêne et une sorte de monstre, en raison de son don.
    
    Mais en la circonstance, il n’était pas question d’elle. Hadria ferme de nouveau les yeux et se focalisa sur Jasmine et Joey. Même si elle ignorait à quoi le fantôme ressemblait, elle pouvait l’imaginer à travers les paroles de madame Peggy. Elle visualisa une mince femme brune, vêtue d’une longue robe blanche, et, dans un berceau non loin d’elle, un nouveau-né – Joey. Un minuscule bébé au visage paisible, plongé dans un profond sommeil, emmailloté de langes.
    
    « Voici Joey, souffla Leona. Il est là, Jasmine. Il a toujours été là, regardez... »
    
    Le temps semblait s’être immobilisé ; Hadria grelottait dans l’air glacé de la pièce. Elle éprouvait de plus en plus de difficulté à conserver sa concentration ; seul le contact de son partenaire et de madame Peggy lui permettait de rester ancrée dans cette étrange réalité.
    
    « Oui, Jasmine, poursuivit Leona, c’est lui, il est là… Vous pouvez le prendre dans vos bras... »
    
    Dans l’esprit d’Hadria, Jasmine hésita un instant, puis glissa vers le berceau et se pencha pour soulever dans ses bras le nourrisson. Quand, enfin, elle se redressa, une lumière aveuglante traversa les paupières de la jeune Américaine. Elle ouvrit les yeux, assez vite pour saisir une apparition bien plus nette que la brume argentée. Même si elle restait éthérée et indistincte, elle avait pris la forme d’une silhouette féminine qui serrait un bébé contre sa poitrine, au milieu d’un nimbe étincelant. La clarté se fit de plus en plus éclatante, pour disparaître soudainement.
    
    Aussitôt, le froid mordant se dissipa ; une vague de douce chaleur envahit le corps transi d’Hadria. La main de madame Peggy lâcha la sienne pour se poser sur le giron palpitant de la brave dame, qui sanglotait en silence. Ashley se tourna vers elle et rencontra son regard avant de libérer ses doigts. Un petit sourire flotta sur ses lèvres, auquel elle répondit de même, non sans soulagement.

Texte publié par Beatrix, 18 avril 2020 à 15h45
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