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Tome 3, Chapitre 9 « La cérémonie » Tome 3, Chapitre 9
CE texte correspond au défit suivant :
    
Standard (jusqu’à 1.000 mots)
    Objet/chose « idole »
    Émotion/état « jalousie »
    Couleur « abricot »

    
    
    Hadria sentait son cœur se serrer un peu plus à chaque mot. Quant à mister Ashley, il restait silencieux, la tête baissée, comme plongé dans ses pensées, même si Hadria savait qu’il écoutait religieusement les paroles de madame Peggy. La jeune Leona demeurait immobile, comme figée par ces révélations.
    
    « Nous avons pourtant fait tout ce que nous pouvions, nous avons même fait venir un docteur… Son supplice a duré toute la nuit… et personne n’a rien pu faire pour la sauver, ni elle ni l’enfant. Nous avons juste pu payer leur inhumation… Et je crois… »
    
    Elle esquissa un sourire triste, en remettant une place une mèche de sa coiffure – un geste futile quand son maquillage coulait sur son visage, emporté dans le flot des larmes.
    
    « Je crois que nous avions tous espéré l’arrivée de cet enfant, comme un rappel qu’une vie normale pouvait se poursuivre, en dehors de ces murs bariolés. Que de véritables femmes existaient sous ces défroques criardes… »
    
    Les yeux d’Hadria se brouillèrent. Le normaliste se tourna vers la petite servante :
    
    « Écoutez-moi bien, miss Leona. De toute évidence, c’est votre présence qui a réveillé l’esprit de Joey. C’est pourquoi il va vous falloir le renvoyer vous-même.
    
    — Le… le renvoyer ? balbutia l’adolescente, à demi cachée derrière ses tresses.
    
    — N’y voyez rien de si terrible, poursuivit Ashley avec plus de douceur. Bien au contraire. Vous seule ici possédez la capacité de lui offrir la paix. C’est pourquoi cette mission repose sur vos épaules.
    
    — Mais… je ne sais même pas comment faire… bafouilla Léona.
    
    — Je vous guiderai, autant que possible. Je maîtrise la théorie, même si je ne possède pas la capacité de le faire moi-même. »
    
    Il se tourna vers Madame Peggy :
    
    « Y a-t-il des pensionnaires qui se trouvaient déjà là à l’époque du drame, et qui accepteraient d’appuyer le processus ? »
    
    — Norma et Bella… elles venaient juste d’arriver. Et Lilia, également ! »
    
    Hadria grimaça : autant elle appréciait Bella, autant elle redoutait de recroiser la blonde Norma.
    
    « Je vais les chercher », proposa madame Peggy.
    
    Elle revint moins d’une dizaine de minutes plus tard, accompagnée par les trois femmes. Hadria ne connaissait pas encore Lilia, car elle se trouvait en repos ce jour-là. Elle ne possédait pas la beauté plantureuse de ses compagnes. Mince et élancée, avec des cheveux couleur abricot et de grands yeux gris un peu rêveurs, elle portait une simple robe bleue pas différente de celles qu’Hadria choisissait quand elle enquêtait en ville. Son visage aux pommettes hautes et aux yeux en amande ressemblait à celui d’une idole un peu exotique.
    
    Pour une fois, Norma n’en menait pas large. Elle avait visiblement envie d’être n’importe où sauf ici ! Quant à Bella, elle restait fidèle à elle-même, calme et sereine.
    
    Madame Peggy leur présenta mister Ashley et révéla la véritable fonction d’Hadria.
    
    « C’est incroyable, s’exclama Bella. Vous devez mener une vie passionnante ! »
    
    La jeune Américaine sourit :
    
    « Parfois, mais la plupart du temps, c’est très ennuyeux. Il est rare de tomber sur un véritable phénomène paranormal, comme c’est le cas ici. Et encore, nous n’avons trouvé la solution que grâce aux talents de médium de Leona ! »
    
    Hadria remarqua les yeux emplis de jalousie que Norma posait sur la jeune servante et ne put s’empêcher d’en éprouver un peu de satisfaction. Ce sentiment la quitta vite quand elle saisit le regard que lançaient les courtisanes à son partenaire. Avec sa minceur élégante et ses traits exotiques, il ne laissait pas les femmes indifférentes – même s’il était sans doute le dernier à s’en apercevoir ! À sa connaissance, le normaliste ne montrait pas d'intérêt particulier pour la gent féminine. Ce qui ne l'avait pas empêché de la complimenter sur sa robe…
    
    L’heure n’était pas à ce style de considérations. Il fallait envoyer deux âmes perdues vers la lumière. Tous les participants s’assirent en cercle, en se tenant par la main. La jeune Américaine s’était installée entre son partenaire et madame Peggy. Leona avait été placée à la gauche d’Ashley, avec la douce Bella de l’autre côté. Dans la pièce plongée dans la pénombre, avec une lampe à pétrole comme seul éclairage, le normaliste débuta la cérémonie.
    
    « Pour commencer, celles qui ont connu Jasmine doivent invoquer son image et la garder devant leurs yeux, telle qu’elle était de son vivant. Pendant ce temps, Léona, essayez de percevoir sa présence ainsi que celles de Joey. Quant à nous, nous allons nous concentrer sur des sentiments d’affection et de bienveillance. »
    
    Dans ce style d’occasion, sa voix exprimait une autorité inhabituelle, à laquelle il était aisé de se ployer. Hadria s’étonnait toujours de cette faculté, si inattendue chez un homme aussi réservé que John-Liang Ashley.
    
    Ils demeurèrent un long moment dans l’ombre et dans le silence. De nouveau, un courant glacé envahissait la pièce, laissant ses occupants frissonnants, surtout les jeunes femmes dans leurs robes largement décolletées. Hadria regretta de ne pas avoir songé à prendre un châle. L’ambiance commençait à devenir oppressante. Elle avait beau se focaliser sur la malheureuse Jasmine et son fils mort-né, ses pensées ne cessaient de vagabonder. Elle s’obligea à respirer lentement et à se vider l’esprit. Peut-être n’était-ce qu’une impression, mais le froid semblait s’être intensifié. Elle en grelottait presque.
    
    Ashley dut s’en rendre compte ; les doigts du normaliste pressèrent les siens, sans doute pour lui donner du courage. Elle s’étonnait parfois de l’attention qu’il portait à ses sentiments. Elle aurait voulu en faire de même pour lui, mais il laissait si peu paraître ses émotions… Au début, elle s’était même demandé s’il en éprouvait. Elle connaissait à présent la réponse.
    
    Soudain, les respirations s’arrêtèrent ; tout le monde se figea dans l’obscurité. Quelque part, d’un endroit impossible à déterminer, leur parvenait un son désormais familier : des notes de piano, étrangement éthérées, qui tintaient sur un fond de silence absolu...
    
    
    

Texte publié par Beatrix, 16 avril 2020 à 16h09
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