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Tome 3, Chapitre 8 « L'histoire de Jasmine » Tome 3, Chapitre 8
Nouveau défi, pour le Chaudron de l'Allée des Conteurs :
    Clavier, Regret et Rose dans un texte de 1000 mots max !

    
    
    Hadria ne s’était jamais trouvée à l’aise dans un intérieur trop surchargé – sans doute la conséquence d’avoir été élevée dans une simple maison de bois au beau milieu de la plaine américaine. Elle avait découvert en Angleterre un raffinement qui savait allier grâce et finesse, sans pour autant donner dans la surenchère. Aussi avait-il jugé la chambre de madame Peggy étouffante. Mais à présent que la hantise des lieux et sa nature probable leur étaient apparues, la jeune femme se sentait terriblement mal à l’aise, au bord de la nausée. L’endroit ne ressemblait plus tant à ses yeux à une bonbonnière qu’à un cercueil de mauvais goût, capitonné de velours rose et décoré de bouillonnés de satin. L’odeur qui y régnait évoquait ces lourds parfums depuis longtemps tournés , dont la fragrance croupie s’accrochait aux meubles et aux étoffes.
    
    Les deux agents de Spiritus Mundi se trouvaient seuls avec la patronne et la petite Leona. Hadria espéra que ce qu’entendrait la jeune fille ne se révélerait pas trop traumatisant pour elle. Elle préféra laisser son partenaire parler – après tout, rien ne prouvait que madame Peggy avait joué le mauvais rôle dans cette histoire. Pour le moment, son visage rond portait une expression intriguée et soulagée. Rien ne semblait troubler sa conscience.
    
    « Madame, je pense que nous avons compris à quoi nous avons affaire, déclara mister Ashley d’un ton grave. Si vous me le permettez, je vais vous poser quelques questions, afin de vérifier si nos théories sont correctes. Pouvez-vous me dire si un enfant est né en ces lieux ? »
    
    Les sourcils de la dame se haussèrent avec perplexité :
    
    « Un enfant… Pas à mon souvenir… À moins que... »
    
    Son teint blanc et rose vira soudain au gris :
    
    « Cela fait si longtemps… Je ne pensais pas... »
    
    Les deux agents échangèrent un regard :
    
    « N’hésitez pas à poursuivre », l’encouragea le normaliste.
    
    Madame Peggy sera ses deux poings l’un contre l’autre, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes :
    
    « Jasmine… Je n’aurais pas cru qu’après tant d’années... »
    
    La petite Leona bondit de son siège pour tendre à sa patronne un mouchoir bordé de dentelle, avec lequel elle étancha l’eau qui menaçait de ruiner son maquillage.
    
    « Merci, mon enfant… »
    
    Hadria se penche légèrement vers l’avant, avide de découvrir la suite. Elle savait néanmoins qu’il n’était guère conseillé de brusquer le témoin de ce genre de phénomène, surtout quand il se trouvait sur le point de se livrer à des révélations. Elle s’attendait presque à sentir la main de son partenaire sur son bras, dans un geste destiné à réfréner ses ardeurs, mais il n’en fit rien. Elle avait gagné assez d’expérience pour ne plus se laisser aller à des actes inconsidérés, et mister Ashley le reconnaissait implicitement, à son grand soulagement.
    
    « Je suppose que je dois tout vous raconter… C’est hélas une histoire très banale, vous savez… cela remonte à plus de quinze ans à présent. À cette époque, je servais d’adjointe de la précédente tenancière. Jasmine était ma meilleure amie. Bien entendu, ce n’était pas son nom véritable, mis elle en avait changé pour fuir un passé qu’elle n’a jamais voulu nous révéler. Elle avait de toute évidence reçu une éducation soignée. Pour sa chambre, elle avait pris pour thème le salon de musique. À peine touchait-elle un clavier qu’elle plongeait son auditoire dans une profonde fascination... Mais peu importe ! Plus qu’aucune d’entre nous, elle peinait à se faire à cette vie. Elle s'est un peu trop rapprochée d’un de ses clients, au point que les choses ont fini par devenir… problématiques. Je pense qu’elle s’imaginait qu’elle avait trouvé le conte de fées idéal, qu’il l’épouserait en dépit de sa condition et l’arracherait à cette existence. Mais bien sûr, il s’agissait d’un leurre ! Un garçon de bonne famille n’irait jamais courir le risque de perdre son statut et ses relations. Quand elle est tombée enceinte, il a pris la poudre d’escampette et l’a abandonnée avec l’enfant, en lui conseillant de le faire passer et de ne surtout pas chercher de le revoir. La pauvre a eu le cœur brisé ! »
    
    Hadria sentit la révolte s’emparer d’elle. Comment cet homme avait-il eu le cœur de jouer avec cette pauvre fille ? Il ne pouvait ignorer l’issue ! Malgré tout, elle ne pouvait oublier si facilement qu’elle-même avait tordu le nez à l’idée de pénétrer dans ce milieu. Elle en éprouvait un peu de culpabilité à présent…
    
    Madame Peggy prit le temps de se tapoter les yeux de son mouchoir avant de poursuivre, d'une voix teintée de regrets :
    
    « À la vérité, il aurait mieux valu pour elle que cet enfant ne vînt pas au monde, mais sans doute était-ce tout ce qu’il lui restait de son rêve, pour ne pas perdre la raison. Nous avons toutes fait corps autour d’elle, pour la soutenir autant que nous le pouvions. La précédente directrice ne voulait ni la voir ni entendre parler d’elle, alors nous l’avons logée dans une chambrette au fond du couloir et elle a gagné le droit de demeurer ici en accomplissant de petites tâches d’entretiens et de couture. Elle semblait avoir acquis une certaine sérénité… Dans un premier temps, elle refusait de penser à ce qui se passerait… après… Nous avions commencé à établir des contacts avec des anciennes, à présent rangées, qui voudraient bien l'engager comme domestique, mais il est difficile pour une femme célibataire avec un bébé de trouver une place digne de ce nom. Malgré tout, elle gardait espoir et décrivait sans cesse sa vie future avec son enfant… Au cas où ce serait un garçon, elle souhaitait l’appeler comme son père : Joseph. Joey... »
    
    Madame Peggy laissa échapper un profond soupir :
    
    « Hélas, comme vous vous en doutez déjà, nous n’avons pas eu à nous en préoccuper... »

Texte publié par Beatrix, 9 janvier 2020 à 20h09
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