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Tome 3, Chapitre 7 « Théories » Tome 3, Chapitre 7
Nouveau défi, pour le Chaudron de l'Allée des Conteurs cette fois !
    Zombie, Anxiété et Bronze dans un texte de 1000 mots max !

    
    
    Le silence régnait dans le salon. Les deux agents avaient besoin de temps pour méditer tout ce qui venait de se passer. Les différents éléments de l’affaire formaient un puzzle dont les pièces restaient éparpillées devant eux. Ils devaient les assembler pour avoir un début de solution.
    
    « Un enfant sans visage… » murmura Ashey en pianotant machinalement sur l’accoudoir de son fauteuil.
    
    — Avez-vous déjà rencontré ce genre de choses ? demanda Hadria d’une voix blanche.
    
    — Non, c’est la première fois.
    
    — Même en sept ans ?
    
    — C’est une expérience relativement courte, miss Forbes. Je reste très jeune dans le métier. »
    
    La jeune femme grimaça : si son partenaire se considérait comme « jeune » dans la carrière, que pouvait-on dire d’elle ? Son sentiment d’infériorité chronique menaçait de nouveau de la submerger. Il lui faudrait se débarrasser, un jour ou l’autre, de cette source d’anxiété qui l’empêchait d’apprécier pleinement ses missions.
    
    « Mais en un sens, c’est mieux ainsi… »
    
    Elle se tourna vers lui, surprise.
    
    « L’une des choses les plus compliquées dans ce métier est d’aborder chaque phénomène avec un regard neuf. Parfois, l’expérience peut nuire au jugement. Il est plus facile de se raccrocher à ce que l’on connaît, mais cela peut nuire à un examen objectif de la situation. »
    
    Un peu rassurée, Hadria acquiesça.
    
    « C’est ce qui rend notre collaboration d’autant plus précieuse, poursuivit le normaliste. Vous portez un regard d’une grande fraîcheur sur les situations que nous rencontrons. »
    
    La jeune femme se demanda si elle devait se sentir flattée par sa remarque, ou vexée de n’être valorisée que par son inexpérience. Elle s’efforça de détourner ses pensées de cette petite contrariété ; elle avait mieux à faire.
    
    « Peut-être devrions-nous en parler à madame Peggy ? Elle aura sans doute une idée de la question… proposa-t-elle. Ce nom de Joey pourrait lui être familier d’une façon ou d’une autre ?
    
    — Vous avez raison… Je reste malgré tout troublé par cette absence de visage. Alors même que notre fantôme est doté d’un prénom.
    
    — Un visage… musa la jeune Américaine. Ce qui vous donne une identité auprès des autres… Peut-être qu’il n’était connu ici que par son nom, mais que personne ne savait à quoi il ressemblait ? »
    
    Elle haussa les épaules :
    
    « Non, c’est stupide…
    
    — Pas du tout ! s’empressa de la rassurer Ashley. Bien au contraire ! Un fantôme est une manifestation spirituelle et intangible. Nous ne parlons pas ici de morts-vivants de type zombie ou vampire ! La forme sous laquelle apparaît un spectre n’est pas seulement déterminée par les aléas de son existence, mais aussi par la perception des vivants. Après tout, les fantômes se servent de leur énergie pour apparaître. La plupart du temps, ils sont ceux qui les rappellent en ce monde, en perturbant leur environnement ou en songeant à eux… Cela nous en dit assez pour commencer notre enquête, vous ne croyez pas ? »
    
    Hadria opina ; elle trouvait toujours vivifiant de travailler avec mister Ashley. Sa clarté d’esprit, son ouverture aux suggestions des autres et aux hypothèses originales en faisait un partenaire aussi brillant qu’agréable. Bien entendu, cela n’avait rien à voir avec le fait qu’il paraissait absolument charmant, en cet instant, la tête légèrement tournée vers elle, avec une expression pensive sur ses traits ciselés.
    
    Hadria se leva et esquissa quelques pas dans la pièce ; le mouvement l’aidait à réfléchir.
    
    « Joey a bel et bien existé, ici même… Mais personne ne savait à quoi il ressemblait. Est-ce qu’il a pu être défiguré ? »
    
    Elle secoua la tête :
    
    « Non, bien sûr… Cela aurait marqué les gens. C’est comme s’ils ne l’avaient jamais vu, en fait. Il n’a pas pu vivre caché ou enfermé quelque part ? Un peu comme Mair ? »
    
    Mister Ashley baisse la tête ; ses mains jointes sur ses genoux se crispèrent, au point que ses articulations blanchirent.
    
    « Un enfant qu’une des employées aurait élevé en secret, ici même ? Pour ne pas que les clients ou ses collègues le voient ? Je ne pense pas… Je n’espère pas… »
    
    Sa voix se brisa un peu. Hadria fronça les sourcils, en se rappelant sa réaction face à la malheureuse Mair, retenue par son ravisseur dans un monde souterrain et soumise à un traitement terrible, destiné à la transformée en « reine des fées ». Ashley avait quitté sa perpétuelle réserve. Et pour la première fois, il s’était montré bouleversé, en colère…
    
    La jeune femme espéra que son hypothèse se révélerait fausse ; elle ignorait pourquoi ces cas le touchaient autant, mais elle n’aimait pas le voir aussi perturbé, quand elle avait appris à le considérer comme un roc de solidité.
    
    « Et si nous allions voir madame Peggy ? proposa-t-elle. Peut-être aurait-elle la réponse. »
    
    Les yeux d’Hadria se posèrent sur un angelot de bronze qui trônait sur la cheminée. Tandis qu’elle contemplait les traits innocents, emplis insouciante de la figurine, une idée la taraudait, mais elle n’avait pas osé l’aborder devant son compagnon. Il restait un homme, certes doux et compréhensif, mais il manifestait également un sens moral parfois rigide. Un enfant qui n’avait pas de visage pouvait ne jamais avoir vraiment vécu… Mourir à la naissance, ou même… avant. Une prostituée qui s’était découverte enceinte avait peut-être commis un acte désespéré, avec une terrible résignation, ou dans un moment de panique extrême. Ou bien y avoir été obligée par d’autres personnes…
    
    Elle sentit monter une profonde nausée, pas seulement due à son corset trop serré. Elle pivota sur des jambes tremblantes et serait sans doute tombée si mister Ashley ne s’était porté pour la soutenir :
    
    « Vous allez bien ? s’inquiéta-t-il.
    
    — Je suis sans doute trop sensible, ajouta-t-elle d’une voix blanche. Sortons vite de cette pièce. Plus tôt nous aurons éclairci la situation, plus vite je pourrai me débarrasser de cet accoutrement ! »

Texte publié par Beatrix, 25 octobre 2019 à 21h41
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