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Tome 3, Chapitre 3 « Myosotis et edelweiss » Tome 3, Chapitre 3
Nouveau chapitre, nouveau défi !
    
    Objet/chose « luge »
    Émotion/état « nostalgie »
    Couleur « fushia »

    
    Après avoir surmonté une certaine gêne, Hadria avait planifié avec son partenaire le programme de la soirée. Elle passerait de salon en salon, pour avoir l'œil sur les différents groupes de filles et si possible manipuler des objets après elles, pour connaître leurs intentions. En plus du grand salon, qui prenait la forme d'un jardin d'hiver encadré d'une colonnade à l'antique, où s'épanouissaient nombre de plantes exotiques au parfum capiteux, l'établissement en comportait cinq. Chacun tenait son nom d'une fleur : roses, lys, jonquilles, myosotis et edelweiss. Ils avaient été décorés avec soin pour évoquer des ambiances très spécifiques... Les cinq pensionnaires les plus cotées y officiaient, entourées de deux ou trois demoiselles plus nouvelles dans le métier. Hadria, du haut de ses dix-neuf ans, pourrait aisément passer pour l'une d'entre elles. Si un monsieur devenait trop pressant, elle prétendrait être déjà réservée par un gentleman qui se présenterait plus tard dans la soirée. Elle espérait pouvoir sortir cette tirade sans balbutier ni rougir.
    
    Le premier salon dans lequel elle devait se rendre était celui des myosotis. L'habituée des lieux se faisait appeler Bella – ce qui n'était certainement pas son véritable prénom. En milieu de vingtaine, elle possédait une peau encore plus blanche que celle d'Hadria, qui contrastait avec des cheveux sombres et des yeux d'un azur profond. Dans sa robe qui ressemblait à un froufrou de mousseline, elle évoquait une poupée de porcelaine délicate. La pièce elle-même montrait une allure douce et innocente avec ses dentelles et ses teintes pastel.
    
    Hadria avait un peu tordu le nez en s'apercevant qu'elle serait seule avec Bella, mais cela lui simplifiait la tâche. Elle avait l'impression de jurer dans le décor, mais sa compagne lui offrit un sourire encourageant... Pendant près d'une heure, pendant que Bella badinait avec deux de ses habitués, un monsieur un peu replet d'une quarantaine d'années et un jeune galant un peu efflanqué qui lui parlait d'une voix exaltée, elle resta modestement à l'arrière, profitant du fait qu'aucun ne lui prêtait la moindre attention. Quand une des épingles à cheveux de la mondaine tomba au sol, elle la ramassa et saisit l'occasion pour y déchiffrer les émotions que Bella y avait laissées. Elle se concentra et ferma les yeux, tentant de comprendre l'état d'esprit de la belle brune. Elle vit apparaître furtivement un cottage au milieu de la campagne, modeste, mais environné de massifs de fleurs, et éprouva un immense sentiment de nostalgie...
    
    Bella se retira assez vite avec le plus âgé de ses soupirants – sans doute plus solvable. Le jeune homme, qui montrait un désespoir trop excessif pour être réel, fit mine de pleurer dans son giron, mais Hadria s'éclipsa pour passer au second salon, celui des Edelweiss. Celle qui y présidait, Norma, était une femme blonde et potelée, vêtue de velours blanc bordé de fourrure neigeuse. Partout où Hadria portait mes yeux, elle rencontrait des rideaux de perles cristallines et des miroirs, comme dans un étrange palais de glace. Des conifères et des poinsettias dans des pots colorés apportaient des touches de rouge et de vert, et des couronnes de Noël finissaient de donner une note hivernale. Les pensionnaires lui lancèrent des regards soupçonneux, même si madame Peggy l'avait elle-même présentée à ses employées comme un renfort temporaire.
    
    Il était plus facile à Hadria de rester dans les ombres. Les deux autres filles, une petite brune mince au visage enfantin et une grande rousse plantureuse, aux cheveux plus vifs que ceux d'Hadria, semblaient ouvertement rivaliser avec la maîtresse du lieu pour se faire remarquer de quatre messieurs fort entreprenants. Certes, pour l'instant, il ne se passait rien de vraiment incorrect, mais les poses lascives de dames et les oeillades concupiscentes des hommes la mettaient mal à l'aise. La jeune Américaine ne se considérait pas comme excessivement prude, mais elle avait été élevée dans un certain respect des convenances qui constituait un guide de survie dans une petite ville du centre des États-Unis où tout se savait. La rousse portait un châle de dentelle entrelacé de rubans fuchsia qui voilait à peine son décolleté plongeant. Hadria se prit à penser que cet accessoire aurait plu à sa mère... Cette femme éperdue de luxe, échouée bien loin de tout ce qui composait ses rêves et ses espoirs, les avait abandonnés, son père et elle, quand elle n'était qu'une enfant... autant pour fuir une vie qu'elle devait juger médiocre que par crainte des dons de sa propre fille.
    
    Une jeune servante entra pour apporter une bouteille de champagne dans un seau de cristal empli de glace pilée et des verres.
    
    « Mademoiselle ? »
    
    Hadria s'aperçut qu'elle s'était plongée dans ses pensées... La domestique, qui ne devait pas compter plus de quinze ans, lui sourit timidement :
    
    « Vous voulez un verre aussi ? 
    
    - Oui, s'il vous plaît... »
    
    La petite brune se tourna pour lancer un regard furibond vers la servante. Norma pivota vers elle, hautaine :
    
    « Depuis quand vous permet-on de parler ? »
    
    Le visage de la gamine se ferma. Elle prit tout de même le temps de servir Hadria avant de battre en retraite. Un des messieurs, plutôt bel homme avec ses traits régulier et sa moustache cirée, sembla s'apercevoir de l'existence d'Hadria et se tourna vers elle avec un sourire enjôleur.
    
    « Oh... Mais qu'avons-nous là ? Vous êtes nouvelle ? »
    
    Elle aurait voulu disparaître sous terre... Mais elle ne devait pas se faire remarquer. Alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre, elle entendit un grand bruit... Quand elle se retourna, elle aperçut les débris d'un des bibelots de la pièce : une boule à neige, qui contenait la figure d'une jeune femme plutôt dénudée alanguie sur une luge...
    
    Pourtant, elle était certaine que personne ne l'avait approchée !
    
    

Texte publié par Beatrix, 5 mai 2019 à 23h01
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