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Tome 3, Chapitre 1 « Une mission embarrassante » Tome 3, Chapitre 1
Petite nouvelle en plusieurs parties inspirée par un défi du Chaudron de l'Allée des conteurs. les mots reçus sont "Joie", "poule" et "violet"' ! ^^
    
    
    « Est-ce que vous vous rendrez compte de ce que vous me demandez ? »
    
    Hadria s’était dressée, blême et scandalisée. Les deux hommes la fixèrent d’un regard égal, sans la moindre intention visible de reculer.
    
    « Je comprends bien, s’éleva la voix douce de John-Liang Ashley, son si courtois partenaire. Mais il nous faut quelqu'un pour infiltrer l’endroit, une jeune femme de préférence… Et votre don vous permettra de comprendre ce qu’il s’y passe... »
    
    La jeune Américaine pivota vers l’ésotéricien :
    
    « Alors, mettez une robe et faites-le vous-même ! »
    
    Elle plaqua aussitôt une main sur sa bouche, surprise d’avoir laissé échapper pareille suggestion. Erasmus Dolovian, son redoutable supérieur, frappa sur le bureau. Les divers livres, papiers et objets qui le couvraient s’élevèrent dans les airs avant de retomber bruyamment. Hadria se figea comme une biche mise en joue par des chasseurs.
    
    « Miss Forbes. Je vous rappelle qu’en tant qu’Agent de Spiritus Mundi, vous avez fait le serment de venir en aide à toute personne en besoin de nos services. Vous vous êtes lancées sans rechigner dans des missions bien plus dangereuses. Je ne peux vous forcer dans une situation qui vous serait détestable, mais je vous somme de réfléchir et, surtout, de le faire calmement ! »
    
    Sous le feu glacé de ces prunelles bleu pâle, la jeune femme ne put faire autrement que de céder du terrain.
    
    « C’est de ma réputation qu’il s’agit, monsieur le directeur.
    
    - Expliquez-moi en quoi elle sera compromise ! »
    
    Elle fixa le parquet usé sous ses bottines. Malgré l’estime qu’elle éprouvait pour son supérieur, elle le trouvait, pour l’occasion un peu… dense.
    
    « C’est un établissement qui accueille des filles de joie. Vous me demandez de me faire passer pour l’une d’elles ! Je ne les juge pas, mais cela ne veut pas dire... »
    
    Ashley secoua la tête, l’air découragé. Il se rapprocha de sa partenaire et posa une main sur son épaule :
    
    « Miss Forbes, vous vous êtes déjà fait passer pour une aventurière qui cherchait à faire maudire un innocent… Je ne vois pas en quoi c’est pire. Il s’agit juste de vous fondre dans le décor, sans que personne ne sache qui vous êtes. Personne ne va… abuser de vous ni exiger que vous fassiez commerce de vos charmes... »
    
    Hadria se mordilla la lèvre, indécise. Là où l’insistance de Dolovian ne faisait que la buter, les douces sollicitations de son partenaire craquelaient sa résolution. Derrière les lunettes aux verres fumés, le regard couleur de jade s’était empli d’espoir et d’expectative.
    
    « Même si je ne pourrai pas circuler librement, je ne serai pas bien loin… pour vous aider si besoin... »
    
    Comment pouvait-elle résister à cela ?
    
    Peut-être juste… qu’elle ne pouvait pas.
    
    Hadria prit une profonde inspiration.
    
    « Bon, c’est d’accord… Mais si je ne trouve rien ce soir, ne comptez pas sur moi pour y retourner ! »
    
    
***

    
    « Vous êtes absolument ravissante ! »
    
    « Madame » Peggy Hallworth la contempla avec des yeux étincelants. La sémillante et rondelette directrice des Salons de Pergame avait veillé elle-même à la préparer au mieux. Hadria portait une superbe robe de satin violet, une couleur qu’elle n’aurait pas choisie pour mettre en valeur sa carnation de rousse. Et pourtant, l’effet était saisissant… certes, dans le style « poule de luxe » !
    
    Le décolleté plongeant, souligné d’un bouillonné d’étoffe et de dentelle, laissait à nu la naissance de ses épaules. Elle avait dû serrer son corset un peu plus que d’habitude pour entrer dans l’étroit corselet couvert de perles de verre et de broderies. La jupe drapait ses hanches avant de s’évaser comme la corolle d’une fleur. De longs gants de même couleur complétaient la tenue, ainsi que des bijoux rutilants qui la faisaient ressembler à un arbre de Noël. Ses cheveux relevés en un chignon compliqué, piqué de plumes et de fleurs artificielles, achevaient le tableau. Madame Peggy avait appliqué sur son visage un maquillage qu’elle avait qualifié de discret, mais la jeune femme avait peine à se reconnaître dans le miroir. Au moins, personne ne pourrait l'identifier, songea-t-elle. De toute façon, il était fort peu probable qu’elle croisât la moindre connaissance en un tel lieu !
    
    Hadria se sentait étouffer, autant à cause des baleines qui enserraient son buste que des odeurs de parfum capiteux et de poudre de riz. Elle porta la main à sa poitrine comprimée et s’efforça de prendre des inspirations lentes et mesurées. Elle avait l’impression de se trouver piégée dans une bonbonnière tendue de velours rose et décorée de volants, avec des meubles rouges laqués, ornés de perroquets et de fleurs exotiques. La propre chambre de madame Peggy, qui avait fait appel à Spiritus Mundi pour venir à bout d’un esprit frappeur qui effrayait les clients.
    
    « Puis-je entrer ? » s’éleva une voix masculine, de l’autre côté de la porte.
    
    Elle frémit légèrement en reconnaissant Ashley. madame Peggy, en tout point semblable à un chou de soie fuchsia, glissa vers l'entrée :
    
    « Bien sûr, très cher, elle est prête ! roucoula-t-elle. Vous ne la reconnaîtrez pas ! »
    
    Le coeur d’Hadria se mit à sauter sans sa poitrine. Quand le battant pivota, elle aurait voulu trouver un trou de souris où se cacher. Vêtu de son habituel costume noir à l’austère élégance, le normaliste s’avança, son chapeau entre ses mains. La jeune femme esquissa une ombre de sourire :
    
    « Vous pensez que cela conviendra ? »
    
    Son regard demeurait indéchiffrable derrière le verre grisé. Il ouvrit la bouche, la referma, déglutit, puis déclara enfin :
    
    « Je… Vous… C’est… très réussi, vraiment ! »
    
    Elle ne sut si elle devait le prendre pour un compliment, mais la rougeur subite qui avait envahi les joues de son partenaire montrait qu’il n’était pas indifférent. Il se tourna vers madame Peggy :
    
    « Pouvez-vous nous laisser quelques minutes ? »
    
    La brave femme esquissa un large sourire et tapota l’épaule d’Ashley du bout de son éventail :
    
    « Mais bien sûr, petit coquin ! »
    
    Elle disparut, laissant le normaliste sur le point de défaillir.
    

Texte publié par Beatrix, 1er mai 2019 à 22h29
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