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Tome 2, Chapitre 8 « Desiderata » Tome 2, Chapitre 8
Le zophodyte avait été plongé dans une solution de formol et dirigé vers les laboratoires de Gladius Irae, un peu en dehors de Londres, où étaient conservés tous les spécimens étranges, objets insolites ou dangereux et autres preuves que le monde était plus vaste que la plupart voulaient bien l’admettre.
    
    Les deux hommes s’étaient accordé quelques heures de sommeil avant de revenir sur place. Erasmus avait tout d'abord projeté de renvoyer immédiatement Jonathan en ses terres ; il ne savait pas pourquoi il s’était laissé fléchir et lui avait permis de revoir John une dernière fois. Sans doute parce qu’il avait la certitude que le jeune homme serait endormi, sous une bonne dose de sédatif, afin de donner le temps à son corps de récupérer des épreuves qu’il avait subies. Il n'aurait aucune conscience de cette visite indésirable...
    
    Le directeur de Gladius Irae poussa la porte avec précaution, afin de respecter le repos du blessé. Par les volets intérieurs entrouverts, l’aube dardait des rayons d’or blanc. John avait sombré dans un sommeil réparateur, qui n’avait rien à voir avec la faiblesse comateuse qui l’avait saisi quand la créature buvait encore sa vie. Les médecins du dispensaire avaient jugé son état satisfaisant, au grand soulagement d'Erasmus.
    
    Il s’approcha, presque intimidé, de son pupille. Le jeune agent demeurait très pâle, les traits creusés, mais l’amélioration était visible. Un épais bandage enveloppait le haut de son torse, une blessure qui s’ajoutait à celles infligées par sa chute – mais elle guérirait en temps et en heure, en ne laissant qu’une cicatrice. Ainsi noyé dans le sommeil, le patient semblait étrangement détendu ; Erasmus pouvait presque deviner une ombre de sourire aux coins de ses lèvres. Il posa sa main sur celle de John : il demeurait un peu fiévreux, mais cela n'avait rien d’alarmant.
    
    « Repose-toi, tout va bien à présent. Tu te remettras vite », souffla-t-il.
    
    Il avait trop négligé les affaires de la fondation, ces derniers jours... Plus rien ne justifiait désormais qu’il passe chacune de ses heures éveillées hors de son bureau. Il répugnait malgré tout à s'éloigner.
    
    Debout derrière lui, Jonathan demeurait silencieux, attentif à manifester toute l’humilité exigée par Erasmus. À son signal muet, il s’approcha à son tour, contemplant le blessé avec une expression indéfinissable. Puis, lentement, il plaça un genou à terre auprès du lit.
    
    « Je n’aurai sans doute aucune autre occasion de le dire, murmura-t-il, et c'est sans doute mieux que tu ne puisses l'entendre. Encore une preuve de ma lâcheté. Car si tu étais éveillé, je n'aurais pas la force de l'avouer, mais… je suis désolé. »
    
    Prenant une grande inspiration, le châtelain se releva. Sa main saisit brièvement celle du jeune homme :
    
    « Prends soin de toi et vis ta vie, aussi pleinement que possible. »
    
    Un sourire amer trembla sur ses lèvres. Il se releva d'un mouvement fluide, pivota sur ses talons et disparut, laissant Erasmus seul avec le jeune homme inconscient. Le directeur de Gladius Irae décida de ne pas le suivre. Son pupille était sauvé, et cela suffisait à susciter chez lui une rare mansuétude.
    
    

Texte publié par Beatrix, 1er avril 2018 à 15h55
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