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Tome 2, Chapitre 7 « In Extremis » Tome 2, Chapitre 7
Au bout d’un moment, Jonathan se tourna vers Erasmus :
    
    « Je pense que je vois quelque chose. Est-ce qu’ils vont…
    
    — L’extirper ? Oui.
    
    — Ici, sur place ? Pas dans une salle d’opération ? »
    
    Erasmus passa une main sur son visage en soupirant :
    
    « Le moindre mouvement, et cette chose pourrait s’infiltrer encore plus profondément… »
    
    Jonathan opina et tourna son regard une nouvelle fois sur le blessé. Ses yeux se plissèrent légèrement ; le directeur de Gladius Irae remarqua qu’il fixait son épaule droite. Il décida de rester muet et de laisser l’homme expliquer avec ses propres mots ce qu’il voyait.
    
    Après une bonne vingtaine de minutes, la porte s’ouvrit discrètement, livrant le passage à Jeffrey, à Ella qui avait fait le chemin depuis le siège de Spiritus Mundi, ainsi qu’à un médecin inconnu et une infirmière. Les deux derniers se dirigèrent le lit, préparant le patient pour l’opération qui allait suivre, tandis que les responsables du centre interrogeaient en silence Erasmus et Jonathan.
    
    Le châtelain semble moins fier, ainsi confronté à la gravité de la situation. Le médecin se retourna vers lui :
    
    « Vous allez devoir me dire rapidement où se trouve la créature, de façon à ce que je prépare l’intervention. Vous pourrez alors me donner des indications plus précises. »
    
    Jonathan acquiesça, un peu tremblant.
    
    « Je vois… »
    
    Il déglutit péniblement, comme si l’admettre lui coûtait.
    
    « Je vois comme une forme brouillée qui s’accroche à son épaule droite, juste sous la clavicule. »
    
    Le médecin plisse légèrement les yeux ; il se tourne vers son patient, écarta la chemise, laissant apparaître juste à cet endroit un hématome sombre, peu différent de ceux que la chute avait provoqués sur le reste de son corps.
    
    Il souleva légèrement le jeune homme pendant que l’infirmière glissait une alèse sous ses épaules afin sans doute de préserver le lit du sang, avant de soigneusement désinfecter la peau sur la zone visée. Les conditions d’opération ne seraient pas optimales, mais le temps pressait. Il tendit à Jonathan ce qui ressemblait à un fusain finement taillé :
    
    « Je veux que vous entouriez très exactement les endroits où la créature a planté ses griffes et son rostre. »
    
    Le châtelain acquiesça en silence ; son visage aux traits ciselés avait pris une pâleur maladive. Il saisit le fusain d’une main tremblante et se pencha pour commencer à tracer ; Erasmus se demanda ce qui le bouleversait le plus : l’état du patient, ou le fait de devoir approcher de la créature, dont il devait percevoir les contours. Sans doute la seconde raison, songea-t-il cyniquement, même s’il avait conscience que les conditions n’étaient pas exclusives. Les actes qu’il avait accomplis lui interdisaient-ils d’éprouver de la peine face à la situation ? Peut-être pas… et c’était là tout le paradoxe de l’humanité.
    
    « Je ne pense pas que le zophodyte puisse vous faire quoi que ce soit en l’état, précisa-t-il malgré tout.
    
    — Imaginez ce que vous voulez… »
    
    Jonathan tendit le bras et traça d’une main tremblante sur la peau meurtrie trois cercles, deux petits et un plus large au centre pour matérialiser les points d’ancrage du zophodyte. Puis il s’écarta brusquement, sans doute autant pour fuir la créature que pour donner de l’aisance au personnel médical. Le médecin remonta son masque sur son visage et se pencha sur le jeune homme.
    
    « Vous allez… l’opérer comme cela ? murmura Jonathan.
    
    — Comme il est déjà inconscient, il est inutile de l’endormir, expliqua Jeffrey. Son organisme ne le supporterait pas, de toute façon. Je doute qu’il se réveille.
    
    — Il va falloir faire vote, murmura Erasmus. Quelque part sous la peau, les griffes et le rostre du zophodyte deviennent réels dans ce plan. Quand le scalpel commencera à les extraire, la créature régira certainement en prenant la fuite… et il deviendra totalement matériel et visible dans ce plan. »
    
    Il tira de sous son manteau un long stylet et le confia au châtelain :
    
    « À ce moment-là, vous devez le tuer… Ou il risque de s’attacher à un autre d’entre nous. Prenez soin de ne pas blesser John ni le personnel… »
    
    Jonathan saisit la lame avec une répugnance mêlée de crainte, l’observa un moment avant de baisser son poing armé.
    
    Le médecin commença à fendre la peau ; en voyant le sang gicler, Erasmus détourna les yeux en inspirant profondément. Il avait fait face à des choses effrayantes dans sa vie, et certaines se rappelaient parfois de façon dérangeante sans son sommeil. Il avait toujours gardé le cœur bien accroché, quelle que soit l’horreur qui se matérialisait devant lui. Mais assister aux souffrances d’un proche était totalement différent.
    
    Le médecin était assez habile pour effectuer l’opération en évitant d’infliger des dégâts permanents, ou de toucher des points vitaux comme l’artère sous-clavière, mais il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet… et plus que cela. Il serra les dents et observa le plancher, même si son imagination restait dramatiquement active, et essaya de bloquer de son esprit le son discret du scalpel tranchant la peau et la chair.
    
    Soudain, un cri retentit dans la chambre ; celui du médecin, surpris par ce qui venait de s’élever devant lui. Erasmus eut juste le temps de voir passer une forme sombre, rappelant vaguement une phalène. Il se sentit violemment poussé sur le côté tandis que Jonathan se précipitait vers la créature, qu’il embrocha proprement sur le stylet, avec une netteté qu’il ne put s’empêcher d’admirer.
    
    Le zophodyte atterrit sur le sol, déversant de sa blessure un sang noir et nauséabond ; elle continua à se débattre comme un insecte aux ailes endommagées, avant de finalement s’immobiliser, totalement visible et matérielle. Erasmus contempla avec un mélange d’horreur et de fascination la créature qui avait bien failli tuer son pupille. Jeffrey la regarda un moment, blême de dégoût, puis quitta la pièce pour chercher du renfort.
    
    Jonathan s’était effondré, à genoux sur le sol, le visage verdâtre comme s’il allait être malade. Erasmus n’était pas porté à lui témoigner de l’indulgence – certaines choses, de son point de vue, n’étaient pas pardonnables –, mais il devait admettre qu’il s’était plutôt bien comporté pendant cette l’épreuve. Le fait qu’il ne ressente ni distance ni indifférence surprenait toujours autant le directeur de Gladius Irae. On disait que l’enfer était pavé de bonnes intentions… et il devrait finir par le croire. Mais il n’avait aucune envie de tirer Jonathan de son enfer privé. Ce n’était pas à lui de prendre cette décision.
    
    Il se tourna vers le lit, réprimant son trouble à la vue de la blessure qui béait sous la clavicule du jeune homme. Le chirurgien était en train de la recoudre, avec des gestes habiles et un sang-froid qu’Erasmus ne pouvait s’empêcher d’admirer. Il faudrait sans doute un moment pour que John récupère totalement, mais il était tiré d’affaire et c’était tout ce qui importait.
    
    Il reporta son attention sur Jonathan.
    
    « Laissons les médecins travailler », dit-il d’un ton rauque.
    
    Sans ménagement, il saisit le châtelain par le bras et l’aida à se relever, ignorant le regard mélancolique que l’homme posait sur son jeune protégé.

Texte publié par Beatrix, 26 mars 2018 à 21h29
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