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Tome 2, Chapitre 4 « Monstrum horrendum, cui lumen ademptum » Tome 2, Chapitre 4
Il se laissa raccompagner vers le véhicule, sans prêter attention à ce qui se passait autour de lui tant ses pensées l'accaparaient. Quand il arriva au quartier général, il ne se souvenait même plus être monté dans le cab.
    
    Il fut accueilli par Perdheim puis par Ella, qui l’entraînèrent vers la petite salle où étaient conservés les manuscrits. Le bibliothécaire le fit asseoir face au document ancien : il s’agissait d’un livret de papier chiffon épais et jauni, datant probablement de deux siècles ; un texte y était rédigé, d’une main précise, presque calligraphié.
    
    Il avait l’habitude de ce genre de littérature et le déchiffrage n’était pas un problème, en dépit de l’écriture et du vocabulaire archaïque. En avançant un peu plus, il écarquilla les yeux : l’homme, manifestement un lettré, décrivait une expérience similaire dans une maison dont il était propriétaire. À la suite d’une série de morts inexpliquées, il avait soupçonné une malédiction et envoyé un prêtre bénir la demeure, sans effet.
    
    En désespoir de cause, il avait décidé d’explorer l’endroit, parce qu’il se doutait – sans l’avouer à quiconque, de crainte qu’on le considère pour un sorcier ou un fou – qu’il y verrait des choses que personne d’autre ne pourrait distinguer...
    
    Erasmus releva la tête, sentant le sang se drainer de son visage. Un terrible pressentiment commençait à se former dans son esprit. Il s’obligea à poursuivre.
    
    L’auteur était entré dans la maison ; étant un noble entraîné au maniement des armes, il avait pris soin de prendre son épée et deux pistolets. Mais à la vue de cet être de cauchemar, il avait été frappé de panique. Il avait malgré tout eu le temps de détailler suffisamment la créature pour la représenter dans un coin de la page.
    
    Même si le croquis était naïf, Erasmus pouvait comprendre la conformation générale du monstre. Il ressemblait à un mélange contre nature de singe et de phalène, avec deux longues griffes aux membres antérieurs comme pour s’accrocher à un support et une tête aveugle, toute en longueur et terminée par un rostre.
    
    C’était une vision purement cauchemardesque ; Erasmus s’était imaginé quelque chose de semblable, mais voir à quoi cette atrocité ressemblait rendait la situation encore plus terrible. Bien que pas plus grand qu’un chiot ou un chat, ses pouvoirs de nuisance n’en étaient pas moins terrifiants.
    
    Sous les yeux de l'auteur, les choses qui hantaient la demeure étaient soudain devenues transparentes, se résumant à un contour sombre et brouillé. Il avait alors fui sans demander son reste et ordonné à son escorte de brûler la maison jusqu’aux fondations. Une décision empirique, mais finalement plutôt sage.
    
    Avec un nœud au ventre, Erasmus vérifia la signature du rédacteur, qui avait pris le soin de dessiner ses armoiries : une tête d’aigle d’argent sur fond d’azur. Il y avait plusieurs nobles familles de ce nom, mais en la circonstance, il n'avait pas le moindre doute.
    
    Le directeur de Gladius Irae repoussa violemment le manuscrit. Il avait espéré une solution… et il en avait trouvé une, mais pas celle qu’il attendait.
    
    Certes, John bénéficiait d'un don extrêmement rare, au point de sembler unique… Il était le seul à le posséder à Spiritus Mundi. Mais pas dans le monde… ni même en Grande-Bretagne. À sa connaissance, deux autres personnes le partageaient. L’une d’elles était une enfant innocente, qu'il ne souhaitait surtout pas mêler à cette affaire. Quant au deuxième…
    
    Rien que songer à lui submergeait Erasmus d’une rage profonde, qui s’intensifiait encore à l’idée de le laisser approcher de son protégé. À ses yeux, cet homme n’était rien qu’un criminel dont la place aurait été au fin fond d’une geôle, s’il n’avait bénéficié des avantages de sa fortune et de ses relations. Erasmus l’aurait volontiers jeté lui-même au fond de la Tamise, s’il ne lui était resté un soupçon de décence.
    
    Perdheim se hâta de mettre le manuscrit à l’abri :
    
    « Erasmus… Tout va bien ?
    
    — Non, mais je vais faire avec. »
    
    Comment leur expliquer que la seule personne capable de sauver John était l’homme qu’il méprisait le plus au monde ?
    
    « Erasmus, vous êtes vraiment sûr ? À cette heure-ci ? »
    
    Détournant les yeux de Perdheim et de ses conseils raisonnables, Erasmus enfila son manteau :
    
    « Ce n’est pas de gaîté de cœur, mais s’il s’agit de John, je peux mettre mon orgueil de côté. Et si ce misérable tente de louvoyer, je le briserai en deux… »
    
    Le ton rauque de sa voix découragea le bibliothécaire de poursuivre ses appels au calme. Eramus se détourna d’un bloc et marcha d’un pas décidé vers les écuries où il ordonna à un palefrenier de lui préparer un cheval – ce qui serait encore le plus rapide. Il monta sans attendre, indifférent à la quasi-obscurité que rien ou presque ne venait dissiper. Il faisait confiance à l’animal pour garder le pied sûr dans la pénombre. Après tout ce qu'il avait traversé dans ses années d'activité, une heure passée en selle n'était pas grand-chose…
    
    

Texte publié par Beatrix, 19 décembre 2017 à 19h48
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