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Tome 2, Chapitre 3 « Dum anima est, spes est » Tome 2, Chapitre 3
Il ne s’était écoulé que douze heures depuis sa dernière visite, mais l’état du jeune homme s’était aggravé dramatiquement.
    
    Ses yeux semblaient avoir sombré dans ses traits creusés. L’ossature élégante de son visage saillait sous la peau grisâtre. Il avait été revêtu d’une ample chemise blanche, qui dissimulait les blessures subies lors de sa chute. Rien de trop sérieux, finalement : de multiples meurtrissures et abrasions, deux côtes casées, une fêlure de l’humérus droit, une foulure du genou gauche et une légère commotion qui lui avait fait perdre connaissance quelques instants. Il avait été capable de quitter par lui-même la demeure abandonnée, après s’être éveillé de son évanouissement, et de consulter un médecin local qui lui avait apporté les premiers soins.
    
    Les premières atteintes de ce mal insidieux s’étaient manifestées quelques heures après, lors de son retour à Londres. Il avait perdu connaissance dans le train qui le ramenait à Londres. Les passagers qui lui étaient venus en aide avaient trouvé dans ses papiers la carte d’Erasmus et l’avaient aussitôt fait prévenir par les agents du chemin de fer.
    
    Erasmus l’avait fait transférer au centre médical de la fondation, mais son personnel avait été incapable de comprendre l’origine de cette affection. Aucune de ses blessures ne pouvait en être la cause. Après tout, il était jeune et en bonne santé, il n’y avait aucune raison pour qu’il se retrouve dans un tel état de faiblesse.
    
    Très vite, des signes plus inquiétants encore s’étaient manifestés : le blanc de ses yeux avait été envahi de sombres nuées, un fin réseau noirâtre avait commencé à s’étendre sur sa peau. Avec horreur, Ella avait réalisé qu’il s'agissait d’un mal surnaturel. Le même, sans nul doute, que celui qui avait été à l’origine de la mort des habitants successifs de la demeure, jusqu’à ce que l’un des héritiers demande à Spiritus Mundi de découvrir quelle malédiction se dissimulait à l’intérieur. En compulsant les notes que le jeune agent avait rapportées de sa mission, Ella et Jeffrey avaient commencé à comprendre ce qu’il s’était passé.
    
    Il avait lui-même évoqué la présence éventuelle de zophodytes, en examinant le corps du dernier propriétaire décédé, qui avait été envahi par les mêmes marbrures noires que celles qui l’affectaient à présent. Ces êtres étaient largement méconnus ; le fait d’avoir pu identifier l'origine de cette mort témoignait de sa remarquable érudition. Mais de son propre aveu, il n'existait aucune solution pour vaincre la menace.
    
    Du bout des doigts, Erasmus repoussa les mèches sombres, habituellement si strictement disciplinées, qui retombaient sur le front du jeune agent.
    
    « … John. »
    
    Il lissa les couvertures et réarrangea les oreillers, s’efforçant de l’installer dans une position plus confortable, en prenant soin de ne pas heurter son bras blessé.
    
    « Si tu n’étais pas dans ce lit, tu serais le premier à chercher frénétiquement un remède… Non, tu l’aurais probablement déjà trouvé !  » murmura-t-il.
    
    Il sourit tristement en observant le jeune homme qu’il considérait comme un fils. Douze ans déjà. Cela faisait douze ans qu’il l’avait arraché à la pénombre, à un désert d’oubli et de solitude. Dix années de sa vie lui avaient été volées, et Erasmus n’avait pu tolérer qu’un tel sort soit infligé à un enfant innocent de tout crime, à part celui d’être né.
    
    Au début, Erasmus avait eu l’intention de l'envoyer dans l’une des institutions gérées par Spiritus Mundi, qui prenaient soin d’enfants et de jeunes gens que leur don avait isolés du reste du monde, mais il ressentait une certaine culpabilité : il avait mal placé sa confiance, il n’était pas intervenu assez tôt. Il avait commencé à veiller sur ce garçon de douze ans, si calme, si réservé, qui semblait ne trouver de plaisir que dans l’étude ; il avait fini par s’attacher à lui. Contre toute attente, il s’était résigné à le garder sous son aile.
    
    Après tout, c’était à cause de son aveuglement qu’il avait subi ce destin terrible…
    
    Il avait accepté d’en faire un agent de Gladius Irae, parce qu’il souhaitait profondément aider les autres. Était-ce la seconde erreur d’Erasmus ? De lui avoir permis de s’engager dans un métier si dangereux ?
    
    « Je suis désolé, John… » murmura-t-il d’une voix rendue rauque par la culpabilité et le chagrin autant que par le manque de sommeil.« J’aurais dû réaliser que cette mission était bien trop périlleuse… »
    
    Il soupira, posant sa main sur celle du jeune homme. John n’était pas particulièrement porté sur le contact physique. Il n’y avait pas été habitué dans son enfance – et c’était un euphémisme. Mais Erasmus ne pouvait se résoudre à lui laisser croire, si jamais restait éveillée en lui une bribe de conscience, qu'il était seul et isolé.
    
    « J’aurais dû insister pour que tu acceptes de travailler avec un partenaire. Je sais que toutes tes tentatives de collaboration ont entraîné des problèmes, mais si quelqu’un s’était trouvé avec toi pour te secourir après cette chute, tu ne serais pas ici… dans cet état. »
    
    Il serra les dents, sentant l’impuissance se saisir de nouveau de lui. Derrière son dos, il entendit Jeffrey se racler la gorge.
    
    « Erasmus… »
    
    Il se retourna d’un bloc, le regard scrutateur :
    
    « J’ai des nouvelles du centre. Le bibliothécaire a trouvé une piste intéressante parmi les rapports anciens. J’ai pris la liberté de mettre un cab à votre disposition. »
    
    Erasmus hocha la tête et jeta un dernier regard vers son pupille : les marbrures avaient-elles progressé, durant le temps trop bref pendant lequel il était resté à ses côtés ?
    
    Il ne devait surtout pas partir dans ce genre de considération. La panique n’était jamais bonne conseillère, pas plus que la précipitation. Arrangeant son visage en un masque impénétrable, il suivit Jeffrey vers l’extérieur du bâtiment.
    

Texte publié par Beatrix, 6 décembre 2017 à 00h00
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