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tome 5, Chapitre 1 tome 5, Chapitre 1

Défi du chaudron

or - colère - marron

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Une ambiance chaleureuse régnait dans la gentilhommière ; à moitié assoupie dans le fauteuil le plus proche de la cheminée, Hadria n’écoutait que d’une oreille la conversation entre son partenaire et le maître des lieux. Parcifal Ansdell, esquire, s’était révélé un hôte des plus agréables.

Il ne les avait pas approchés par l’intermédiaire de Spiritus Mundi, mais parce qu’il avait connu John-Liang Ashley lors d’une série de conférences sur les hauts lieux de l’archéologie britannique. Il était ce que l’on pouvait appeler un « curieux » : un dilettante cultivé qui s’intéressait à une foule de sujets différents sans toutefois en maîtriser totalement un seul, et n’était jamais si heureux que quand il pouvait absorber des déferlantes de connaissances absconses, même s’il n’en retenait que la moitié. Sans aucun doute, la parole du normaliste devait être d’or à ses oreilles.

Hadria s’était attendue à ce qu’il en vienne rapidement au but, mais il avait tenu à aborder, de prime abord, dix sujets sans le moindre rapport avec leur présence en ces lieux. Malgré tout, elle ne regrettait pas d’avoir accompagné Ashley : cet interlude était le bienvenu au terme d’une longue semaine particulièrement ennuyeuse, au milieu d’un automne pluvieux. Dès qu’ils avaient quitté la ville, dans un fiacre électrique d’emprunt, le soleil avait refait son apparition, embrasant les derniers feux que la saison avait allumés dans les arbres. Le Hampshire ressemblait à l’un de ces tableaux bucoliques qu’elle avait pu admirer dans les belles demeures où leur vocation les attirait bien souvent.

La gentilhommière était blottie au cœur d’un bois où elle avait longtemps servi de relais de chasse, avant d’être transformée en retraite érudite par Percy Ansdell. Elle comportait un rez-de-chaussée en brique avec de grandes fenêtres aux meneaux de pierre blanche, avec un étage en pans de bois qui lui prêtait une apparence des plus pittoresques. Il était encadré de deux marronniers d’Inde dont les frondaisons rousses résistaient encore à leur sinistre destin, et qui jonchaient la cour de bogues et de fruits d'un marron luisant

L’intérieur était meublé avec goût, mais également avec un sens du confort appréciable, avec ses chaudes boiseries, ses fauteuils profonds et ses murs couverts de livres.

Mister Ansdell n’était pas beaucoup plus âgé qu’Ashley, parfois silencieux et attentif, parfois extrêmement volubile, et étrangement sociable pour quelqu’un qui trouvait son bonheur au milieu des livres. Avec ses cheveux châtains rebelles, son visage un peu enfantin et son regard innocent, il n’était pas sans lui rappeler son ami d’enfance Hector. Fort heureusement, il ne partageait pas sa maladresse.

— Mais venons-en au fait, déclara-t-il soudain.

Ses paroles eurent l’effet presque magique de tirer Hadria de sa torpeur. Elle se redressa, prête à écouter. Leur hôte alla prendre un rouleau de papier sur le buffet, qu’il déploya sur la table basse, révélant une carte ancienne des environs.

— Comme vous pouvez le voir, il s’agit d’une reproduction partielle de la fameuse carte de Gough.

Hadria leva vers son partenaire des yeux interloqué. Ashley se hâta de préciser :

— Il s’agit d’une des plus anciennes cartes d’Angleterre connues, expliqua-t-il. Elle remonte au quatorzième siècle, semble-t-il… On ignore qui l’a créée et à quelle date. Elle a été donnée par l’antiquaire Richard Gough à la bibliothèque bodléienne, à Oxford, au début du siècle.

— J’ignorais qu’on savait faire ce genre de carte à cette époque, souffla Hadria, impressionnée.

Elle se pencha pour regarder les rubans verts qui figuraient les cours d’eau et les petites maisons qui représentaient les villages et les villes.

— Il y en a de plus anciennes… Mais cela n’enlève rien à son côté remarquable.

— Tout à fait, renchérit mister Longley. Comme vous pouvez voir, juste ici…

Il pointa du doigt l’une des petites bâtisses à toit rouge avant de poursuivre :

— Il existe un village nommé Lonshey, juste ici, qui avait assez d'importance pour y figurer. C’est que c’est la dernière fois qu’on le voit apparaître.

Il se redressa et se gratta le haut du front pensivement :

— Ce n’est pas rare qu’un village disparaisse en raison des méfaits de la guerre, de la colère des éléments ou de mauvaises récoltes. Je ne suis sans doute pas le premier à avoir tenté de le retrouver… Mais le plus étrange, c’est que mes tentatives n’ont pas abouti…

— Peut-être qu’il n’en reste rien, remarqua Hadria.

— C’est l’explication la plus plausible, répondit leur hôte, mais avec la boucle du ruisseau, il devrait être facile de repérer son emplacement, à moins que ce bras ait vraiment changé de place… Ce qui peut arriver, mais jamais de plusieurs miles… En arpentant les environs, j’ai eu le sentiment de tourner en rond.

Ses yeux bleus se fixèrent sur les deux agents, brillants d’expectative :

— J’ai songé que, peut-être, il y avait un sort de confusion à l’œuvre, ou quelque chose d'approchant.

Hadria leva les yeux au ciel. Elle savait que la magie existait : elle l’avait vue à l’œuvre plus d'une fois. Son partenaire, en plus de son don si particulier de perception, possédait un potentiel magique qu’il préférait refouler. Malgré tout, elle se gardait d'en voir partout.

Mister Ashley se pencha en avant, les mains posées sur ses genoux :

— Qu’est-ce qui a pu vous faire penser cela ?

— La première fois que j’ai arpenté les bois où les vestiges étaient censés se trouver, j’étais à cheval. À chaque fois que j’approchais du lieu supposé, ma monture se montrait réticente et refusait d’aller plus loin. Je suis revenu à pied, et je me suis aperçu que je tournai en rond, comme si certaines directions n’existaient plus pour moi.

Hadria ravala ses réflexions : il s’agissait d’indices assez sérieux pour envisager l'existence d'un sort de confusion.

— Pensez-vous que vous pourrez l’outrepasser, pour vérifier ce qu’il en est ?

Ashley resta pensif un instant, avant de déclarer :

— Je pense que oui.

Un large sourire éclaira le visage d’Ansdell :

— Merveilleux ! Quand partons-nous ?


Texte publié par Beatrix, 11 septembre 2026 à 23h57
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