Hadria supposa que madame Peggy les recevrait dans sa chambre. Après un temps d'hésitation, elle frappa à la porte.
— Entrez, ma chère !
La jeune femme poussa le battant, et découvrit la tenancière revêtue d'une robe d'intérieur extravagante, d'un rouge vif et brodée de sequins. Une petite table avait été dressée au pied du lit et supportait une théière fumante et des assiettes emplies de biscuits et de scones, de pots de crème et de marmelade. Ashley état déjà attablé et n'avait apparemment pas encore touché à ce petit-déjeuner improvisé. Madame Peggy lui désigna une chaise libre à la droite de son partenaire.
— Nous n’attendions que vous, ma chère. Joignez-vous à nous.
La jeune femme les rejoignit bien volontiers. Ses yeux restaient ensablés et elle rêvait de se noyer dans le thé.
— Merci beaucoup pour cette attention, madame Peggy.
— Allons, je vous dois bien ça... Pour nous toutes et...
Son, visage s'assombrit légèrement :
— … Pour Jasmine. Je suis soulagée de savoir qu'elle a pu passer dans un monde meilleur, avec son enfant. À vrai dire, je ne savais pas trop quoi attendre de Spiritus Mundi, mais vous avez été parfait. Vous nous avez traitées comme... des personnes avant toute chose.
Pour cacher le fait que sa voix s'était un peu étranglée, madame Peggy plongea le nez dans sa tasse. Hadria éprouva un peu de remords en songeant à sa réaction initiale. Elle n'aurait jamais embrassé ce genre de vie, mais elle avait compris que ces femmes ne méritaient sans doute pas les préjugés dont elle les avait accablées.
— Cela a été un plaisir de vous avoir avec nous, reprit madame Peggy. Même si vous allez me priver d'une excellente employée.
Hadria lui lança un regard étonné ; Ashley prit sur lui d'expliquer la situation.
— En vous attendant, nous avons discuté de l'avenir de Léona. J'ai proposé au nom de la fondation de l'accueillir dans nos instituts, afin qu'elle puisse apprendre à se servir de son don sans danger pour elle ni pour les autres. Mais cela ne sera définitivement acté que quand la jeune personne aura accepté la proposition.
— Pour être parfaitement honnête, soupira la brave femme, je l'y encouragerai. Elle aura sans doute un meilleur avenir parmi vous. Même si je n'ai jamais eu l'intention de l'initier au métier, avoir servi dans un tel établissement n'aurait pas joué en sa faveur. Mais passons à autre chose. Comment puis-je vous remercier ?
— Spiritus Mundi intervient de façon totalement gracieuse. La fondation vit par le mécénat et ses propres investissements.
— Je comprends, déclara la tenancière. Si je souhaite faire un don, sera-t-il le bienvenu ?
— Bien entendu, répondit Hadria avec un sourire. Nous en serons ravis.
Madame Peggy eut l'air soulagée.
— Fort bien, j'y réfléchirai. J'aurais aimé pouvoir vous remercier tous les deux... à titre individuel. Je doute, mister Ashley, qu'une entrée privilégiée vous conviendrait... ajouta-t-elle en riant.
Le normaliste rougit de confusion, et préféra ne pas réagir. Hadria dut retenir un fou rire en se cachant derrière sa serviette. Une fois le petit-déjeuner terminé, ils prirent congé de la tenancière ainsi que de Bella et Lilia, qui étaient venues leur faire leurs adieux. Ils promirent également à Léona de venir la voir quand elle aurait intégré l'institut.
La suite de cette affaire fut menée de façon plus classique : les deux partenaires rédigèrent leur rapport, sans trop rentrer dans certains détails, et le document alla enrichir les archives abondantes de la fondation.
Deux jours plus tard, un colis arriva au siège de Spiritus Mundi, à destination d'Hadria. Quand la jeune femme aperçut cette grande boite plate en carton, elle l'emporta dans son bureau pour l'ouvrir. Une carte avait été glissée entre l'emballage de papier et la boite :
Chère Hadria,
Après avoir réfléchi à un présent qui pourrait vous convenir à tous deux, il m'est apparu que c'était le meilleur choix possible. Faites-en bon usage.
Madame Peggy
Hadria souleva le couvercle ; ce qu'elle y trouva la laissa muette de surprise, mais aussi délicieusement troublée : la robe de satin violet au décolleté plongeant, ornée d’un bouillonné d’étoffe et de dentelle.

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