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tome 3, Chapitre 11 « Retour au calme » tome 3, Chapitre 11

Petit défi du chaudron, avec les critères suivants :

Standard (jusqu'à 1.000 mots)

Objet/chose « voie »

Émotion/état « nostalgie »

Couleur « bronze »

Pendant un long moment, les autres participantes demeurèrent prostrées. Seul s’élevait le son de leur respiration heurtée et de leurs sanglots étouffés. Enfin, la voix de Lilia s’éleva :

« Est-ce vraiment de notre faute, si ces malheureux sont restés prisonniers de cet endroit au lieu de trouver la paix ? 

— Vous en étiez la cause, mais vous n’aviez aucune raison de le savoir. »

Hadria se leva sur des jambes encore tremblante. Elle se sentait vidée de toute énergie. Son regard croisa celui d'Ashley. Ses yeux couleur de jade exprimaient de la fatigue, mais aussi un grand soulagement. Madame Peggy essuya ses larmes, renifla bruyamment, puis déclara :

— Allez, les filles. Vous avez mérité une bonne nuit de repos.

Bella et Norma sortirent sans demander leur reste. Lilia s'attarda un peu plus longtemps ; son regard demeurait triste et empli de nostalgie, mais elle offrit un sourire tremblant aux enquêteurs avant de quitter la pièce. Leona resta un long moment assise, les poings serrés sur ses genoux, comme prostrée. Madame Peggy la prit par les épaules en lui murmurant :

— Allons, viens, je te ramène dans ta chambre.

Elle se tourna bers Hadria et Ashley :

— Vous aussi, vous avez besoin de vous reposer. Il y a une chambre libre au bout du couloir. Elle ne sert pas pour...

Elle haussa ses épaules plantureuses :

— Enfin, vous voyez... J'espère que vous parviendrez à vous reposer après toutes ces émotions !Et... mademoiselle Hadria, vous trouverez dans la pièce les vêtements que vous portiez à votre arrivée.

La jeune Américaine sentit ses joues devenir écarlates à l'idée de partager sa chambre avec son partenaire, mais il arrêta ses protestations naissantes d'un geste de la main.

— N'ayez crainte, miss Forbes, je dormirai dans un fauteuil s'il le faut, murmura-t-il.

Si madame Peggy entendit l’échange, elle n'en montra rien, et se hâta de conduire sa petite protégée vers le couloir. Les deux enquêteurs échangèrent un regard, avant de se mettre en route vers la pièce qui leur avait été allouée. Ashley ouvrait la voie, une lanterne à la main. Quand il ouvrit la porte et s'effaça pour le faire entrer, la jeune femme examina le décor. La pièce lui parut d'une sobriété bienvenue, avec son parquet nu, ses deux carpettes de chaque côté d'un grand lit recouvert d'un couvre-pieds couleur de bronze patiné, sa tapisserie à fines rayures vertes et blanches et ses rideaux de velours émeraude. Par contre, il ne comportait pas de fauteuil, juste un tabouret rembourré devant une coiffeuse et un petit espace de toilette dissimulé par un paravent. Comme promis, ses habits reposaient sur une chaise devant la fenêtre.

En voyant le regard de son partenaire se diriger vers l'une des carpettes, Hadria se sentit coupable. Elle décida que pour une fois, elle pouvait bien envoyer les convenances aux orties.

— Hors de question que vous dormiez par terre. Nous nous allongerons par-dessus les couvertures. Nous serons à peu près aussi proches que quand nous voyageons par le train, ajouta-t-elle, comme pour s'en persuader.

— C'est un peu différent... protesta-t-il.

La jeune femme haussa les épaules, dans un geste peu convenable pour une demoiselle bien élevée, mais qui exprimait parfaitement son avis sur la question :

— Vous avez un esprit scientifique, mister Ashley. Vous êtes donc tout à fait capable de montrer du recul sur la question. Personne ne sera au courant, à part peut-être madame Peggy... mais je pense qu'elle a d'autres sujets de préoccupation. De plus, nous sommes tous les deux épuisés. Nous sombrerons dans le sommeil à peine la tête sur l'oreiller.

Le normaliste baissa les yeux avec un soupir :

— Bien. Si vous insistez... Quel côté préférez-vous ?

— Celui de la porte, si vous en êtes d'accord.

— Cela me convient.

Ashley s'assit sur le bord du lit et se contenta de retirer ses chaussures avant de s'allonger sur le côté, face à la porte, le dos tourné à sa future voisine. Il ferma aussitôt les yeux, peut-être pour oublier la situation.

Hadria, pour sa part, n'avait pas l'intention de se coucher en corset. Elle se permit d'ouvrir l’armoire en bois de rose et y trouva une longue chemise blanche et un peignoir en velours qui n’avait rien d'un déshabillé. Après s'être changée, elle s'allongea à son tour, le dos vers son partenaire, un bras replié sous sa tête, et écouta avec un petit sourire la respiration profonde et régulière de son partenaire.

***

Quand elle s'éveilla après une courte nuit sans rêve, Hadria traversa une phase de désorientation, avant de se souvenir des circonstances de la veille. Elle se redressa d'un coup et regarda autour d'elle, pour se découvrir seule.

— Mister Ashley ? demanda-t-elle d'une voix hésitante.

Une voix s'éleva derrière le paravent :

— Je suis là, miss Forbes.

Son partenaire réapparut, aussi propre et net que s'il venait d’arriver à la fondation lors d'un matin ordinaire. Hadria frémit en pensant à l'apparence qu'elle devait présenter : échevelée, dans des habits de nuit trop larges...

— Quelle heure est-il ?

— Environs neuf heures. Si cela vous convient, je vais annoncer à madame Peggy - si elle est disponible, cela va de soi... - que nous sommes prêts à conclure avec elle cette mission. J'attendrai que vous soyez prête pour commencer.

— C'est parfait, se hâta-t-elle de répondre.

Hadria avait hâte qu'il eût quitté la chambre pour qu'elle pût enfin se changer. Dès qu'il eut refermé la porte derrière lui, elle se prépara aussi rapidement que possible. Elle saisit la brosse posée sur la coiffure pour la passer dans ses boucles cuivrées et enfila avec un grand soulagement ses habits de travail.

Tandis qu'elle finissait de se préparer, son regard se posa sur la robe violette. Une étrange pointe de regret la saisit, surtout quand elle se remémora le regard d'Ashley quand il l'avait vue ainsi apprêtée. Avec un petit soupir, elle quitta la pièce pour rejoindre son partenaire.


Texte publié par Beatrix, 31 juillet 2026 à 22h34
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