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Tome 2, Chapitre 14 « Une crise inédite – Deuxième partie » Tome 2, Chapitre 14
« Des êtres de lumières ? »
    
    Les Gardiens se regardèrent avec incompréhension. Comment une telle chose était-elle possible ?
    
    « Ce n’est aucun d’entre nous ! affirma Rufus, qui s’était levé sous le coup de l’émotion. Et nous sommes prêts à donner notre parole pour Brand, Indis et Lilias ! Indis et Lilias n’ont plus d’attache sur Erastria et celle de Brand vit à l’autre bout du continent ! »
    
    Francis leva les deux mains en signe d’apaisement :
    
    « Je n’ai accusé aucun d’entre vous, Rufus. Je suis parfaitement convaincu de votre innocence à tous !
    
    — Peut-être est-ce une sorte de machination ! hasarda Estrella. En employant la magie Bleue et Violette, on peut sans doute créer des illusions de ce type ! »
    
    Rufus secoua la tête, sceptique :
    
    « Probablement… mais les victimes n’ont pas pu être blessées par des illusions !
    
    — Même si les coupables se sont cachés sous ces illusions ? remarqua dame Ledelian.
    
    — Cela reste une possibilité, répondit Francis pensivement. Mais pourquoi prendre une telle apparence, si ce n’est pour impliquer les Lucidiens ? »
    
    La préceptrice de l’École bleue de l’Esprit réfléchit un instant, avant de demander d’un ton soucieux :
    
    « Vous ne croyez tout de même pas que quelqu’un est au courant de la présence des Gardiens sur Erastria et tente de les impliquer ?
    
    — C’est une possibilité à envisager, hélas… Les Ombres avaient peut-être d’autres agents que les d’Arral dans cette ville. Ils doivent savoir que le séjour des Gardiens sur Erastria est en théorie illégal… Ils ne peuvent y demeurer que parce que nous avons de nombreuses complicités à l’Académie et jusque dans les rangs des autorités. Mais si le Haut Conseil de la Magie en est avisé formellement, il forcera leurs attaches à rompre le lien…
    
    Le visage de Rufus s’assombrit :
    
    « Lorsque nous avons combattu les Ombres sous notre véritable forme, nous avons très bien pu être repérés par des témoins indésirables…
    
    — C’est peu probable, répondit Aurean. Si quelqu’un nous avait repérés, cela ferait longtemps que nous aurions les autorités sur le dos, non ?
    
    — C’est ce que je pense aussi… approuva Francis. Nous devons donc envisager une action hostile… Mais nous ignorons tout de ses auteurs... »
    
    Estrella secoua la tête, la mine contrariée :
    
    « Non. Je ne peux pas y croire… Ce n’est ni logique ni cohérent ! »
    
    Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille.
    
    « Que veux-tu dire ? demanda son père.
    
    — C’est pourtant évident. Quel intérêt les Gardiens de Lucid auraient-ils à attaquer des mages ? Ça n’a strictement aucun sens ! À la rigueur, ils se seraient attaqués aux membres du Haut Conseil de la Magie, mais à de simples représentants des héritiers ? Nos ennemis ne sont pas aussi stupides ! S’ils cherchaient à les impliquer, ce serait au moins de façon crédible ! Peut-être devrions-nous plutôt nous demander qui en veut aux mages de Reyliss ? »
    
    Aurean dut admettre que la jeune fille marquait un point.
    
    « D’ailleurs, poursuivit Estrella, est-il totalement exclu qu’il puisse s’agir de Lucidiens ?Il n’y a pas que des Gardiens à Lucid… »
    
    — C’est impossible, voyons ! protesta Azura. Seul le Lien avec notre attache nous permet de rester dans ce royaume. Et il en est de même pour les Ombres. Kina était liée à Lizbet, et le Prétorien, probablement, à Mikhael d’Arral… Si des Irisés avaient établi ce genre de relation, cela se saurait…
    
    — Pourtant, des Ombres pouvaient apparaître brièvement sur Erastria. Pourquoi ne peut-il pas en aller de même pour les Lucidiens ?
    
    — Les Ombres étaient en quelque sorte des projections, expliqua Aurean. Elles pouvaient altérer la Lumière des mages, mais pas les blesser physiquement.
    
    — Il s’agit probablement d’illusions, en conclut Rufus. En tout cas, les responsables n’ont pas intérêt à se mettre sur ma route, ou ils passeront un mauvais quart d’heure. »
    
    Francis leva les mains dans un geste d’apaisement :
    
    « Nous ne trouverons pas la réponse ici ni maintenant. Je vais faire mon possible pour enquêter discrètement de mon côté. En ce qui vous concerne, la seule chose que vous puissiez faire, c’est rester les plus discrets possible. Personne ne doit soupçonner votre véritable nature, ou vos attaches risquent d’être incriminées par le Haut Conseil de la Magie. Vous pourrez toujours vous réfugier à Lucid, mais une fois qu’un lien est rompu, il ne peut être rétabli, et il sera plus difficile encore de trouver une nouvelle attache ! »
    
    Aurean baissa la tête, inquiet et troublé... La rupture d’un lien laissait comme une cicatrice qui ne permettait plus la création d’une nouvelle relation avec Gardien. Si celui qu'il partageait avec Estrella venait à être brisé, il serait anéanti... Il préféra ne pas y penser.
    
    Les paroles de Francis le plongeaient dans l’appréhension. Certes, personne ne pouvait supposer qu’il était un Lucidien : son enveloppe humaine, comme celle de ses camarades et peut-être plus encore, était absolument parfaite. Il gardait toute confiance en la loyauté de ses amis. Mais il existait un signe qu’il ne pouvait dissimuler totalement : le bracelet de lumière qui étincelait à son poignet comme à celui de la jeune fille. Les forces de la Sécurité Magique connaissaient-elles ce détail ? Si tel était le cas, ils se trouvaient en sursis sur ce monde… Ledelian, Renate, Bertlam et Estrella seraient traités comme des criminels. À moins, bien sûr, de rompre le lien avant que la menace ne devienne trop proche.
    
    Heureusement, ils n’en étaient pas là. Il se félicita une nouvelle fois de ne pas avoir employé ses dons pour se protéger d’Andres et de ses amis. Les conséquences se seraient révélées désastreuses ! Cela valait bien un peu de douleur…
    
    Le garçon blond se rembrunit en songeant à Torie. Il éprouvait un profond regret face au jugement si sévère du jeune homme. Mais il avait déjà attiré assez l’attention sur lui, changer d’uniforme pour montrer qu’il avait pris en compte ses paroles ne ferait que le placer un peu plus sous le feu des regards. De surcroît, il n’avait aucune envie de peiner la famille d’Estrella, qui lui avait témoigné tant de bonté et de générosité.
    
    « De même, reprit Francis, mieux vaut pour vous éviter de retourner à Lucid. Si quelqu’un est témoin de votre réapparition dans notre monde, cela suscitera forcément des questions ! Je suis navré de vous infliger cela ! »
    
    Aurean se sentait presque soulagé par cette demande, mais il savait que ce serait très pénible pour Azura, qui passait une grande partie de son temps dans son monde d’origine, et Virdis, qui n’était pas tout à fait à l’aise à Erastria.
    
    « Les vacances d’automne arrivent dans deux dizaines, poursuivit le père d’Estrella. Je propose que nous partions tous en villégiature dans les montagnes. Non seulement le changement d’air fera du bien à tout le monde, mais cela vous permettra de souffler et de vous sentir un peu plus libre. La famille d’Amée possède un chalet très isolé au col de Subnis, assez vaste pour tous nous accueillir. »
    
    Bertlam esquissa une petite grimace :
    
    « J’espère pouvoir me libérer… Mais je suppose qu’une telle invitation ne se refuse pas !
    
    — Ce sera avec plaisir ! ajouta Ledelian avec un large sourire.
    
    — Et pour moi, l’occasion d’avoir un peu de jeunesse autour de moi… et cela fera du bien à Virdis de voir un peu le monde ! »
    
    La timide gardienne baissa la tête, un peu confuse.
    
    « Je suppose que les amis d’Aurean et Estrella seront aussi invités ? reprit Bertlam.
    
    — Cela va de soi !
    
    — Eh bien, répondit-il d’un ton philosophe, connaissant cette joyeuse bande, j’espère qu’ils ne vont pas nous découvrir un nouveau danger qui menace le monde ! »
    
    Malgré l’air offusqué d’Estrella, Aurean éclata de rire, même s’il espérait secrètement que ce ne serait pas le cas…
    
    
***

    
    La vingtaine de jours qui suivirent passèrent à toute allure. Les premiers examens de l’année eurent lieu juste avant les congés et monopolisèrent toute l’attention, faisant oublier cette mystérieuse attaque. Pour ne pas entraver l’enquête, les événements avaient été très peu ébruités et les quelques rumeurs s’étaient bien vite taries. Toute la petite bande se sortit honorablement des épreuves, y compris Eymeri qui bénéficiait de sessions adaptées à sa situation. Seul Yllias avait un peu moins bien réussi qu’il ne l’escomptait, pour avoir mal compris un énoncé, mais ses résultats n’en étaient pas mauvais pour autant. En consultant le classement des élèves de dernière année, Aurean remarqua que Torie était arrivé premier de sa promotion. Il en fut secrètement heureux, même si son différend avec le Compagnon continuait de le chagriner.
    
    Quant à lui, il avait pris garde à ne pas trop briller ; il se satisfaisait bien plus de sa cinquième place de l’École Jaune de la Transmutation, qu’Estrella de sa seconde, ce qui écorchait un peu sa vanité. Mais comme il était supposément le plus jeune élève de l’École Jaune et qu’Estrella avait eu beaucoup à rattraper, ils avaient quand même reçu les félicitations de maître Alleman.
    
    Les derniers jours après les vacances furent consacrés aux bagages ; l’exercice se révéla assez simple pour Aurean, qui se contenta d’entasser tout ce qui n’était pas des uniformes scolaires dans sa malle. Même si Amée l’aurait bien volontiers noyé sous les habits neufs, il se restreignait au strict nécessaire. Bizarrement, quelque chose en lui semblait lui souffler qu’il ne fallait pas trop se charger pour pouvoir bouger plus facilement… et fuir plus vite !
    
    Ce sentiment lui paraissait d’autant plus étrange qu’il n’avait pas le souvenir d’avoir voyagé où que ce soit à Reyliss… ou ailleurs. Il aurait dû se réjouir de récupérer des bribes de son histoire, mais elles ne correspondaient à rien et ne s’inséraient nulle part dans le gigantesque puzzle qu’était son passé. De toute façon, il n’avait pas le temps de s’appesantir sur la question. Il acheva rapidement ses bagages, satisfait de voir qu’ils se résumaient à une unique valise et une sacoche dans laquelle il glissa quelques livres.
    
    Le garçon blond examina le résultat : il suffisait de pas grand-chose pour contenir toute sa vie ! Son existence était-elle si vide ? À part la lecture, l’Académie et les leçons de maniement des armes, il réalisa qu’il ne possédait aucune passion, aucune activité particulière. Il savait qu’Azura aimait tisser durant ses séjours à Erastria, et que Rufus, quand il ne polissait pas des lames, s’essayait à sculpter sur le bois. Il n’avait pas idée de ce que pouvait bien faire Virdis, mais Brand aidait l’artisan qui lui servait d’attache à fabriquer d’exquis objets d’orfèvrerie.
    
    Et lui ? Pourquoi ne s’adonnait-il à aucune occupation de ce genre ?
    
    Il se rappela avec soulagement de sa virée à la cuisine : il avait su d’emblée les propriétés des plantes et comment les préparer. Cette activité, chez les d’Outremont, appartenait aux domestiques, mais peut-être pourrait-il obtenir un coin de terre dans le parc, pour faire un peu de jardinage ? Et s’il commençait un herbier ? Le séjour dans les montagnes lui offrirait une occasion parfaite pour se lancer. Un peu rassuré, il décida d’employer les dernières heures avant le départ à se procurer ce qu’il lui fallait.
    
    
***

    
    Amée accueillit ses demandes avec enthousiasme :
    
    « Mais bien sûr, Aurean, c’est une idée absolument charmante ! J’avais offert à Alicia une presse et un album, mais elle ne les a jamais utilisés. Je pense qu’elle sera ravie de te les donner. Il y a aussi un petit volume sur les plantes de Reyliss dans la bibliothèque : je ne vois aucune objection à ce que tu l’emportes avec toi ! »
    
    Le Gardien la remercia chaleureusement. Amée lui prit gentiment l’épaule :
    
    « Mais de rien… Je suis vraiment heureuse de te voir te passionner pour quelque chose : cela prouve que tu vas beaucoup mieux. »
    
    Parfois, le garçon se demandait si la mère d’Estrella avait deviné sa véritable nature. Malgré ses airs évaporés, elle se révélait souvent bien plus observatrice qu’on pouvait le croire. Après tout, elle était une adepte de l’école Bleue de l’Esprit !
    
    Amée et Alicia ne les accompagneraient pas durant leur séjour. Après tout, elles n’étaient pas censées connaître de la présence des Gardiens sur Erastria, mais Aurean songea que c’était plus vraisemblablement pour conserver un oeil sur la situation dans la capitale. Personne ne se méfiait d’une noble dame comme Amée, qui travaillait dans un institut de charité quelques heures par dizaine et passait le reste de son temps en sorties mondaines et à s’occuper de sa maisonnée. Quant à Alicia, elle servait dans la même institution que son père, en tant qu’agent de renseignements – une carrière dans laquelle elle excellait grâce à son allure évaporée, qui écartait d’elle tous les soupçons.
    
    Aurean en concevait un peu de peine : il avait fini par beaucoup apprécier les deux femmes, en regardant au-delà de leur apparente frivolité. En l’absence de Bertlam, maître Alleman garderait un oeil sur l’Académie. Aurean songea qu’il ignorait l’allégeance de la directrice. Madame de Vries savait-elle ce qui se tramait au sein de sa propre institution ? À part Renate, toutes les attaches des Gardiens y étaient plus ou moins liées.
    
    Ce monde était décidément encore mystérieux à ses yeux… Mais le plus grand des mystères, après tout, c’était peut-être lui-même !
    
    

Texte publié par Beatrix, 30 avril 2019 à 00h02
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