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Ephéméride d'Alribor : Menace ennemie
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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
Olam se tenait immobile, adossé contre le tronc d'un arbre, le visage impassible. Il observait, patientait et réfléchissait, et tout cela menaçait de lui provoquer une sérieuse migraine. Bien qu'il ait retrouvé son sang-froid, les derniers événements le laissaient dans un état de faiblesse et d'urgence. Pourtant, il savait qu'il ne devait pas se précipiter, même si son instinct lui hurlait de partir immédiatement à la poursuite de ceux qui avaient enlevé sa bien-aimée. Ce qu'il allait faire, bien évidemment. Mais il devait tout d'abord trouver des compagnons de voyage, dénicher des Élémentaires assez fous pour quitter la sécurité de la Citadelle, pour se jeter dans l'Au-Dehors et fréquenter le peuple qui les avait tant fait souffrir.
    Olam avait une petite idée de qui accepterait de l'accompagner. C'était pourquoi il se tenait dissimulé dans un coin de la cour de l'Institut, là où se retrouvaient tous les jeunes Éclos pour pouvoir apprendre à maîtriser leurs capacités. Il se demandait comment expliquer à ses amis ce qu'il venait de se passer, les conséquences que cela engendrait et surtout, comment formuler sa demande.
    - Olam !
    L'interpellé se redressa et regarda la jeune femme qui se précipitait vers lui. Elle paraissait totalement affolée avec ses cheveux fuchsia emmêlés et ses yeux rose pâle écarquillés. Elle l'attrapa et le serra contre elle, et bien qu'elle fît au moins trois têtes de moins que lui et qu'elle possédât une constitution d'oisillon fragile, Olam sentit ses côtes craquer. Il hoqueta sous la puissance de l'étreinte.
     - Mikal, vas-y plus doucement, tu es en train de le tuer.
    La jeune fille se recula, mortifiée et Olam remercia d'un hochement de tête l’Élémentaire qui venait de sauver sa cage thoracique. Lilith lui rendit la politesse avec un léger sourire. Olam était toujours fasciné quand il fréquentait les deux filles. Celles-ci étaient très amies, si complices qu'on aurait pu les croire sorties du même Œuf. Et pourtant, elles étaient le total opposé de l'autre, et c'est peut-être pour cela qu'elles s'entendaient si bien.
    Mikal, issue de la terre, expansive, délurée, impulsive, mince mais tout en courbes et en rondeurs et Lilith, issue de l'air, secrète, réfléchie, sibylline, grande, maigre et anguleuse. Deux jeunes femmes extraordinaires.
    Ses amies.
     - On était tellement inquiètes, Olam ! Tous les Éclos ont été emmenés ici, et tu manquais à l'appel ! On a demandé des explications, mais personne n'a voulu nous répondre ! - s'écria Mikal, outrée.
    Lilith lui tapota l'épaule, dans une vaine tentative de l'apaiser, mais Mikal était bien trop bouleversée pour pouvoir maîtriser ses émotions négatives. C'était d'ailleurs assez déstabilisant de voir cette jeune fille, si affectueuse en temps normal, lui jeter des regards assassins.
     - J'espère que tu as une raison valable de m'avoir fait peur, - reprit-elle- parce que sinon, et je le jure sur le Nid, que je te ligote avec des ronces !
    Olam ne douta pas un instant qu'elle en fut capable. Il soupira profondément et se passa une main sur le visage. Le beau discours qu'il avait prévu pour les inciter à le rejoindre se délitait face aux regards sincèrement inquiets de ses amies. Alors, il prit la décision de se montrer d'une franchise absolue.
     - Soliya a été enlevée par des humains.
    La stupéfaction se peignit sur les visages de ses interlocutrices.
     -Olfurk !
    Ce fut au tour d'Olam de sentir sa mâchoire se décrocher devant cet éclat de la part de Lilith. Elle d'habitude si calme passait et repassait une main dans ses courts cheveux dorés en répétant le même juron, qui était typique d'un Élémentaire de terre, puisqu'il désignait une plante qui exhalait une terrible odeur de décomposition. Le fait que Lilith l'utilise n'avait en soit rien d'étonnant, puisqu'elle passait tout son temps avec Mikal, mais qu'elle devienne grossière, elle qui était d'une parfaite maîtrise de soi, avait de quoi surprendre. Et lui faire comprendre que la situation était bien aussi désespérée qu'il le pensait, et que ce n'était pas seulement son ressenti d'homme lié. Mikal vacilla légèrement et dut prendre appui sur l'arbre.
     - M..m..mais les humains nous ont oubliés ! - bredouilla t-elle.
     - Eh bien, pas tous, apparemment, puisqu'ils ont pris Soliya. - dit-il d'une voix sourde.
    Mikal l'observa un instant et se jeta une deuxième fois dans ses bras. Olam expira brusquement tout l'air que contenaient ses poumons.
     - Je suis si désolée, Olam ! Je ne veux pas que tu t'évapores !
    La voix de la jeune fille tremblait d'émotion, et Olam eut un coup au cœur quand il réalisa que oui, il allait retourner à l'état premier de son élément s'il ne retrouvait pas Soliya. Mais sa préoccupation première n'était pas de se sauver lui, mais bien son complément. Il eut un sourire tremblant et il fuit son regard larmoyant. Une main lui saisit doucement le menton et l'obligea à tourner la tête. Il rencontra deux yeux dorés pailletés d'argent, pleins d'une tendre sollicitude. Lilith lui fit un doux sourire, et sereine, le questionna :
     - Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
    Olam s'affaissa, comme s'il avait pris un coup, et son visage se chiffonna. La totale confiance et l'évidente aide que lui proposaient ses amies le touchaient en plein cœur. Les deux filles respectèrent son silence, attendant patiemment qu'il se reprenne.
     - J'aimerais qu'Altar et Elio soient là, si ça ne vous dérange pas.
    Mikal haussa les épaules et s'écarta de lui.
     - Bien sûr que non, ça ne nous embête pas ! Ce sont nos amis aussi, je te signale que toute la Citadelle nous surnomme les Inséparables ! Il ne manquait plus que Soliya. – ajouta t-elle d'un ton plus bas.
    Une douleur sourde vint grignoter le cœur d'Olam, mais il tenta d'en faire abstraction. Il lui fallait avancer, regarder droit devant lui, ne pas s'appesantir sur ce qui le faisait souffrir.
    - Vous savez où ils sont ? Ils devraient être ici, non ?
    Mikal gloussa et Lilith le regarda, gentiment moqueuse.
     - On parle bien toujours d'Elio et Altar, n'est-ce pas ?
    Le jeune homme retint un sourire, amusé.
     - Je crois me souvenir qu'Elio est un Élémentaire de Terre tout à fait sérieux, et qui ne supporte pas les conflits…
     Mikal repoussa des mèches rebelles de son visage en souriant.
     - Je viens te rafraîchir la mémoire en te rappelant qu'Altar est un Élémentaire de Feu tout à fait instable, qui a du mal à respecter l'autorité et qui est complètement casse-cou.
     - De plus, Elio est toujours fourré avec lui, et heureusement car il est le seul à pouvoir le canaliser. - ajouta Lilith.
    Olam sentit des pétillements de joie parcourir son corps à l'évocation des deux garçons, qui étaient eux aussi ses plus fidèles amis.
     - Bien, les filles, comme je remarque que vous avez réponse à tout, auriez-vous l'obligeance de m'indiquer où ils se trouvent ?
    Dans un bel ensemble, elles haussèrent les épaules, et Olam sentit une irrépressible envie de rire naître en lui. Il se frotta le nez en soupirant, décontenancé.
     - Je ne veux pas vous affoler, mais il faudrait vraiment qu'on les retrouve rapidement, j'ai quelque chose d'urgent à vous demander.
    Les deux filles se jetèrent un coup d’œil entendu qui rendit Olam mal à l'aise.
     - Je peux peut-être les retrouver grâce au vent… -annonça Lilith, hésitante.
    Ses pommettes rosirent légèrement quand elle remarqua leur regard scrutateur.
     - On a étudié ça aujourd'hui avant que les cours ne soient interrompus, mais je ne garantis pas le résultat.
    Les prunelles turquoise d'Olam étincelèrent.
     - Essaie toujours !
    Elle hocha la tête, puis ferma les paupières. Elle se campa fermement sur ses pieds, puis elle entreprit de faire le vide dans son esprit, de n'être à l'écoute que de son élément. Elle devint le réceptacle du vent, le laissant la frôler, la cajoler. Une fois qu'elle l'eut apprivoisé, délicatement, elle souffla l'air qu'elle contenait, insufflant une part d'elle-même dans la brise.
    Dès qu'elle ne fit plus qu'un avec lui, un nouvel univers regorgeant de connaissances et de possibilités s'ouvrit à elle. Cette sensation de pouvoir était grisante, et pour un aussi jeune Élémentaire, il était difficile de faire le tri dans tout ce que l'air lui proposait. Un instant, il venait s'insinuer autour d'elle, tel un animal affectueux, prêt à se plier à la moindre de ses volontés mais c'était le vent, et le vent tourne, alors il repartait vivement, libre et sans attache.
    Lilith inspira profondément, le capturant au creux de ses poumons et elle dût déployer un énorme effort de volonté pour le dompter. Même alors qu'elle le maîtrisait, il piaffait d'impatience, il virevoltait autour d'elle lui demandant, dans un langage que seuls ceux liés à l'élément comprenaient, ce qu'elle désirait.
     - Je souhaite trouver la terre et le feu, l'arbre et la flamme, Elio et Altar. - lui murmura t-elle.
    Puis elle le relâcha dans un long soupir.
    Mikal et Olam avaient assisté avec appréhension aux efforts de Lilith pour contrôler son élément. Ils avaient vu tous ses muscles se tendre, ses sourcils se froncer, sa peau argentée se recouvrir d'un voile de sueur. Ils ne s'attendaient donc pas à ce qu'un mistral puissant s'échappe des lèvres entrouvertes de Lilith et les projette tous deux à terre. Le vent s'engouffra dans tous les coins de la cour puis s'échappa dans un grand tumulte dans les rues de la Citadelle. Olam et Mikal se regardèrent, interloqués, mais ils ne prononcèrent pas une parole de peur de briser la concentration de leur amie.
    Celle-ci se sentait sur le point de craquer, cet exercice étant en temps normal presque impossible pour un jeune Éclos. Mais Lilith serrait les dents à s'en briser l'émail tout en se répétant inlassablement qu'elle devait tenir pour Olam, et surtout, surtout, pour Soliya. Ils n'avaient pas le temps de se répandre en vaine recherche, il fallait qu'ils puissent agir le plus rapidement possible car elle avait sa petite idée de ce qu'Olam voulait leur demander... Alors qu'elle ne se sentait plus la force de résister, le vent revint à elle dans un souffle violent, impétueux, et livra ses secrets.
    
Endroit secret rendez-vous fixés désirs chuchotés rêves partagés amis inquiets

    Un sourire victorieux naquit sur les lèvres de Lilith et elle ouvrit les yeux. Olam se releva d'un bond et tendant la main à Mikal qui prit appui sur lui en grimaçant, il tourna un regard interrogateur dans sa direction. Elle eut l'air intriguée de les voir si ébouriffés, mais elle ne releva pas, ne souhaitant pas les faire attendre plus longtemps.
     - Ils sont dans notre cachette…
     - On aurait dû s'en douter ! - s'exclama Mikal.
    Olam haussa les épaules.
     - Peut-être, mais ça nous a évité de les chercher partout. Merci beaucoup, Lilith, tu étais impressionnante !
    Elle sourit avec reconnaissance, et ils se mirent en marche vers leur cachette, l'endroit où ils aimaient se retrouver tous les cinq pour parler d'aventures, de tracas, d'envies, de tout et de rien, comme le font les amis. Alors qu'ils allaient sortir de l'Institut, une brise ténue vint les envelopper, pour repartir aussi vite qu'elle était arrivée.
    
Tour élevée ancien agité plein de culpabilité secret qui met en grand danger

    Olam n'y prêta pas attention, trop pressé de rejoindre les garçons, mais Mikal se tourna vers Lilith, une question muette dans les yeux, surprise que le vent se soit adressé à son amie sans qu'elle le demande. La jeune Élémentaire d'Air lui fit signe que ce n'était rien d'important, et en proférant ce mensonge, son estomac se tordit douloureusement. Ils ne virent pas le regard hanté de Lilith se déporter vers la Tour, assombri par le doute.
    
    
؏

    
    Ils traversèrent une bonne partie de la Citadelle en se hâtant. Les ruelles paraissaient vidées de tout habitant, il régnait un silence de mort rompu seul par un vent chaud qui soulevait la poussière de la route. Peu après leur sortie de l'Institut, les Gardien avaient parcouru la ville en exhortant tous les Élémentaires à se diriger vers la Tour, où on leur expliquerait les récents événements. Les trois amis s'étaient dirigés dans le sens contraire de la foule, et il y avait un petit quelque chose d'exaltant à enfreindre les règles, mais quand c'était pour des choses minimes, bien entendu. De plus, ils étaient déjà au courant, alors… Mais il n'empêche qu'Olam commençait à discerner pourquoi Altar était constamment en vadrouille et à fourrer son nez là où il ne le devait pas. Les Anciens se montraient cléments envers ce jeune Éclos, tout d'abord parce qu'un Élémentaire de Feu était rare, et ensuite parce que cet élément était le plus instable de tous. Tous les Élémentaires de Feu, sans exception aucune, éprouvaient des difficultés à se contrôler, à se soumettre. Ils ressentaient les choses à l'extrême, leurs émotions les consumaient. Ils étaient de véritables atouts pour défendre la Cité, brûlants comme ils étaient, mais non pas violents, plutôt zélés, exaltés, de féroces protecteurs. Pourtant, il fallait tout de même avouer que c'était un soulagement qu'ils soient peu nombreux. A contrario, les Élémentaires de Terre pullulaient. Ils étaient le fondement de la ville, ses racines. Stables, équilibrés, ils étaient affectés à des postes où l'on comptait sur eux, comme par exemple guérisseurs. Mais la plupart préféraient travailler en tant que nourrisseurs, la charge leur incombant d'approvisionner la Citadelle en aliments grâce à leurs dons. Quelques uns se formaient en tant que bâtisseurs, possédant une affinité particulière avec la pierre, ou d'autres encore comme soigneurs, chargés de prendre soin des animaux qui égayaient la vie des habitants mais aussi qui les aidaient dans leurs tâches.
    Ensuite venaient les Élémentaires d'Air. Pour eux, c'était plus délicat. Ils détenaient un grand savoir, paraissaient connaître les secrets du monde, mais étaient de grands rêveurs, pour ne pas dire étourdis. Ils paraissaient régulièrement perdus dans leurs pensées, à l'écoute de quelque chose qu'eux seuls entendaient. On les retrouvait souvent dans des affectations telles que enseignants, scribes ou inventeurs.
    Puis les Élémentaire d'Eau. A l'image de leur élément, ils pouvaient être d'une sérénité totale, apaisante, mais aussi partir dans des émotions dévastatrices. C'est pour cela qu'ils étaient très éclectiques, n'ayant pas de préférence en termes de métiers.
    Bien sûr, un Élémentaire de Feu pouvait devenir scribe ou un Élémentaire d'Air se qualifier en tant que guérisseur. Mais il fallait être ouvert aux différents inconvénients qui risquaient d'en découler, comme par exemple un incendie dans la bibliothèque à la suite d'une contrariété ou un empoisonnement bénin causé par une étourderie.
    La plupart du temps, ces schémas s'appliquaient au peuple, mais tous pris individuellement étaient uniques.
    Et il y avait aussi des exceptions… Olam tourna la tête vers les filles, et un sourire éclaira brièvement son visage. Oui, vraiment ces exemples ne pouvaient s'appliquer réellement à ses amies.
     - Attention !
    Le cri d'alarme de Mikal le tira de ses pensées, et Olam eut juste le temps de se baisser qu'une boule de feu frôlait sa tête. Quand une odeur de roussi parvint à ses narines, il comprit que quelques-uns de ses cheveux n'avaient pas dû en réchapper.
     - Halte là, intrus ! Ta présence sur ce territoire n'est pas la bienvenue ! - tonna une voix qu'il connaissait bien.
     - Olfurk, Altar, tu t'es grillé le cerveau ou quoi ?
     - Mais, Elio, il y a des inconnus près de notre repère !
    Ils entendirent distinctement un grognement agacé.
     - Ah oui, et tu peux me dire comment tu sais que ce sont des inconnus, s'il te plaît ?
     - Parce qu'ils n'ont pas dit le mot de passe, pardi !
    Même s'il avait failli devenir chauve un instant auparavant, Olam ne put se contenir plus longtemps : il éclata de rire. A ce bruit, les deux garçons arrêtèrent de se chamailler.
     - Olam, c'est toi ? - appela Altar.
     - Effectivement… Je peux me relever ou je risque de finir carbonisé ?
    Il n'attendit pas la réponse et se redressa, s'assurant que les deux filles allaient bien. Elles paraissaient indemnes, et même si Lilith arborait son flegme habituel, Mikal paraissait excédée. Sa peau cacao avait rougi sur ses pommettes et ses yeux étaient assombris de colère. Olam trouva préférable de reculer de deux pas quand il vit Elio et Altar sortirent à leur rencontre. Comme il connaissait Mikal, le jeune fou allait avoir droit à un sermon mémorable. Et peut-être à une fessée…
    Elio s'approcha en premier et il paraissait intensément soulagé de les voir. Il baissa son immense carcasse pour passer une main affectueuse dans la crinière de Mikal, pressa doucement l'épaule de Lilith et tapa dans la main d'Olam avec un grand sourire. Elio ressemblait à un Eragko, le plus grand et gros arbre recensé de leur monde. Olam retrouvait en lui toutes les caractéristiques de ce formidable végétal. Tout d'abord, il était aussi grand et imposant, ensuite sa peau et ses cheveux d'un brun clair étaient identiques à la teinte du tronc, et pour finir, ses prunelles possédaient les nuances exactes de son feuillage avec un large cercle vert anis autour de l'iris et un fin anneau vert sombre à l’extrémité de la pupille. Il lui correspondait aussi de par son caractère, calme, insubmersible, protecteur, dégageant un autorité naturelle.
    Altar le suivit de près, et Olam se fit la remarque que ses amis étaient le contraire de l’autre tout comme Lilith et Mikal. Et que pareillement, ils se complétaient à merveille. Altar était petit, mince et sec avec une peau miel brûlé, des cheveux d'un rouge pétant et des yeux d'un bleu électrique où brillait une lueur de vive intelligence et de malice. Il ne paraissait nullement troublé d'avoir failli mettre le feu à Olam.
    Ce fut sans aucun doute le sourire suffisant qu'il arborait qui fit craquer Mikal. Le pauvre ne vit rien venir, et il se retrouva soudainement pendu par les pieds à plusieurs mètres au dessus du sol, ballotté au grès du vent. La jeune Élémentaire de Terre avait fait pousser rapidement un lierre qui le tenait entravé solidement. La tête qu'il fit fut si comique qu'Olam sentit son cœur s'alléger, et toute son appréhension s'évaporer. Oui, il était dans une situation critique, Soliya était en danger, mais entouré de ses amis, il était persuadé qu'il allait y arriver.
     - Écoute moi bien, sale petit feu-follet arrogant !- rugit la jeune fille - Aujourd'hui, j'ai eu mon comptant d'inquiétude, de tristesse et d'adrénaline pour les cent ans à venir, alors si tu t'avises une fois encore d'être complètement irresponsable, je te donne en pâture à des plantes carnivores ! Et depuis quand il faut un mot de passe, bon sang !
    Altar garda le silence un long moment, et Olam craint un instant qu'il ne les fasse profiter d'une de ses piques provocantes dont il avait le secret. Mais il dut sûrement se rendre compte, et avec justesse, que Mikal était tout à fait sérieuse, et que l'avenir de ses membres étaient en jeu. Il se contenta de tourner son regard vers eux.
    - Euuuh, à l'aide ? C'est là que vous êtes censés vous précipiter à mon secours et ceinturer la foldingue ici présente, normalement.
    Ah, finalement, il s'était trompé, Altar n'avait visiblement aucun instinct de préservation… Lilith attrapa Mikal par les épaules, elle qui se précipitait vers le jeune homme et Elio donna une taloche sur la tête de son ami en lui faisant les gros yeux. La relation qu'entretenaient les deux garçons était visiblement celle d'une mère avec son fils...
     - Ça suffit, arrêtez tous ces enfantillages ! Ce n'est pas le moment de plaisanter, l'heure est grave ! - s'exclama Lilith, très sérieuse.
    Elio fronça les sourcils et croisa les bras, faisant saillir ses muscles impressionnants.
     - Ça n'aurait pas un quelconque rapport avec le Nid, votre situation de crise ? Parce que je voulais aller me renseigner à la Tour mais c’était sans compter Altar qui m'a filé entre les doigts pour venir se terrer ici.
    Altar, qui entre-temps s'était libéré, lui jeta un regard irrité.
     - Et j'ai sans doute sauvé ta pauvre carcasse ! C'est trop demander un peu de reconnaissance ? Olam se décida à intervenir quand il vit les prunelles de Lilith s'assombrirent dangereusement. Ils étaient tous les quatre jeunes et inexpérimentés, et par conséquent se contrôlaient mal. Le climat de tension qui régnait depuis l'alerte n'était en aucun cas propice à la sérénité.
     - Soliya à été enlevée par des humains.
    L'annonce simple, courte et efficace mais sans la moindre once de tact d'Olam résonna dans le silence. Altar tourna vivement la tête vers lui, les yeux exorbités tandis que les bras d'Elio se relâchaient le long de son corps et que sa mâchoire se décrochait et au vu de leur réaction, Olam ressentit une pointe de culpabilité. Pourtant, il se raisonna, il savait que des paroles futiles n'auraient fait que gâcher un temps précieux.
    Elio se ressaisit le premier, et enveloppa Olam dans une véritable étreinte d'ours qui fit naître un nœud dans la gorge du jeune homme. Le soutien que ses amis lui apportaient sans compter le bouleversait. Le géant se recula, le regard noyé.
     - Par la Tour, Olam, je ne sais pas quoi te dire à part que je suis sincèrement désolé. Que puis-je faire pour t'aider ?
    Le jeune Élémentaire d'Eau eut un petit rire tremblant et pressa ses paumes contre ses paupières dans le vain espoir de contenir des larmes brûlantes. Il ne pourrait jamais avoir les mots justes pour exprimer la profondeur de l'affection et de la reconnaissance qu'il éprouvait envers ses compagnons.
     - Les humains… Encore et toujours ces humains ! - gronda Altar, la voix rendue rauque par la fureur.
    Olam se tourna vers lui, et quand il vit son ami, il sentit un frisson glacé dévaler son échine. Le jeune homme était tendu comme un arc, ses lèvres retroussées sur ses dents, ses poings serrés et des étincelles parcouraient ses bras minces.
     - Ça ne leur a pas suffit tous les malheurs qu'ils nous ont déjà causé ? Non, maintenant ils s'en prennent à une innocente, à une amie ?
    Sous leurs regards stupéfaits, les étincelles devinrent flammes agressives qui dansèrent sur sa peau, allumant sur son épiderme des reflets rougeoyants qui lui donnèrent un air maléfique.
     - Ils ne méritent pas notre amour ! Ils ne méritent même pas d'exister ! Je.Vais.Les.TUER !
    Sa phrase se termina sur un cri, les flammes s’élevèrent un peu plus et… une trombe d'eau s'abattit brusquement sur lui, le surprenant tellement qu'il tomba à la renverse, les fesses dans la boue qui venait de se former. Altar leva vers Olam un regard blessé, mais celui-ci ne se laissa pas émouvoir. Il avait été profondément choqué par les propos de son ami, et il était hors de question qu'il le laisse s'aventurer sur la voie dangereuse qu'était la haine.
     - Garde ton sang-froid, Altar ! -le tança sévèrement le jeune homme- Je peux comprendre ta colère, j'éprouve moi-même une compréhensible rancœur à leur égard, mais il y a des limites à ne pas dépasser ! Souhaiter la mort d'un être vivant ne te ressemble pas !
    Altar ouvrit la bouche dans le but de se justifier, mais Olam dégageait à cet instant une telle aura d'autorité courroucée qu'il trouva plus sage de s'abstenir.
     - Excuse-toi, Altar. Tu nous as fait à tous très peur.
    La voix d'Elio était douce et calme, mais elle était d'une fermeté absolue. Il savait à quel point son ami pouvait partir dans des crises dévastatrices, et il refusait de le laisser se consumer ainsi. Les deux jeunes hommes étaient si proches qu'Altar ne regimba pas une seconde, mais baissa la tête, honteux de son éclat.
     - Je vous demande pardon. Mes mots ont dépassé mes pensées.
    Lilith poussa un léger soupir, et passa délicatement ses doigts dans les cheveux rouges de l’Élémentaire de Feu.
     - C'est oublié, Altar.
    Et pour appuyer cette déclaration, Mikal lui tendit une main qu'il saisit pour se relever. Ils se dévisagèrent tous les cinq durant de longues secondes, jusqu'à ce qu'un sourire identique éclaire leur visage, signe que tout était pardonné.
     - Olam, je crois que tu avais quelque chose à nous demander, non ?
    La question de Mikal était légitime, mais il fut gêné par le faux air innocent qu'elle présentait. Il était persuadé que les filles savaient pertinemment sa requête future, et il détestait être si prévisible. Il ne voulait pas que ses amis croient qu'il utilisait leurs liens pour les pousser à l'aider dans le voyage qu'il préparait. Il poussa un profond soupir et décida de faire taire toutes les appréhensions qui trottaient dans son esprit.
     - Je vais partir à la poursuite de Soliya. Et… - il inspira- et je voulais savoir si vous seriez prêts à m'accompagner.
    Sans surprise, ce fut Mikal qui rompit la première le silence.
     - Bien entendu que je vais t'accompagner ! C'est même limite insultant que tu me poses la question. Je t'aime, j'aime Soliya, Soliya est en danger, on sauve Soliya ! Plus simple, on ne peut pas.
    Olam rit doucement en secouant la tête.
     - Ce n'est pas si simple, ma douce. Je vous demande de sortir de la sécurité de la Citadelle, de voyager dans un monde inconnu, d'aller enlever Soliya d'entre les humains ! Ça n'a rien d'une balade de santé.
    Elle planta ses yeux rose pâle dans les siens, et son visage devint grave.
     - J'en suis tout à fait consciente, tu sais. Mais tu crois vraiment que mon propre confort ou ma peur vont me freiner pour secourir quelqu'un que j'aime ?
    Il ne trouva rien à répliquer à ça, alors il hocha la tête avec gratitude dans sa direction.
     - J'en suis aussi et pas uniquement parce que je veux garder un œil sur Mikal, mais aussi et surtout parce que tu es mon ami, et que je ne supporte pas que ta moitié te soit enlevée.-annonça Lilith.
    Olam lui adressa un sourire lumineux, ému par sa sincérité. Elio s’avança à son tour et planta ses yeux bicolores dans les siens.
     - Devine ma réponse !
    Olam ne put s'empêcher de fermer brièvement les paupières, sentant le poids qui pesait sur ses épaules s'alléger à chaque démonstration de loyauté de ses compagnons.
     - Merci Elio. - chuchota t-il.
     - Tu aurais fait pareil pour chacun d'entre nous.
    Il avait raison, Olam était prêt à faire n'importe quoi pour le bonheur de ceux qu'il aimait. Il ne restait plus qu'une personne qui n'avait pas donné son accord, alors ils se tournèrent tous vers Altar, qui était en retrait. Un air sombre planait sur ses traits habituellement égayés par une perpétuelle malice.
     - Je viens avec vous, ça c'est sûr, mais… - il se mordilla la lèvre- j’apprécierai d'avoir des réponses à mes questions tout d'abord.
    Cela ne dérangeait pas l’Élémentaire d'Eau, au contraire il était rassuré de savoir qu'ils seraient conscients de tous les risques qu'ils encouraient avant de partir.
     - Je t'écoute.
     - Déjà, pourquoi nous et pas des Gardiens ?
    Pour Olam, cette question était des plus légitimes et ne lui posait aucun problème.
     - Parce qu'Eliya a refusé leur participation.
    Les quatre jeunes Éclos eurent la même expression effarée.
     - Mais pourquoi Eliya refuserait l'assistance des Gardiens pour sauver Soliya ? Il… - Mikal s'interrompit, comme si ses propres pensées l'horrifiaient- il ne veut pas la secourir ?!
     - Non, bien sûr que non ! - s'exclama précipitamment Olam- Je me suis mal exprimé ! Notre doyen veut les Gardiens pour assurer la protection de la Citadelle.
    Altar croisa les bras, la mine revêche.
     - Donc il envoie de jeunes Éclos inexpérimentés la délivrer, sachant qu'elle est retenue captive par l'espèce qui nous a tant fait souffrir par le passé.
    Lilith secoua la tête.
     - Je pense que c'est plus compliqué que ça. Réfléchissez, des humains nous ont trouvés, alors d'autres pourraient très bien le faire. C'est logique de vouloir protéger la ville.
     - Je suis d'accord avec toi, mais pourquoi nous ? - demanda Elio- Il y a d'autres Élémentaires plus aptes à faire ce grand périple, sans pour autant qu'ils soient des Gardiens. Non que je me défile, je veux juste comprendre.
    Olam se racla la gorge.
     - J'ai insisté pour partir à sa recherche, et Eliya m'a conseillé de choisir mes compagnons, c'est aussi simple que ça.
     - Attends une minute…- reprit Mikal- Tu es en train de dire que si tu ne t'étais pas obstiné, Soliya aurait été livrée à elle-même ?
    Cette fois, Olam ne répondit pas, mais pinça les lèvres de contrariété. Sa dispute avec Eliya était encore trop fraîche dans son esprit pour qu'il puisse en parler calmement, sans ternir la réputation de l'Ancien.
     - Eh bah, c'est rassurant de voir la solidarité qui règne dans la Cité… -marmonna Altar.
     - Eliya a accepté que nous partions à sa recherche, alors je m'en contente et m'en réjouis. Qu'en est-il de toi ? - répliqua Elio, mouchant ainsi la mauvaise langue de son ami.
    Olam adressa un coup d’œil reconnaissant au géant qui lui renvoya un haussement d'épaules. Il avait pris l'habitude depuis son Éclosion de canaliser l'énergie et les émotions bouillonnantes du jeune homme.
     - Bref, quand partons-nous ?
    Le changement de sujet de Mikal fut accueilli avec soulagement, et Olam s'empressa d'y répondre.
     - Il nous faut encore préparer nos bagages, voir une dernière fois Eliya et ensuite nous pourrons nous mettre en route.
    Altar eut une moue dubitative.
     - Non que je mette en doute ton amour pour Soliya, mais cela fait déjà environ deux heures que l'alerte a retentit… Les humains ont dû bien avancer, et tu veux encore retarder notre départ ? Tu n'as pas peur qu'ils arrivent à leur destination et que ce soit trop tard ? Après tout, peut-être qu'ils veulent faire une offrande sacrificielle ou un truc macabre dans le même acabit.
    Elio asséna une tape énergique à l'arrière du crâne de l'inconscient, qui eut l'air perdu sous le triple faisceau de regards réprobateurs que lui adressaient ses congénères. Olam, quant à lui, tentait de réprimer la crise de panique que provoquait la déclaration d'Altar.
     - Ne sois pas stupide, les humains n'ont jamais peuplé les Terres Sauvages ! Ils ont dû faire un très long périple pour arriver jusqu'ici. - déclara Lilith, adressant un regard rassurant à Olam.
     - Bon, mais peut-être qu'ils viennent de Féliann ?
    Mikal eut un rire méprisant tout en toisant de sa petite hauteur le jeune Éclos.
     - Tu n'as donc jamais écouté nos leçons ? Féliann, comme son nom l'indique, est le pays des Félls ! Bon courage pour trouver des humains autrement qu'en steaks ! C'est Alribor le royaume des humains, A-L-R-I-B-O-R ! Allez, répète après moi !
     - Par les vents, ça suffit tous les deux ! - s'exclama Lilith, exaspérée- Pour répondre à ta question, Altar, je pense que c'est le but d'Olam que les kidnappeurs de Soliya arrivent à destination. N'ai-je pas raison ?
    Elle se tourna vers le jeune homme, et il fut stupéfait qu'elle ait deviné ses intentions. Connaissait-elle la moindre de ses pensées ?
     - Effectivement, j'aimerais suivre Soliya, mais de loin.
     - Mais pourquoi ? -questionna Elio, perplexe.
     - Parce que j'ai l'intuition qu'il faut que nous laissions les événements suivre leur cours. Je ne peux pas rationnellement l'expliquer, mais il y a bien une raison à ce que l'on nous ait débusqués maintenant et pas avant, non ?
    Elio haussa les épaules.
     - De toute façon, c'est toi le chef et puis, Soliya est ton complément. Tu sais instinctivement ce qui est bon pour elle, alors je suppose qu'on peut se fier à toi les yeux fermés en ce qui la concerne. Mais elle doit être terrifiée, en tout cas, je le serais à sa place. Je ne dis pas ça pour te culpabiliser ni te faire changer d'avis, je veux juste être sûr que tu connaisses toutes les implications de ton choix.
    Olam serra les mâchoires.
     - Je sais qu'elle souffre, qu'elle a peur, mais… Je sais aussi que c'est la personne la plus forte et courageuse de mon entourage. Elle est capable d'affronter cette épreuve -affirma t-il avec force.
     - Ça me suffit.
    Il y eut un court silence où chacun fut confronté à ses propres questionnements.
     - Et comment comptes-tu suivre leurs traces ? - demanda Altar.
     - Pour ça, j'ai besoin de Mikal.
    La jeune fille sursauta, surprise.
     - De moi ? Mais pourquoi, je.. - elle s'interrompit- Ah, je vois. Tu souhaites que je les piste.
    Il hocha la tête en souriant face à la visible excitation de son amie. Les Élémentaires de Terre avaient de nombreuses capacités, dont la principale était, bien entendu, de maîtriser leur élément, mais certains d'entre eux pouvaient posséder d'autres dons dérivés de leur pouvoir premier. Mikal avaient ainsi la possibilité de « lire » la mémoire de la terre, et ainsi traquer n'importe qui, n'importe où. Talent qui était décidément fort pratique dans leur situation.
     - Je veux bien, mais ça ne va pas être aisé tous les jours, je vous préviens ! Il va falloir que je trie constamment l'essence des différents êtres vivants qui sont passés sur leur piste, ce qui va demander concentration et énergie.
     - J'ai confiance en toi.
    Olam le pensait du fond du cœur, ses amis étaient tous remplis de talents et de puissance. Le fait de savoir qu'ils acceptaient tous les quatre de se lancer dans l'aventure retirait de ses épaules un immense fardeau, car il savait qu'il pouvait compter sur eux sans condition ni limite.
     - Donc… -reprit-il- on est d'accord ? On part à la recherche de Soliya ?
    Ils se tournèrent vers lui, sérieux mais souriants.
     - On vient avec toi – affirma Lilith.
     - Pour te soutenir et t'épauler – poursuivit Elio.
     - Et surtout pour sauver Soliya – ajouta Mikal.
     - Mais aussi pour cramer deux ou trois humains – conclut Altar, qui eut droit à des regards consternés.
    Olam se racla la gorge et se retint de pleurer de soulagement et de reconnaissance.
    Il partait.
    Il partait sauver la femme qu'il aimait, et à cette idée, son cœur se remplissait d'exaltation.
    
    
؏

    Eliya était debout, les yeux fermés, les bras en croix, offert au vent. Il se tenait tout au bord du parapet de la Tour, et il n'avait pas besoin d'ouvrir les paupières pour voir le panorama qui s'offrait à perte de vue.
    Il le connaissait par cœur. Il venait si souvent.
    S'il se tournait légèrement vers la droite, il pouvait distinguer les Eragkos de la jungle d'Imass, et caché derrière elle, le pré des Voraces. Encore plus loin, la pointe de montagnes qui composaient la Grande Cicatrice. S'il se tournait imperceptiblement vers la gauche, il pouvait observer la savane des Chimères, et à ses côtés le terrible désert d'Otull.
    Il soupira.
    Tout en haut de la Tour, il faisait froid, mais Eliya ne s'en souciait pas. Cela faisait longtemps qu'il était ici, le ciel commençait à se parer de reflets de feu, mais il patientait. Il attendait la réponse à l'annonce qu'il avait soufflée à la brise, et attendait son retour porteur de mots d'un autre. Non, d'une autre.
    Il soupira encore. Cela faisait si longtemps qu'il était là…
    Soudain, un sirocco violent l'entoura et le déstabilisa l’espace d'un instant, le faisant vaciller dangereusement, mais l'Ancien était bien trop vieux pour succomber à la fourberie de son élément. Le vent brûlant chuchota à son oreille, et Eliya poussa un grognement.
     - Je sais que tu avais raison, pas la peine de me le rappeler ! J'espérais seulement que ce ne soit pas elle…
    Il se passa quelques minutes, mais le vent vint lui rapporter fidèlement la réponse de son interlocutrice. Les sourcils du doyen se froncèrent d'agacement.
     - Peut-être que tout se déroule comme prévu, mais ne dis pas que c'est bien ! Elle se retrouve livrée aux humains par ma faute, parce que je les ai laissés pénétrer dans la Citadelle. A cette heure-ci , ils doivent être encore en train de se congratuler de leur bonne fortune ! Et tu n'es pas innocente non plus, c'est toi qui as donné notre emplacement au chasseur de prime !
    Cette fois-ci, l'air gifla Eliya au visage. Ses lèvres devinrent une ligne sévère.
     - Je sais, je suis désolé. Et oui, ils sont tous les cinq partis à sa recherche, comme tu l'avais prédit. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de les dissuader.
     Après un moment, l'élément revint avec force et la colère de l'Ancien laissa la place à la culpabilité.
     - Je sais que c'est nécessaire ! Mais je les ai tous envoyé dans la gueule du loup, en connaissance de cause. C'est comme si je les sacrifiais ! Même pas comme si, je les sacrifie !
    La brise l'enveloppa, réconfortante, et il ouvrit les yeux.
     - Bien sûr qu'ils sont forts, surtout elle. Cela n'empêche pas qu'ils vont souffrir terriblement, peut-être même s'éteindre par ma faute et cette idée me détruit. Et je me demande égoïstement... je me demande s'ils pourront un jour me pardonner tout le mal que je leur ai causé.
    Et cette fois quand le vent dansa autour de lui, il ne prêta pas attention à sa réponse, mais garda les yeux fixés devant lui. Fixés sur les cinq petites silhouettes qu'il pouvait discerner, sur les cinq petites silhouettes qui sortaient de la Citadelle.
    Alors que des larmes amères dévalaient sur ses joues, il leur envoya un doux zéphyr.
    
Je vous demande pardon.

Texte publié par Aileba, 6 décembre 2016 à 15h16
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