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Ephéméride d'Alribor : Menace ennemie
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Tome 1, Prologue Tome 1, Prologue
Je flotte dans le noir complet. C'est une obscurité apaisante, des ténèbres chaleureuses. Mes genoux sont coincés sous mon menton et mes bras entourent mes jambes. Ma tempe repose sur la mince paroi de mon Œuf et je somnole tout doucement.
    Ces derniers temps, je suis de plus en plus à l'étroit.
    Je sais ce que cela signifie, mon savoir millénaire me le souffle. Bientôt, je vais éclore, très bientôt, j'évoluerai parmi les miens.
    Un staccato de pas sur le sol de granit.
    Je me redresse vivement, tout à fait éveillée désormais et je tends l'oreille. Un sourire fleurit sur mes lèvres quand je reconnais la voix grave d'Eliya, le doyen de notre peuple. Il a pris l'habitude de me parler alors que je n'étais encore qu'un embryon, et j'ai appris à savourer les longs monologues dont il m'abreuve. J'aime le rythme tonique du flot de ses mots et les vibrations puissantes de son rire. J'aime sa manière précise et digne de me raconter tous les arcanes de notre communauté, sa douce ironie quand il aborde les conflits stupides de l'Au-Dehors, son plaisir évident d'instruire ses semblables.
    De tous les Anciens consacrés à prendre soin des Œufs, c'est lui que je préfère.
    Aujourd'hui, il me donne des nouvelles d'Olam, un Élémentaire d'eau, qui a éclos la semaine dernière. J'apprécie énormément son initiative, parce qu'Olam était niché juste à mes côtés. C'est avec lui que pour la première fois, j'ai réussi à communiquer. Bien sûr, cloîtré dans un Œuf, les formes de communication ne sont pas très élaborées... Mais il suffit d'une vibration, d'une variation de la température ou d'une légère pression pour faire passer une idée simple. Olam et moi ne nous en sommes pas privés.
    J'ai éprouvé une intense émotion la première fois que j'ai entendu le son de sa voix et senti la chaleur de sa paume posée sur ma coquille. Percevoir pour la première fois la présence d'un être cher est vraiment quelque chose d'extraordinaire et d'inoubliable.
    Eliya m'a expliqué qu'il n'est pas rare que deux Œufs contraires soient créés au même instant. C'est le cas d'Olam et moi, nous sommes complémentaires. Lui, l'eau et moi, le feu.
    Mes paupières se font de plus en plus lourdes, les phrases du patriarche deviennent incompréhensibles, ses intonations énergiques me bercent. Je ne tarde pas à me sentir glisser dans un profond sommeil.

    
    
؏

    
     J'ouvre les yeux dans un brusque sursaut. Je ne me suis jamais réveillée aussi violemment, avec cette impression de danger qui plane autour de moi. Ma poitrine est oppressée, mon cœur bat sur un tempo effréné, j'ai la chair de poule. Un mauvais pressentiment m'étreint.
    Des hommes qui chuchotent.
    Eliya n'est plus là, il n'y a pas cette pulsation particulière que je ressens lorsqu'un Élémentaire est proche. Un doute affreux m'envahit : et si ces intrus ne faisaient pas partie de mon peuple ? Mes yeux s'écarquillent de surprise et de terreur.
    Je les entends distinctement maintenant, ils s'approchent de nous.
    Je ne comprends pas comment ils ont pu pénétrer dans le lieu le plus sacré, et protégé, des Élémentaires. Seuls les Anciens consacrés ont la permission d'entrer dans le Nid.
    La présence d'indésirables me fait peur, que sont devenus mes frères Gardiens ? Quels sinistres projets ourdissent-ils ? Comment me défendre, comment défendre les autres ? Comment donner l'alerte ?
    Soudain, ma respiration est coupée par une terrible douleur. Je pousse un gémissement proche du sanglot. Les misérables viennent de toucher un des Œufs, et je perçois comme un violent uppercut le désespoir de mon congénère.
    Je ferme les yeux en tentant de juguler ma peur. Il faut que j'agisse, que je les protège ! Il faut que je fasse quelque chose, n'importe quoi ! Des voix se mettent à murmurer dans mon esprit, des souvenirs qui ne m'appartiennent pas m'envahissent… La mémoire de mes ancêtres me dicte la conduite à suivre. J'expire lentement, je leur fais confiance. Je me laisse guider par le savoir d'aïeuls qui vivent encore en moi.
    Je pose mes mains bien à plat contre la mince membrane qui m’emprisonne et j'attise le feu qui brûle au creux de mon estomac. Je sais qu'il est bien trop tôt pour contrôler mes capacités, que je tente de courir avant même de savoir marcher, que le verrou qui entrave mes dons est indestructible tant que je ne suis pas sortie de ma coquille... Mais cela n'a aucune importance.
    Le vecteur de ma volonté est l'amour que je porte à mes semblables.
    Puissant.
    Infini.
    Mes mains s'embrasent et transmettent leur intense chaleur à mon Œuf. Les ténèbres sont chassées par une lumière chatoyante, la paroi ovoïde qui m'entoure se met à rougeoyer.
    J'attire leur attention.
    Une souffrance atroce me déchire les entrailles quand ils osent profaner mon Œuf, mais ce n'est rien comparé à l'immense détresse qui m'envahit quand je réalise qu'ils me volent du Nid, qu'ils m'arrachent à mon peuple.
    Je ne regrette pas mon sacrifice, mais...
    J'ai peur.
    J'ai mal.
    J'ai froid aussi.
    Terriblement froid.

Texte publié par Aileba, 10 octobre 2016 à 19h58
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