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Tome 3, Chapitre 4 « La forge d'âmes » Tome 3, Chapitre 4
Nicolas est aux anges : l'Emissaire Leroy a ramené ce matin un tout nouveau Faucheur. Avec cette arrivée, Armand lui a promis de lui faire découvrir la forge d'âmes du bureau de l'Ouest. Il a même parlé de tester ses capacités ! Nicolas n'ose espérer qu'on le laissera donner forme à la faux d'apprentissage qu'ils vont devoir créer. Il aimerait tant pouvoir prouver à ses collègues qu'il vaut bien mieux qu'un simple poste d'Assistant !
    
    Sur les talons de son chef, Nicolas s'aventure tout au fond du grand hall d'entrée de l'Ordre. Il y découvre pour la première fois la section d'accueil des Faucheurs tout juste éveillés. Et pourtant, plus il détaille le long couloir rythmé par les larges vitres donnant sur les chambres d'accueil, plus le lieu lui semble familier. Il est pourtant très différent de celui qu'il a connu au bureau du Nord, où l'entrée se faisait directement par le bureau de l'Administratif de service.
    
    Nicolas rumine cette sensation de déjà-vu le temps nécessaire à son responsable pour récupérer les informations indispensables et le coffret en bois blanc qu'ils sont venus chercher. Alors ils reprennent le chemin de leur département. Arrivés dans leur domaine, son chef fait signe à Nicolas de le suivre tout au fond du couloir, vers la fameuse pièce dans laquelle il rêve de pouvoir travailler un jour : la forge d'âmes. Nicolas sent l'excitation monter et son cœur s'accélérer.
    
    - Ta lettre de recommandation disait que tu as un talent certain pour la forge. J'aimerais voir ça.
    
    Nicolas est ravi. On va le laisser faire ses preuves, enfin ! Son sourire grimpe jusqu'à ses oreilles, ce qui amuse beaucoup Armand.
    
    Quand il pousse la porte de la pièce, Nicolas voudrait sourire plus largement encore mais il en est incapable. Il est comme un enfant s'invitant dans l'atelier du Père Noël ! Les grands plans de travail en bois blanc n'ont guère d'intérêt en vérité, mais il n'en est pas de même pour les murs et les hauts plafonds. Là où manuels antiques et parchemins en tous genres ne s'entassent pas, ce sont des faux finement réalisées, offertes au département par des Faucheurs à la retraite, qui s'exposent. Nicolas rêve du jour où il pourra se repaître de tout le savoir conservé entre ces murs mais, pour le moment, il doit se contenter de l'admirer.
    
    Quand son chef le tire de sa contemplation ébahie, Nicolas se sent rougir et bredouille une excuse en s'approchant de l'établi où l'attend le coffret blanc. Il doit se ressaisir, ce n'est vraiment pas le moment de se laisser distraire, au risque de faire une grosse bêtise. Nicolas inspire profondément et ferme les yeux pour retrouver son calme. Voilà, il est prêt !
    Il commence par jeter un œil au dossier du Faucheur. Pour une lame d'apprentissage, il n'a guère besoin d'informations, si ce n'est la taille et la corpulence du manieur. Ces données en tête, il peut se concentrer sur le coffret qui l'attend sagement. Avec précaution, Nicolas soulève le couvercle et fait glisser son contenu sur le plan de travail. La substance argentée et gélatineuse coule et tremblote avant de retrouver la forme de demi-sphère qu'elle prend toujours au repos. Nicolas s'est souvent demandé comment les Faucheurs de la section d'accueil s'y prennent pour extraire l'essence de leur faux aux nouveaux venus mais il n'est pas certain, en vérité, de vouloir connaître la réponse.
    
    Nicolas observe un moment les miroitements hypnotiques qui dansent à la surface de la matière, visualisant la forme et la taille de la lame qu'il va devoir en tirer. Puis il se lance. Avec une pointe d'appréhension, il effleure d'abord la surface avant d'y appliquer franchement les paumes de ses mains, prêt à se fermer aux échos de souvenirs qui ne manqueront pas de l'assaillir. L'essence brute est une matière dangereuse pour qui n'est pas préparé à la manipuler car les souvenirs qu'elle renferme peuvent facilement perdre les esprits insouciants. Mais Nicolas n'est pas de ceux-là. Il fredonne une berceuse tout en caressant la substance pour la façonner. Tous les Forgeurs ont leur petit truc pour rester fermé aux images, aux sons, aux sensations étrangères et, pour Nicolas, c'est cette berceuse.
    
    L'essence brute ne sait pas encore qu'elle n'appartient plus au monde des vivants. Il faut du temps et de la patience pour qu'un Forgeur lui fasse comprendre qu'elle fait désormais partie de l'univers des Faucheurs, lui inculque de quelle manière, sous quelle forme, elle sera utile à son propriétaire dans cette nouvelle vie. Lentement mais sûrement, Nicolas forge la lame, travaille sa courbe, affine son fil. Quand l'essence est enfin apaisée, prête à jouer son nouveau rôle, Nicolas s'écarte d'elle pour aller piocher, à la réserve dans un coin, le manche qui lui siéra le mieux. Quand il est satisfait de son choix, il s'en retourne vers l'établi pour le présenter à la nouvelle lame. Celle-ci a tellement hâte de rejoindre sa nouvelle vie qu'elle s'enchâsse au bois sans rechigner. Nicolas sourit : voilà qui promet un Faucheur des plus motivés !
    

Texte publié par Serenya, 12 juillet 2018 à 09h34
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