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Tome 1, Chapitre 8 « Le monsieur sous les cartons » Tome 1, Chapitre 8
Pauline est sagement installée dans sa chambre quand Maman rentre de sa réunion. Il fait déjà noir dehors et Pauline a eu toute l'après-midi pour repenser à ce qu'il s'est passé. Mais elle ne sait pas vraiment si croiser ce Nicolas était une bonne chose ou une mauvaise chose alors mieux vaut se taire !
    
    - Pauline ? Tu es là ?
    
    - Oui, Maman ! J'arrive !
    
    Pauline s'empresse de descendre les escaliers. Maman l'attend dans l'entrée. Elle n'a même pas enlevé son manteau... En la voyant arriver, Maman a un petit sourire avant de lui faire un bisou.
    
    - Va te changer, ma chérie. J'ai un contrat pour ce soir, tu vas m'accompagner.
    
    Pauline avait oublié qu'elle portait toujours sa robe bleue. Elle acquiesce et regrimpe aussi vite les marches pour vite enfiler sa tenue de travail. Elle est contente, non seulement elle va aller travailler avec Maman, mais en plus, si elle sort faucher, c'est qu'on va lui rendre sa faux ! Toute guillerette, Pauline rejoint Maman dans l'entrée et enfile manteau et besace avant de sautiller sur la petite allée du jardin qui court de la porte d'entrée au portillon.
    
    Il fait frais et sombre dehors mais Pauline s'en fiche. La lune est énorme aujourd'hui et teintée de rouge. On dirait qu'elle est en colère et qu'elle veut écrabouiller la ville sous elle ! Cette idée amuse beaucoup Pauline. A force de la dévisager, elle peut voir les petits yeux de la lune et ses sourcils froncés ! Quand elle rit, de petits nuages de vapeur s'échappent et s'envolent vers le ciel. Ça aussi, c'est amusant ! C'est pour cela que Pauline aime bien la nuit et le froid !
    
    Maman lui prend la main et l'entraîne dans les rues alentours. Elles vont vers le parc... Ce n'est pas bon ! L'Ordre et le bureau du méchant monsieur qui a sa faux sont de l'autre côté ! Pourquoi Maman ne prend-elle pas la bonne route ?
    
    - Maman, on va pas chercher ma faux avant ?
    
    Elle a un petit rire et secoue la tête.
    
    - Tu auras ta faux dans une semaine ma chérie. Je te l'ai expliqué hier : en attendant qu'on te la rende, tu vas nous regarder travailler Papa et moi, comme avant.
    
    - Ah...
    
    Pauline est déçue. Elle pensait travailler ce soir. Et puis c'est déjà long une journée sans rien faire. Ça va être comme ça pendant toute une semaine ? Pauline est déjà pressée que cette semaine soit finie !
    
    - Voilà, nous y sommes. C'est le monsieur là-bas.
    
    Pauline regarde autour d'elle. Dans le halo de lumière d'un réverbère, une forme bouge. Oh non ! Pas lui ! Pauline le connait bien, il traine toujours autour du parc. Il dort dans une montagne de cartons, il grogne comme un chien méchant et, en plus, il pue !
    
    - Mamaaaaan !
    
    Elle a mis tout son désarroi dans ce simple mot mais en l'entendant Maman fronce les sourcils et s'agenouille pour se mettre à sa hauteur. Oh, oh... Quand Maman fait ça, c'est qu'elle va lui expliquer quelque chose avec ce ton qu'on utilise pour les bébés. Pauline pousse un gros soupir : elle n'est plus un bébé !
    
    - Tu connais les règles, ma chérie. Un contrat est un contrat, peu importe de qui il s'agit. Toutes les âmes méritent d'être fauchées. Soit toujours gentille avec les pauvres âmes qui ont souffert durant leur vie et tu les soulageras. Tu as compris ?
    
    - Oui, Maman.
    
    N'empêche, elle n'a pas envie de l'approcher pour autant... Mais puisqu'elle n'a pas sa faux, elle pourra peut-être rester assez loin pour ne pas le sentir.
    
    Maman se relève et se remet en route. Quand elles approchent du cercle de lumière, Maman sort sa main droite de sous sa capeline noire et Pauline peut voir sa faux briller autour de son poignet. Elle a la classe, la faux de Maman ! Elle s'enroule le long de son bras et se finit en une longue pointe toute fine sur la paume de sa main et plus longue que ses doigts. Elle s'approche du tas de cartons et s'accroupit devant l'amas de tissus crasseux qui grommelle. Pauline grimace. Même du bord de la lumière, le vent lui apporte son odeur... Mais elle aime beaucoup regarder Maman travailler alors elle finit par s'avancer un peu plus, et encore un peu. Ça y est, elle l'entend ! Maman chantonne toujours une berceuse quand elle fauche. Elle est la douceur incarnée, même au travail ! C'est peut-être pour ça qu'elle a toujours des contrats d'âmes tourmentées... Quand elle sera grande, enfin aussi grande que Maman, Pauline voudrait lui ressembler ! Et pendant ce temps, accompagnant la mélodie de Maman, une vieille radio cachée sous les cartons crachote un chanson triste. C'est amusant, on dirait qu'elle fait exprès ! Doucement, la fine lame s'enfonce dans le torse du monsieur. Maman finit toujours de faucher avec sa main posée sur le cœur de sa cible. C'est sa faux qui est comme ça, pour l'enfoncer assez, il faut que le poignet soit contre le corps. C'est Maman qui a voulu que sa faux soit comme ça. Elle dit que les âmes ont moins peur de la faux si elles sentent qu'elles ne sont pas seules. Pauline n'a jamais vraiment compris ce que Maman voulait dire par là mais en même temps elle n'a pas encore fauché beaucoup d'âmes pour le moment...
    
    - Mary ?
    
    Tiens ? Il ne fait pas que grogner finalement ? Pauline est surprise mais déjà il ne respire plus. Elle ne saura jamais s'il savait dire autre chose ou pas...
    
    - Noooos-taaaaal-giiiiie
    
    Pauline sursaute avec le crachouillis du jingle. Maman aussi a été surprise, elle s'est relevée d'un coup. Dommage, c'était presque magique, sans ça.
    
    - Voilà qui est fait. Et si on rentrait faire un bon plat de lasagnes avant que Papa ne rentre ?
    
    Oh oui alors ! Pauline adore les lasagnes ! Plus encore que la lune en colère ou les nuages de vapeurs qui sortent de sa bouche !
    

Texte publié par Serenya, 6 octobre 2016 à 16h32
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