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Tome 9, Chapitre 4 « Quatre Guerres : Mythologie » Tome 9, Chapitre 4
— Que fais-tu encore là ?
    La voix le prendrait presque au dépourvu s’il était encore capable d’écoute, mais un obus la lui a dérobée. Assis sur le parquet nu, il serre contre lui son fusil. En contrebas, les armes se sont tues ; plus personne n’est là pour les actionner.
    Sur le mur, une ombre dévore la lumière, gigantesque. Bientôt, elle engloutira toute la pièce.
    Parfois, on fait des erreurs, d’autres fois, pas. Mais dans tous les cas, on paie, cher.
    Il relève la tête et contemple la ténèbre qui a pris possession de la pièce. Dans le fond, un pianiste fou l’observe, un sourire en coin ; il savoure l’ironie de l’instant. Ses doigts courent sur le clavier au rythme du staccato d’une mitrailleuse imaginaire qui claquerait au-dehors. Chacune de ses frappes est semblable à une balle qui pénétrerait sa chair encore trop ferme.
    — Souviens-toi ! semble-t-il lui murmurer.
    Mais l’autre ne l’entend pas, mais le pourrait-il qu’il ne l’écouterait pas. Au contraire, il serre un peu plus contre sa poitrine son fusil et ferme les yeux.
    — Tu viens, mon garçon ?
    Le géant est là. Il se tient à quelques pas de lui, tout sourire. Mais il hésite ; il est si impressionnant avec sa taille vertigineuse. Au sommet de son crâne, il a posé un bonnet rose qui lui donne des airs de bébé joufflu. À côté de lui se dresse un loup au pelage fauve. Il veut le caresser, mais la bête grogne et il renonce. Le géant éclate alors de rire, un rire tonitruant, puis gronde l’animal qui se couche à ses pieds. Pour marquer sa désapprobation, il souffle dans la neige et la transforme en brouillard.
    — N’as-tu pas honte, Fenrir ? le sermonne le géant, comme il se penche vers lui.
    Mais ce dernier demeure couché et détourne la tête. En face de lui, le garçonnet hésite toujours.
    — Laissons donc ce grincheux et partons ! La tempête se lève et je ne désire pas croiser le fer avec mon frère, laisse soudain tomber le géant.
    Mais le garçon secoue la tête, quelque chose le retient encore.
    Les yeux grands ouverts, il observe le ciel ; une fée a soufflé dessus un peu de poussière et il s’est paré des couleurs de l’hiver.
    — Tu perds ton temps avec lui, Ymir. Il n’est pas encore prêt, grogne le loup Fenrir, le museau couché dans la neige.
    Le géant hausse les épaules, puis il se penche vers le garçon dont les yeux n’ont pas quitté le spectacle céleste.
    — Tiens, lui murmure-t-il tandis qu’il lui remet une minuscule bourse de cuir.
    La figure tournée vers lui, l’enfant le dévisage plein d’incompréhension. Mais déjà le géant et le loup s’effacent et bientôt il est de nouveau seul au milieu des sapins blancs.
    Quelqu’un éclate de rire ; il serre toujours le fusil entre ses mains. Sur le mur, l’ombre a encore grandi ; elle occupe presque la totalité de la surface. Le pianiste répand encore ses notes, inlassable, infatigable ; il devine au mouvement saccadé de ses doigts qui chevauchent le clavier.
    — Alors ! Que vas-tu faire ? siffle-t-il entre ses dents. Baldr.
    Mais Baldr ne l’entend pas et son regard se tourne vers le ciel couleur poussière. Dehors, les armes se sont tus, la poudre a fini de parler et les obus ne sont plus, les hommes non plus. Le fusil à terre, il ouvre sa veste et en tire une boîte à ouvrage. À l’intérieur repose une balle, la dernière, taillée dans le bois d’un gui millénaire.
    Le géant est de nouveau présent ; son ombre a englouti la pièce et Fenrir se tient prêt à courir ; le coup est parti, sans un bruit.

Texte publié par Diogene, 4 janvier 2019 à 21h46
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