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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9
Le prénommé Skadros prit un air offensé.
     — Eh mon gars, c'est à cause de toi que je suis dans cet état. Tu devais assurer mes arrières !
     — Oh, ça va ! J'ai eu besoin d'aller pisser.
     Azeo profita que les deux hommes ne s’intéressaient plus à elle et fit glisser lentement sa main le long de son corps, jusque dans son dos. Ses doigts venaient de toucher le manche d'un de ses couteaux de lancer lorsque le nouveau venu posa la pointe de l'épée contre sa jugulaire. Il fit un petit bruit de langue, désapprobateur.
     — Oh non, ma jolie. Je te déconseille de faire ça...
     — Pourquoi ? Sinon vous me tuerez ?
     L'homme pencha la tête sur le côté, comme plongé dans une profonde réflexion.
     — Je ne sais pas. Je n'ai pas envie de mettre fin à la vie d'une si jolie créature.
     Toutefois, l'éclat de plaisir qui brillait dans ses yeux trahissait son empressement.
     Le regard de la jeune femme se posait sur tout ce qui l'entourait, à la recherche d'une aide inespéré. Elle avait connu pire et pensait être assez rapide pour atteindre l'homme avant qu'il ne lui afflige une blessure mortelle. Mais, si la blessure en elle-même ne la tuait pas, ce serait la forêt qui s'en chargerait. Il était impossible que la plaie ne s'infecte pas dans un tel milieu. Toutefois, si elle ne faisait rien, elle était sûre de mourir. Aucun moyen pour que ce type la laisse en vie. Décidant de tenter le tout pour le tout, Azeo reporta son regard sur l'homme. Tout d'abord, le distraire.
     — Je peux au moins connaitre le nom de celui qui veut me tuer ?
     Il abaissa légèrement son arme, ce qu'avait espéré la jeune femme, puis partie dans un rire gras. Il se calma enfin, après un petit moment.
     — Tu peux m'appeler...
     L'homme qu'elle avait attaqué poussa un soupir excédé.
     — Tu crois vraiment que c'est le moment de faire la causette ?
     Soudain, elle capta un éclat de lumière fugace dans le dos du nouveau venu. Elle n’eut pas le temps de s’interroger sur son origine. L'homme s'écroula à ses pieds, une flèche plantée à travers la gorge. D’instinct Azeo s’aplatit le plus près possible des branches qui faisaient office de sol, réduisant ainsi au maximum les zones que pourrait toucher l'archer embusqué. L'homme derrière elle murmura un nombre impressionnant de jurons colorés, dont quelque un que la jeune femme n'avait jamais entendu, avant de se taire. Elle se promit de les ressortir à l'occasion.
     Une voie familière s'éleva d'où était provenue la flèche.
     — Besoin d'un coup de main ?
     Soulagé, elle se releva d'un bon. Sa tête se mit alors à tourner violemment. Un bras se glissa autour de sa taille et la retint fermement.
     — Hey ! Reste avec nous ?
     — Nous ?
     Elle distingua le visage soucieux d'Astrid, mais tout le reste était encore trouble. Elle lui sourit tout de même et s’écarta de la personne qui la maintenait debout. Ses jambes flageolèrent un instant. Azeo leur ordonna mentalement de ne pas la lâcher maintenant et elles semblèrent lui obéir. La chef des chevaliers poussa un long sifflement, semblable à celui d'un oiseau des montagnes. Aussitôt plusieurs soldats apparurent d'un peu partout. Voilà qui expliquait le "nous".
     — Comment m'avez-vous trouvé ?
     — On ne le savait pas. On suivait ce type en espérant qu'il nous mène à leur camp, mais à la place on est tombé sur toi.
     Tout en parlant la chevalière avait donné un violent coup de pied dans le corps sans vie. Ce dernier, en équilibre précaire sur plusieurs branches bascula dans le vide et dégringola jusqu'au sol, où il produisit un bruit d’éclaboussure.
     — Pas trop déçus, j'espère.
     — Non. Par contre, j'aimerais bien que tu m'expliques ce que tu fabriques ici. Ce n'est pas vraiment l'endroit le plus charment parmi les Royaumes.
     — Et bien...
     Azeo allait devoir lui avouer vouloir l'aider. Il n'y avait pas de honte à faire une telle chose, mais elle avait du mal à admettre vouloir faire quelque chose pour quelqu'un d'autre, et ce sans en tirer le moindre avantage. Elle n'eut toutefois pas à prononcer ces paroles sur le champ. La chevalière repris la parole.
     — Tu me raconteras ça plus tard. Pour le moment allons à notre camp.
     Astrid avait passé son bras sur ses épaules et commença à marcher, l'entrainant avec elle. Elles n'avaient pas fait trois pas que Skadros les interpelait.
     — Sale garce ! Tu vas pas me laisser comme ça ? Tu m'avais promis une fin rapide !
     La jeune femme poussa un profond soupir et se dégagea de l’étreinte de la chevalière. Elle adopta une expression grave sur le visage.
     — Astrid, ça t’embête de me laisser finir ça ?
     Elle désigna l'homme, dans son dos, à l'aide de son pouce.
     — Aucun problème. Je peux demander à mes hommes de le faire si tu veux.
     — Non, c'est à moi de le faire. J'ai donné ma parole.
     Enfin, ce n'est pas comme si elle valait grand-chose se dit la jeune femme. Ce n'était pas vraiment dans ces habitudes de tenir ces promesses. Mais, pour une certaine raison, elle se sentait désolée pour cet homme et le sort peu enviable qu'il aurait si elle le laissait ainsi.
     — Indiques-moi juste où est votre campement et je vous y rejoindrais dès que j'en aurais fini.
    La chef des chevaliers eu l'air sceptique, mais lui décrivit le chemin pour parvenir jusqu’à l'endroit où ils avaient établi leur base. Elle partit alors, accompagné des autres chevaliers, laissant Azeo et Skadros seuls. Elle s’approcha de lui et s'agenouilla à ses côtés. Elle leva les yeux vers le ciel, mais ne vis rien d'autre que des feuilles. Quel dommage de mourir sans pouvoir observer le ciel une dernière fois. L'homme la tira de sa réflexion.
     — Avant que tu ne mettes fin à mes jours, permet moi de me libérer de tout ce qui ronge mon être.
     En entendant cette remarque, digne d'un fervent croyant de Fraya, la déesse de la vérité, de la justice et du pardon, elle leva un sourcil, amusé. Il se dépêcha de s'expliquer.
     — Ce n'est pas parce que j'exerce le métier de mercenaire que je n'ai pas de cœur. Sache que je n'ai jamais tué d'enfants ou de femme. Ça, il en était hors de question.
     — Pourquoi vous croirai-je ?
     — Rien ne vous y oblige. Mais à quoi ça m’avancerait de vous mentir ? Je vais mourir.
     L'homme continua sa tirade, évoquant chaque crime qu'il avait commis et demandant parfois pardon pour des meurtres qu'il aurait pu, selon lui, éviter. Elle avait bien envie de lui dire de se taire et de lui tordre le cou immédiatement, mais elle le laissa poursuivre. Pour expliquer cette étrange élans de gentillesse et se dit qu'elle aimerait que l'on fasse la même chose si elle était à la place de ce pauvre type.
     Le flot se tarit enfin et Azeo attrapa sa dague. Il ne lui restait plus qu'à abattre brutalement le manche sur la tempe de l'homme. Elle leva son bras. L'homme lui cria d’arrêter.
     — Non ! Attend !
     — Quoi encore ? Tu as changé d'avis ?
     — Ça surement pas ! J'aurais une... faveur à te demander.
     — Parle. Mais je ne dis pas que j’accepte pour autant.
     — J'ai une petite fille. J'ai dû la laisser dans mon village, Bimas, lorsque je me suis engagé comme mercenaire. Elle n'a plus que moi au monde. Pourrais-tu t'assurer de lui donner l'argent que contient ma besace et qu'elle ne manque de rien ?
     — Pourquoi ferai-je ça ?
     — Tu es une femme ! L'esprit maternel, ça ne te dit rien ?
     — Très peu pour moi. C'est donc non.
     — Je t’en prie ! Je ne te demande pas de la prendre avec toi. Seulement de vérifier qu'elle se porte bien.
     L'homme était au bord des larmes, Azeo le sentait. Il devait aimer sa fille comme un fou. Elle supposa que s'il avait dû s'engager et la laisser derrière, c’était qu'il n'avait pas eu d'autre choix. C'était regrettable pour la fillette, mais en aucun cas elle pouvait accepter ce que lui demandait cet homme. Elle se souvint soudain de ce qu'avait été son enfance, avant le palais. Traîner dans les rues, chaparder de quoi se nourrir, subir la violence des plus grands... Elle ne pouvait pas laisser sciemment ce qu'il lui était arrivé à une autre. Après tout, ce n'était pas comme si elle allait devoir prendre soin de l'enfant.
     — Très bien. Je lui apporterai ceci.
     Elle tira sur la besace de l'homme et la passa à son cou.
     — Comment ferais-je pour la trouver ?
     — Bimas est un petit village de l'Est de Lorendi, connu pour son vin. Il vous suffira de demander à n'importe qui dans ce royaume, il saura vous indiquer la route à prendre. Une fois arrivé, demandez à voir Liciana. C'est son prénom. Elle a de sublimes cheveux aussi doré que les champs de blé et ses yeux ressemblent au doux bleu de l'océan. Impossible de se tromper.
     — Compris.
     Elle leva de nouveau le bras, prête à frapper.
     — Merci.
     Elle asséna le coup. Un horrible craquement raisonna. L'homme mourut instantanément, un sourire plaquer sur les lèvres.
     — Tu n'aurais pas dû me remercier.
     Dans un geste presque tendre elle lui ferma les yeux. Les voir se vider de toute trace de vie avait toujours déplus à la jeune femme, mais que même après avoir trépassé les morts continus de la fixé l'avait toujours rendus nerveuse.
     — Que les ténèbres aient pitiés de toi et que ta longue nuit soit douce, Skadros.
     Elle suivi alors les indications que lui avait laissées Astrid et crapahuta de nouveau dans la boue, en direction du campement des chevaliers. Elle manqua de s'étaler dans l'eau putride et poussa un juron. Si elle parvenait un jour à sortir de cette horrible forêt, elle se promettait de passer plusieurs jours à se prélasser dans un bon bain et à se faire masser les moindres fibres de son corps meurtri.
    
     Enfin le camp était en vue. Deux hommes et une femme, qui montaient la garde bien avant que quiconque puisse déceler la base des chevaliers, avaient attaqués Azeo. Ils l'avaient plaqué au sol sans ménagement, faisant entrer de la boue dans sa bouche et son nez. Ils lui tirèrent alors ses bras en arrière, pour ensuite les attacher, puis l'avaient accusé de faire partie des brigands. Elle avait beau eu faire des pieds et des mains pour se libérer, rien n'y avait fait. Les deux hommes lui saisit un bras chacun et la traînèrent jusqu’à une grande tente. À chaque fois qu'elle avait essayé d'ouvrir la bouche, la femme lui avait assénée un puisant coup de poing au ventre.
     Ils la jetèrent brutalement par terre. Elle n’eut pas le temps de constater qu'il était composé de sable, se cognant le menton sur une petite pierre et se mordis la langue. Un flot de sang envahi sa bouche. Le gout métallique écœura Azeo, mais chassa celui plus répugnant de la boue. Des bottes en cuir souple renforcé avec des plaques de métal entrèrent de son champ de vision. La personne s’accroupit. La jeune femme entendit le bruit caractéristique d'une lame que l'on sortait de son fourreau, puis quelque chose de froid frôla ses poignets.
     — C'est bon, je la connais. Retournez à votre poste.
     Le bruit de talon frappant le sol en un salut militaire puis plus rien. Une poigne ferme l'aida à se relever. Les yeux noisette constellés de taches vert mousse si caractéristiques d'Astrid pétillaient de malice. Azeo épousseta sa tenue, mais c'était peine perdue. De la boue maculai jusqu'au moindre centimètre de sa tunique et son pantalon n'était même plus visible sous la couche de terre liquide.
     — Quel accueil...
     — Il se peut que j’aie oublié de les prévenir.
     Le pétillement dans son regard et le petit sourire mesquin disait pourtant qu'elle l'avait fait exprès.
     — Mais ce n'est rien de bien grave pour le célèbre Faucon de la Nuit. Il est impossible que de simples soldats aient pu maîtriser une telle légende parmi le bas peuple.
     Croisant les bras sur sa poitrine, Azeo leva les yeux au ciel.
     — Je ne sais pas si je dois me sentir offensé ou bien honoré.
    Un petit instant s'écoula dans un silence lourd de sens. Puis, avec une joie sincère, Astrid agrippa l'avant-bras de sa comparse et l’attira à elle, salut connu de tous comme étant celui de frères d'armes. En l'occurrence de sœurs d'armes. Ce geste surprit quelque peu la jeune femme, peu habitué aux manifestations d'affection. Elle rendit tout de même son étreinte au chef des chevaliers. Cette dernière invita alors son hôte à sa table. Il n'y avait rien de bien resplendissant. Une gamelle en bois contenait plusieurs tranches de lard fumé, tandis qu'était disposé à même la table des fruits ressemblant à ceux qu'Azeo avait trouvé après sa traversée de la rivière. Une outre contenait un peu de vin, seul vrai met de luxe du repas.
     Après avoir partagé une conversation amicale, discutant de tout et de rien, et le ventre plein il était temps d'en venir aux questions. Ce fut Astrid qui commença.
     — J'aimerais que tu m'expliques ce que tu fais ici.
     — Disons que mes pas m’ont porté jusqu’à toi.
     — Pas de ça avec moi. Pas maintenant.
     La chevalière posa les coudes sur la table et joignit ses mains.
     — Je n'ai pas envie d'entendre tes petites histoires abracadabrantes. Je n'ai vraiment pas le temps pour ça. Mais tu dois déjà le savoir, sans quoi tu ne serais pas ici.
     Azeo se cala contre le dossier de sa chaise, mouvement provoquant un petit grincement.
     — Ok, je vais être franche et direct. Si je suis venue ici c'est que j'ai une idée en tête, tu t'en doutes. Toutefois, je ne t'en dévoilerai rien. Sache simplement que j'ai décidé d'en profiter pour t'aider. Le sort des dragons ne m’intéresse guère, mais tu dois déjà le savoir. Néanmoins, je t’apprécie, ce qui pour moi est assez étrange. Je te propose donc de combattre à tes côtés lorsque tu attaqueras le camp des trafiquants. Ou plus exactement dans ton ombre. Qu'en dis-tu ?
     Astrid ne prit même pas le temps de réfléchir avant d'annoncer sa réponse.
     — Lorsque que je t'ai vu dans ces bois, je me suis doutée que cela avait un rapport avec les dragons. Je suis toutefois surprise que tu souhaites m'aider. Je ne vais pas pour autant dire non à ton offre.
     Elle abattit son poing sur la table et une haine violente faisait briller des flammes dans ses yeux.
     — Je veux que ces maudits salopards crèvent tous, jusqu'au dernier. Ton aide est donc évidemment la bienvenue.
     Le sourire carnassier qui apparut sur les lèvres de la jeune femme fit écho à celui de la chevalière.
     — Quel est ton plan ?
     Astrid lui expliqua dans les moindres détails tout ce qu'ils avaient réussi à obtenir comme information sur les brigands. Leurs nombres exacte était inconnu, mais dépassait la centaine. Ils n'avaient aucune idée des armes qui étaient à leur disposition et donc le niveau de leur force offensive comme défensive était impossible à connaître. Enfin, la localisation exacte de leur repère leur avaient échappé, ce malgré la dizaine d'ennemies capturé et interrogés. Ce dernier point ne fit que confirmer ce qu'elle avait suspecté avec Skadros. Ce n'était pas de simples brigands. Ils avaient été entraînés. Par qui ? Mystère. Mais chaque question en son temps. Pour ce qui était de la localisation, Azeo avait la réponse. Pour le reste... Elle le découvrirait bien le moment venu. Elle partagea à son tour ce qu'elle avait pu apprendre de Skadros.
     Les deux femmes discutèrent encore un long moment, principalement sur les effectifs disponibles parmi les chevaliers ainsi que les compétences... particulières de certains d'entre eux. Elles imaginèrent rapidement un plan d'action. Puis, lorsque le sommeil en fit baillé une première, vite rejoint par la seconde, elles décidèrent de mettre fin à leurs bavardages. Astrid laissa Azeo seule, se rendant dans une autre tente où était réuni tous les autres sous capitaines.
     La jeune femme se coucha à même le sol, se roula en boule, sa dague a porté de main et un couteau de lancer dans le creux formé près de ces cuisse, puis s’endormit rapidement. Elle allait avoir besoin de force le lendemain pour mettre en action tout ce qu'elles avaient prévu. Mais quelle débandade ce sera alors dans le camp ennemi. Et que de sang sera alors versé. C'est avec un sourire presque pervers collé aux lèvres que la jeune femme rejoignit les bras de Dolicia.
    
     Une fois réveillée, le brouhaha qui provenait de l'activité de camp parvint jusqu’aux oreilles d'Azeo. Elle s'étonnait du peu de discrétion des soldats. Elle sortit la tête dans l’entrebâillement entre la toile et la peau tendu, faisant office de porte à la tente. Un soldat passait en courant, le souffle court. Se demandant ce qu'il se passait, elle sortit et déambula le long des différentes tentes, parsemé un peu partout autour de celle qu'elle quittait, sans ordre apparent. Elle tendit l'oreille et capta plusieurs conversations. La plupart s’interrogeaient sur le bien-fondé de cette opération et du fait de traîner aussi longtemps dans cette forêt marécageuse.
     Toutefois, les propos de l'une des femmes, aux cheveux d'un roux rappelant la couleur des feuilles tombantes assise près du feu retint l'attention d'Azeo. Elle racontait que depuis le massacre des dragons blancs, leur chef n'avait plus toute sa tête. Qu'elle se jette ainsi à corps perdu sur les traces de brigands sans plus de preuves que c'étaient bien eux les responsables ne lui ressemblait pas. Azeo ne put pas entendre la suite. Ayant senti sa présence, la soldate s'était tus et dévisageait avec animosité la nouvelle venue. Faisant mine de rebrousser chemin, ne voulant pas faire de vague maintenant, elle fit en sorte de disparaître de la vue des personne agglutiné autour du feu. La conversation reprit. Et les paroles qui furent échangé lui firent froid dans le dos.
     — On ferait mieux de la laisser se débrouiller seule. Après tout, on risque notre peau pour les désirs de cette folle.
     — T'as bien raison. Mais que proposes-tu ? On ne peut pas juste prendre nos affaires et rentrer.
     — Ouais... Mais un accident est si vite arrivé.
     — De quoi tu parles ?
     — Tu verras bien.
     Elle décida de retourner à la tente et de retrouver Astrid. Tout en marchant elle réfléchit aux dires de la rouquine. Devait-elle rapporter la conversation à la chef des chevaliers ? En quoi cela pourrait-il lui est bénéfique. Elle décida de garder pour elle ce qu'elle avait entendu mais resterait prudente. Lors des prochaines heures, elle garderait un œil sur Astrid. Tout à ses réflexions, Azeo se cogna contre quelque chose de dur et bascula en arrière. Une main puissante la rattrapa avant qu'elle ne s'écrase par terre. L'homme la regarda avec hostilité, mais elle y était habitué et ne lui fit donc rien. Le regardant de plus près, elle s’aperçut qu'il s'agissait du même homme que celui qui l'avait déjà empêché de s'écrouler lorsqu’Astrid l'avait secourue. A croire que ça devenait une habitude. Elle s'excusa rapidement et n’obtint qu'un bruit de gorge.
     Elle l'observa plus attentivement. Plus grand qu'elle, il la dépassait de plus d'une tête. Bien battit, les muscle saillants, il se dégageait de lui une aura de force et de froideur telle qu'elle n'en avait jamais connu. Il possédait un visage sévère, aux trait taillé à la serpe, mais étrangement attirant. Un nez, qui avait dû être cassé un bon nombre de fois tellement il était tordu, était planté entre deux yeux en amande à l'iris ambré. Ses cheveux légèrement ondulé et d'un noir aussi profond qu'une nuit sans lune détonait de sa peau blanche, rappelant la couleur d'un malade. Elle restait plantée là, à le dévisager, quand la voix d'Astrid s'éleva dans son dos.
     — Ha ! Te voilà Azeo ! Je te cherchais.
     Elle lui donna une légère tape au géant puis attrapa le bras de la jeune femme. La chevalière la tira ainsi jusqu’à la tente où l'attendait des vêtements propres. Une fois changé et engloutit une sorte de petit pain aussi dur que la pierre, il fut temps de se mettre en marche. Armé jusqu’aux dents, Azeo serra la main d'Astrid. Cette dernière prit la parole et s'exprima d'un ton dur.
     — Tâche de revenir vivante. Je ne veux pas avoir à expliquer pourquoi tu n’es pas revenue saine et sauve au roi de Kinaroc.
     Un doute naquit dans l'esprit de la jeune femme.
     — Que veux-tu dire par là ?
     — Rien de plus que ce que j'ai dit. Après tout, tu es bien l'émissaire envoyé par ce dernier.
     — Effectivement.
     Un silence tendu s'installa entre les deux femmes. Azeo le brisa, rappelant au chef de chevaliers de respecter le plan à la lettre et de ne pas se tromper dans le timing. Puis s'élança dans les bois aussi furtivement que possible.
    Elle ne tarda pas à tomber sur le camp adverse, grâce aux indications obtenues de Skadros. Elle avait déjoué facilement les gardes, maintenant qu'elle savait qu'ils fonctionnaient par paires et se cachait dans les arbres. Elle en élimina quelques-uns, faisant couler leur sang à profusion pour faire bonne figure et se dégager un peu d'espace, lança un sifflement semblable à celui d'un oiseau, puis attendis le signal. Après quelques minutes à se demander si la stratégie allait fonctionner, de longue volute grisâtre s’élevèrent du sol. Bien. La première étape était en marche.
     Elle ferma les yeux un instant, prit une profonde inspiration et expira avec lenteur jusqu’à vider tout l'air de ses poumons. Bloquant le réflexe aspiré de nouveau de l'air, elle avala le contenue d'une petite fiole. Le liquide, provenant des feuilles d'une plante qu'elle connaissait, était amer et lui brûla la gorge. Elle respira de nouveau normalement. Grâce à ce qu'elle venait de boire, la fumée provenant des feux allumés un peu partout par les soldats ne serait pas un problème pour elle. La fumée eu vite fait de tout recouvrir.
    Azeo poussa un petit ricanement et grimpa dans un arbre en vitesse. Plusieurs bandits apparurent. Ils jetaient des regards méfiant a la fumé. Lorsqu'ils virent le sang ils repartirent en vitesse d'où ils étaient venus. Ainsi, l'histoire que lui avait racontée Skadros était vraie. Peu importe ce qu'il se passait vraiment avec le brouillard, la peur qui s'était instauré dans l'esprit des bandits à son propos jouait en la faveur de la jeune femme et des chevaliers. Elle se rapprocha du campement ennemi. Un nouveau groupe d'hommes apparus.
     Elle se laissa tomber de son perchoir et atterri sur l'un d'eux, plantant sa dague dans son épaule. Elle se dégagea rapidement, fit de petits bons en arrières. L'un des hommes balança son épée de droite a gauches en de grands gestes peu précis. Attrapant un petit couteau, la jeune femme le lança. Il se planta dans la gorge du malheureux, qui s'écroula en portant la main au manche de l'arme. Toutefois l'avantage de la surprise pris vite fin pour Azeo. L'un des bandits apparus dans son dos et la ceintura de ses bras puissant tandis qu'un autre s'approchant, une hache à la main. Elle donna un puissant coup de pied dans le tibia de celui qui la retenait mais cela ne suffit pas pour qu'il la lâche. Elle projeta alors sa tête en arrière. Un craquement retentit. Elle eut juste le temps de s'écraser au sol que la hache passait au-dessus de sa tête.
     Elle se releva en vitesse tandis que l'homme relevait son arme. Ce qu'il y avait de problématique avec ce type d'arme, c'est qu'elle était lourde et donc peu maniable. Une fois le coup parti il fallait aller jusqu'au bout ou bien posséder une force hors norme pour lui faire changer de direction. Le coup suivant la frôla, laissant une petite entaille sur son bras, mais rien de grave. Elle passa habillement derrière l'homme et lui tordit la tête. Il rejoignit ses camarades au sol, tous morts.
     Selon le plan elle devait attirer les bandits vers elle et s'ils étaient en petit groupe, s'en débarrasser. Sinon les laisser continuer. Ils tomberaient alors sur un petit groupe de soldat qui les attendrait, armes à la main. Un petit ricanement échappa à la jeune femme.
     — Au suivant...
     Elle s’élançait en direction du camp ennemi et tomba sur plusieurs groupes qui tentèrent de l’arrêter. Peine perdu. D'un coup de dague elle entailla profondément le flan d'un essayant. A l'aide d'un puissant coup de pied, elle l'envoya bouler au sol. Une ombre apparut dans son dos. Tournant rapidement sur elle-même elle, elle sectionna la gorge du malheureux. Reportant son attention sur l'homme à terre, elle planta profondément sa dague en plein dans son cœur. Elle essuya sa lame sur son pantalon puis continua à avancer. Le fracas de combats lui provenait d'un peu partout.
     Soudain, sorti de la fumée, une main lui agrippa le bras et l'attira au sol, lui faisant lâcher sa dague. Azeo eu juste le temps de pencher la tête sur le côté. Une lame se planta à moins d'un centimètre, lui entaillant la joue. D'un coup de bassin elle roula sur elle-même. Toutefois elle ne pus aller loin. Alors qu'elle tentait de se relever un genou s’abattit dans son dos, la renvoyant au sol. Sous la surprise elle avait ouvert la bouche. Celle-ci s’emplit alors d'un mélange d'eau et de boue. Son agresseur s'assit sur elle et lui maintenait la tête enfoncé. L'air commença à lui manquer. Elle rua et parvins à glisser son genoux sous elle. S’appuyant dessus elle parvins à rouler sur le flanc. Elle attrapa l'un de ces couteaux de lancer et le planta dans la cuisse de son assaillant. Il poussa un cri de douleur mais ne desserra pas sa prise. Azeo retira la lame puis la replanta plusieurs fois, tailladant tout ce qu'elle pouvait atteindre.
     L'homme finit par la lâcher. Elle projeta son pied et l’atteignit au menton. Il chuta au sol, inconscient. Elle lui attrapa la tête et lui tordit violemment. Elle cracha enfin la bouillasse qui lui emplissait la bouche. Un liquide chaud dégoulina sur sa joue. D'un geste sec, elle essuya le sang qui coulait de sa blessure. Des bruits de pas lui parvinrent. Elle fléchit légèrement les genoux, prête à attaquer le nouveau venu. La fumée était maintenant si épaisse qu'il était impossible de voir plus loin que sa main tendue. Elle devait faire attention avant de s’élancer sur ceux qui apparaîtront. Les chevaliers devaient eux aussi s’être lancée dans la bataille.
     Un bruissement dans son dos. Par réflexe, elle lança un couteau. Elle frissonna lorsqu'elle aperçut le dragon blanc peint sur un plastron. Faite que la personne parvienne à éviter. Heureusement, la lame ripa sur le métal, laissant une profonde éraflure mais ne perça pas la plaque de métal. La femme, qu'Azeo reconnue grâce à ses cheveux de feu, se jeta sur elle. D'un petit saut sur le côté elle évita le coup de taille de la soldate. Ne comprenant pas pourquoi elle l'attaquait, Azeo s'énerva.
     — Mais t'es folle ! Je suis de ton côté !
     — Que tu crois ma petite, que tu crois. Maintenant meurt !
     La rouquine se jeta sur elle, son épée en direction de son cœur. Azeo voulu faire de nouveau un saut sur le côté, mais se prit les pieds dans le corps de l'homme qu'elle venait de tuer. Elle glissa et tomba lourdement au sol, ce qui fit rire son attaquante. Elle roula sur elle-même pour échapper à un nouveau coup, mais n'alla pas assez vite. Le métal de la lame lui entama profondément la cuisse. Elle tâtonna le sol boueux à la recherche de sa dague. Sa main se referma non pas sur son manche, mais sur une large pierre. Elle la lança sur la femme, lui toucha le bras qui tenait son arme. Elle rugit de douleur.
     — Sale peste ! Tu veux pas crever rapidement ?
     Azeo tenta de se relever, mais sa jambe se déroba sous elle. La blessure devait être plus sérieuse qu'elle ne le pensait.
     — Merde.
     Elle ne voulait pas mourir ici, comme un animal. De désespoir, elle força sur sa jambe valide et se jeta sur la soldate, l'entrainant avec elle au sol. Le choc fit lâcher son arme à la rouquine. Azeo appuya son avant-bras sur la gorge de l'autre femme, qui se débattait comme un beau diable. Elle savait qu'elle ne pourrait pas la maintenir au sol longtemps. De son autre main elle tâtonna dans la boue. Elle retrouva la pierre qu'elle avait lancée plus tôt. Un sourire féroce fleuri sur ces lèvres. Elle agrippa à deux mains la tête de la rouquine et la projeta sur la pierre. Elle recommença encore, et encore, et encore, prise de fureur meurtrière.
     Le sang de la morte lui poissa les mains, se mélangeant à la boue. Des éclaboussures lui maculaient tout le corps. Elle resta assise sur le corps sans vie, contemplant le résultat de sa folie sans le vraiment le voir. Une larme, unique, traça un sillon sur sa joue.
    

Texte publié par Lorelei, 30 novembre 2016 à 02h47
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