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tome 1, Chapitre 17 « Ce dont rêvent les Voleurs (pt5) » tome 1, Chapitre 17

Note de l'auteur: Le chapitre 4 est encore très long malgré le fait que je me suis résolu à couper deux scènes. Il sera publié en sept parties et non en six, comme la plupart des autres chapitre. Encore désolé pour les pavetages. Ce morceau a été réécrit jusqu'à plus soif, j'espère qu'il commence à tenir la route. N'hésitez pas à me taper dessus à l'occase. Bonne année à tous les Conteurs !!!

Nobishandiya avait pensé qu’après tous ces évènements, ils ne se reverraient pas de si tôt. Pour être honnête, elle préférait le voir mettre son nez ailleurs. Hélas, seulement deux jours après ce dramatique incident, le larron vint la chercher, refusant de lui fournir la moindre explication, disant simplement qu’il avait une chose importante à lui montrer.

Son enthousiasme se traduisait par un pas de course assez soutenu. Ils terminèrent leur descente dans l’un des quartiers les plus reculés, mais encore loin des remparts, devant une petite bâtisse qui avait dû être, à une autre époque, une étable ou un entrepôt, et qui avait été emménagée en lieu habitable. Il l'emmena à l'intérieur après avoir poussé la porte. L'endroit était absolument vide. Une simple mezzanine coupait la hauteur en deux du côté de l'entrée et continuait sur la partie gauche de l'espace. Une unique fenêtre trônait à plusieurs mètres du sol, fermée par un volet rabattu qui laissait filtrer quelques rayons de soleil jusqu'à un rebord de pierre circulaire, qui devait servir de foyer.

« Ce lieu est désert depuis des mois, il me semble. Il est un peu excentré alors je suppose que ça fera l'affaire. J'ai déjà une paire d'idées pour nous créer de bonnes caches.

— Taran, qu'est-ce que tu racontes ? Sais-tu au moins à qui est cet endroit ?

— Bien sûr que je le sais. Tu vois, tout ce qui est ici est à nous maintenant. »

Il y eut un pincement dans sa gorge.

« Qu'est-ce que tu as encore fait ?

— Oh, j'ai peut-être oublié de te dire que j'ai effectué quelques petites transactions de mon côté. Ça plus les quelques pièces que j’ai mises sous la paillasse depuis notre association. Je suppose que j'avais amassé un petit pécule qu'il a fallu que je dépense avant de me le faire faucher.

— Taran...

— Et puis soyons honnêtes ! Nous ne pouvons pas passer nos vies à dormir dans des auberges. Cela nous rend suspects. Enfin surtout toi, sans vouloir t'offenser. Tout le monde sait que je suis un étranger ici, un vagabond qui vit comme les rats, au jour le jour. Mais toi ? Non, une Dame de ton calibre devrait se trouver un logis pour se rendre respectable. C'est ainsi…

— Taran ! »

La mâchoire de Nobishandiya était crispée. Clairement, elle avait dû mal comprendre.

« Tu n'es pas sérieux ! Tu voudrais que j'emménage ici ?

— Eh, bien au début je nous cherchais une sorte de quartier général, un endroit où nous pourrions gérer nos petites affaires sans devoir dépendre de la bienveillance de nos amis. Je pense tout de même que tu devrais y vivre. Alors je sais, ce n'est pas très grand et le toit n'est pas en très bon état. Il faut certainement refaire l'étanchéité de l'ensemble, mais rien que nous ne puissions pas réparer nous-mêmes. Les poutres ne sont pas pourries. J'y ai jeté un œil et la charpente et très solide. »

Elle n'en croyait pas ses oreilles. Il était devenu fou. Pire, il avait vraiment dépensé une somme conséquente pour obtenir cet endroit. Que voulait-il en réalité ? Qu'elle soit soumise à son bon vouloir ? Elle était sur le point de protester de manière assez virulente. Il la coupa aussitôt :

« Je t'arrête tout de suite ! Je n'ai pas réfléchi avant de faire ça. Je le sais, j'en suis conscient, je m'en excuse. Il n'empêche que ce charmant petit pavillon est à nous et qu'il va bien falloir en faire quelque chose.

— Ah parce que tu crois que me mettre devant le fait accompli va changer quoi que ce soit ? Quand apprendras-tu à te mêler de ce qui te regarde ? »

L'autre avait baissé la tête, les bras ballants. Le remords se lisait clairement sur ses traits et par une étrange alchimie, cela ne fit qu'exalter la colère qui la faisait frémir. Son dos entier se crispa, sa tête allait exploser.

« Je refuse de dépendre de toi ! Ou de n'importe qui d'autre ! À quel moment vas-tu enfin le comprendre ? »

Au moment où elle allait se retourner et partir, elle vit Taran s'élancer vers le seuil. Tous deux se jetèrent corps et âme dans une course de quelques mètres et ce fut cet abominable casse-pied qui gagna en se tenant entre elle et la porte.

« Ce n'est pas pour ça que je l'ai fait ! »

Il avait décidé d'être têtu.

« Je voulais juste te donner une opportunité qui aurait pu t’aider. Je voulais me rattraper, je n'avais pas pensé, à aucun moment, que tu puisses croire que je l'utiliserais contre toi… Parce que je suis un idiot. Tu devrais le savoir maintenant, que je suis un idiot.

— Tu es allé au-delà de l'idiotie. Laisse-moi passer.

— Je ne pensais pas à mal.

— Laisse-moi passer je t'ai dit ! » cria-t-elle.

Il pâlit. Sa voix se changea en un murmure saisi de honte.

« Je sais ce que j'ai fait. Je m’en rends compte... Je sais que je n'en ai pas l'air. Je ne sais pas comment t’offrir réparation. Je veux essayer, même quelque chose de minime, n'importe quoi. Pas pour ton pardon, mais pour moi. Je voudrais me débarrasser de toute cette merde que j’ai collée aux chausses. J'aimerai juste savoir, que voudrais-tu que je fasse ? »

Elle le regarda sans la plus petite once de pitié.

« Dis-moi, cher associé, si tu plantes un couteau dans le cœur d'une femme, le couteau reste-t-il pour s'excuser ? Cela changerait-il quoi que ce soit s'il le faisait ? Penses-tu une seconde que tes excuses puissent rendre ta présence moins pénible ? »

Sa réponse fut encore plus inaudible que sa tirade précédente. Nobi la saisit malgré tout :

« Non. Pas du tout.

— Ah. Dans ce cas, pourquoi rouvrir la plaie ? Pourquoi m'imposer ta volonté puisqu'en ton sein tu sais déjà que cela ne m'aidera pas ? »

Elle vit la lucidité dans ses yeux. La tristesse. L'amertume. Le vide. Il acquiesça mollement, ouvrit le battant de la porte et s'en alla. À cet instant précis, elle sut de façon certaine qu'il ne reviendrait jamais. Elle ne le retint pas. Ses muscles redevinrent du coton. Encore déstabilisée par son aigreur, elle alla s'asseoir sur le rebord du foyer, se demandant ce qui avait bien pu transparaître de tout ceci. Elle n'en savait fichtre rien. Sa colère avait mené la conversation jusqu'à son épilogue et à aucun moment, elle, Nobishandiya, n'avait pu exprimer sa volonté. Qu'elle était sa volonté d'ailleurs ? Que s’était-il passé ?

À présent qu'elle était seule, que ses émotions l'avaient désertée, elle n'était plus très sûre de ce qu'elle avait tenté d'accomplir. Bien sûr qu'elle avait tout fait pour conserver un contrôle sans relâche sur Taran. Il le fallait. Cet homme l'avait attaquée, avec une telle violence. Le dégoût l'avait piquée, dans son esprit et dans sa chair. Elle s’était mise à se laver de façon compulsive, un geste d’autan plus désespéré qu’il n’y avait rien à nettoyer. Pourtant elle continuait à sentir une main froide sur sa cuisse et cela avait duré des semaines. Elle avait craint d’aller chercher de l’eau les jours qui avaient suivi. À sa grande honte, elle le craignait encore et elle se haïssait pour cette faiblesse. Nobi se refusait à contempler l’étendue de son affolement. Jamais elle n’admettrait à quel point cette nuit-là l’avait meurtrie. Lui faire payer son acte était une perspective plus attrayante que de verser la plus petite larme. Au-delà de ça, elle avait pleinement conscience du fait qu'elle avait besoin de ce partenariat pour survivre à l'hiver. À cause de sa peur, elle se retrouvait seule. Non, pas juste la peur. C'était sa fierté aujourd'hui qui lui faisait encore mal et c'était sa fierté qui avait lâché toute cette haine sur ce visage exsangue et défait, sans aucune considération pour elle-même. Sa fierté. Ce monstre sans cervelle qui l'avait déjà détruite plus d'une fois et qu’elle ne savait toujours pas brider. Il était facile, pour sa propre conscience, d'utiliser les agissements d'un autre pour justifier son propre désir de supériorité, flatter son propre ego. Jusqu'à quel point devait-elle resserrer le joug autour de la gorge de quelqu’un ?

Et en même temps comment ne le pouvait-elle pas ?

On ne parlait pas d’un innocent. On parlait de Taran. Malgré ça, elle craignait de ne plus faire la différence entre sa sécurité et sa soif de contrôle. La naïveté n’était pas son fort. Elle savait que s'associer avec un tel homme n'était pas la décision la plus intelligente qu'il lui ait été donné de prendre. Ce qu'il avait tenté était grave. Les marques étaient toujours là et elle avait besoin de garder ses distances. Personne n'irait caresser le chien qui vous a mordu. Lui offrir une confiance aveugle serait de la folie pure et cette éventualité était hors de question, que lui le comprenne ou pas. D’ailleurs, qu’était-elle censée faire pour qu’il s’en rende compte ? Rien ne l'empêcherait, après tout, de recommencer. Absolument rien. Tout ceci pouvait être une ruse pour se rapprocher d'elle… Même si elle en doutait. Ainsi venait donc la question qui torturait sa conscience :

Et s'il était sincère ? S’il voulait changer ? Devait-elle lui laisser une chance ?

La première réponse qui lui vînt à l'esprit fut un non catégorique. La situation risquait fort de dégénérer et elle en paierait les conséquences si quoi que ce soit virait à la catastrophe. Elle ne pouvait simplement pas se le permettre. D'un autre côté, Nobishandiya était Nobishandiya. Elle n'était pas fragile, elle n'était pas sensible, et ses mains étaient loin d'être propres. Il était dangereux, mais elle aussi. Et cela la dérangeait profondément. Pour elle cela s'apparentait à de la lâcheté et cette idée lui était insupportable. Mais pouvait-elle faire autrement ?

Non ! À quoi pensait-elle ? Ce n’était pas de sa faute, c’était lui le coupable, c’était à lui de se sentir mal à l’aise !

Et il se sentait clairement mal à l’aise.

Que faire alors, s’il voulait changer ? Et Nobishandiya elle, avait-elle changé ?

Il fallait bien regarder les choses en face, autrefois elle aussi avait été une femme de pouvoir, elle aussi avait eu de l'autorité et elle en avait usé et abusé pour détruire des vies à sa convenance, avant d'en rejeter la faute sur les autres. Tous deux avaient possédé une forme de puissance qu’ils avaient entaché sans remords. Quelle différence y avait-il dans le fond ? Ah voilà, c'était cette idée-là qui lui faisait du mal. Elle ne supportait pas la présence de son agresseur, il était comme du poison pour elle... Et de même, il fallait bien l’admettre, elle avait dû être un poison pour les autres. Ils étaient impardonnables et parias. Cela ne l'aurait pas dérangée outre mesure dans sa jeunesse, en revanche, maintenant qu'elle était seule, isolée… N'était-ce pas pour cela qu'elle était ici ? Elle avait soutenu le regard de ceux qui l’avaient élevée et aucun d’entre eux ne lui avait concédé son pardon. Jamais. Pourquoi survivre dans ce cas ? Pourquoi continuer à polluer ainsi l'existence de ses semblables ? Elle n'en savait fichtre rien.

Ces questions, Taran se les posait-il aussi ?

Au final, elle resta assise sans bouger durant plusieurs minutes, perdue, retardant l'heure à laquelle une décision devrait être prise. Jamais elle n'avait connu le remords, jusqu'à ce qu'enfin, il soit trop tard et que le sang se retrouve sur ses mains. Il était visqueux et encore chaud. Tous ces printemps passés loin du désert et elle était toujours hésitante devant l'ampleur de ses responsabilités. Puis la réponse vint subitement, aussi aveuglante que le soleil. Elle se leva, certaine, armée d'une confiance nouvelle. Si on ne lui avait pas offert de réponse, peut-être pourrait-elle en donner à d’autres. Peut-être. Parce qu’elle le pouvait. Parce que son pouvoir, elle l’avait encore.

Nobi s'était mise à courir dans les rues, sans aucune considération pour les autres passants. Elle fredonnait dans sa langue natale :

« Geesinimada huug, eaan buu ebe no shada.

Geesinimada duuniye, eaan buu ebe no shada. »

Où avait-il pu passer ? Elle retrouva sa trace dans une rue qui menait à la grande taverne. Il allait boire son chagrin, c'était évident maintenant qu'elle y pensait. Elle se lança après lui et lui tapota l'épaule. Lorsque Taran se retourna, il eut un mouvement de recul, comme s'il s'attendait à recevoir une gifle. Cela la fit rire. Il se tenait là, assommé par l'incompréhension.

« Je m'excuse, ossana, je m'excuse. J'accepte ton idée, mais il y aura des conditions. »

La Négociante put ainsi commencer son épreuve. Elle lui fit d'abord promettre qu'il n'utiliserait plus jamais la force contre elle, même pour lui barrer la route. Il accepta. Elle lui fit ensuite jurer au nom de tous les Dieux du Nord qu'ils seraient associés et rien d'autre. Il jura. Tout ceci pendant qu'elle le ramenait doucement vers le petit bâtiment étroit qui deviendrait sa demeure. Il promit de ne plus l’espionner, de ne plus la menacer. Une fois revenu au point de départ, Taran sortit de sa ceinture un objet longiligne qu'il avait jusque là tenu caché.

« Je comptais te le rendre, c'est pour toi. » lui dit-il.

Elle le reconnut. C'était cette petite dague qu'ils n'avaient pas pu écouler. Il avait enroulé un cuir fin autour de la garde pour qu'elle soit moins reconnaissable.

« Pourquoi me la rends-tu ? Tu avais dit que...

— Ce n'est pas ça. Je sais que tu as peur. Je pensais te l'offrir pour te rassurer. Si je fais quoi que ce soit qui ne te plaît pas, tu n'auras qu'à me couper la gorge. Même dans mon sommeil si tu le souhaites.

— Tu plaisantes ? Je ne sais pas me battre avec une arme.

— Ce n'est pas grave, ça s'apprend très vite. Manipuler une dague est très facile, tu verras.

— Ce n’est pas normal que j’aie besoin d’une arme pour te contrôler.

— Ce n’est pas pour me contrôler moi. Tu ne peux pas continuer ce travail sans arme. »


Texte publié par Yon, 30 décembre 2016 à 11h47
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