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tome 1, Chapitre 14 « Ce dont rêvent les Voleurs (pt2) » tome 1, Chapitre 14

Il dut s'avouer vaincu et le jour suivant, il fit le gué dans les environs de la demeure familiale et du grenier qui les préoccupait tant. Nobi avait à sa charge de récupérer le plus de renseignements possible chez les autres commerçants qu'elle fréquentait. Cette fois-ci, l'information décisive ne vint pas d'elle. Un soir, Taran s'empressa de la rattraper devant son humble logis, une grande satisfaction noyant son cœur presque jusqu'à la mort.

« Viens avec moi, lui dit-t-il, il serait imprudent de discuter devant ta porte. »

Il l'entraîna dans les ruelles, fit quelques détours jusqu'au lavoir protégé par un large porche. Deux personnes discutant là seraient moins suspectes que dans une sombre impasse.

« On ne peut plus attendre. Il faudra visiter l'endroit demain, dans la nuit. »

Elle lui répondit avec ses grands yeux ronds :

« Tu disais pourtant que la prudence était de mise il n'y a même pas deux jours.

— Oui, mais si tu tiens tant à te mesurer aux clans, il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. Tu ne pourras rien contre les Tronen tant qu'ils seront dans une position de force, même avec des preuves.

— Je croyais pourtant que les lois étaient appliquées avec rigueur dans cette région.

— D'une certaine manière, oui. Seulement les clans auront toujours des prérogatives, que cela te plaise ou non. Surtout que le Seigneur d'Arakfol est assis sur la même branche.

— Tu veux dire qu'ils sont de la même famille ?

— Non, ce n'est pas ça. »

Elle le regardait comme si elle parlait à un imbécile. Taran sentit sa patience s'amenuiser. Il n'arriverait jamais à rien tant qu'elle ne comprendrait pas une chose aussi simple.

« Tu as été en Idoria durant des années, tu as pourtant bien dû entendre parler des vieux clans, des héros de guerre et autres !

— Oui, ce sont les vieilles légendes qu'ils racontaient au coin du feu. Quel est le rapport ?

— Le rapport c'est que tout ce que tu vois ici, tout ces gens, viennent d'Idoria. Avant que cette île ne soit habitée, il y a des siècles, le nord du continent n'était pas un Royaume uni. Il était divisé en une multitude de groupes qui chacun possédait sa province. C'est la source du système clanique. Une famille est élue pour mener un clan jusqu'au prochain cycle. Quand le Nord a été unifié, un Roi unique s'est mis à la tête d'Idoria dans le seul but de dicter quel Seigneur occuperait quelles provinces. Beaucoup de clans ont alors choisi l'exil, pour garder leurs prérogatives. C'est comme ça qu'ils sont arrivés ici. Le Lumkest est l'une des premières grandes colonies et pendant longtemps, Norkiel a été la ville la plus au nord de l’île. »

Nobi leva les yeux au ciel. Elle n'en avait visiblement que faire de ces cours d'histoire. Il abrégea :

« Les clans du Lumkest ont finalement été unifiés, à nouveau par un Roi, qui les tient depuis sous son joug. Il n'empêche que les vieilles traditions ont la vie dure. Officiellement, ces clans n'existent plus ici, seule l'autorité du Souverain compte, mais l'on a retrouvé plus d'un Seigneur assassiné après une escarmouche avec les vielles familles. Des liens tissés au fil des siècles ne peuvent pas être aisément brisés. C'est une question d'honneur, d'appartenance, de mémoire. Est-ce que tu comprends où je veux en venir ?

— Tu veux dire que personne n'osera s'attaquer directement aux Tronen ?

— Ce n'est pas aussi simple, continua le voleur en cherchant ses mots. Je soupçonne que Brinarn est resté le Seigneur d'Arakfol parce que son père faisait aussi parti d'une grande famille du clan Toklun, qui a encore beaucoup de poids par ici. Il en va de même avec Les Tronen et sans l'accord des grandes figures claniques, Brinarn perdrait une grande partie de son pouvoir politique. Si ton ami porte l'affaire devant le Seigneur, rien n'en ressortira.

— Quelles sont nos options alors ?

— J'y viens, j'y viens. Ce n'est qu'une mince piste. Hélas, je n'ai rien d'autre. Une rumeur circule depuis un ou deux jours selon laquelle l'un des garçons des Tronen aurait injustement vergogné la Dame Rouge et que cela se serait envenimé.

— Qui donc ? Demanda Nobi.

— C'est ainsi que l'on surnomme la femme de Brinarn. Elle est bien plus influente qu'elle en a l'air. Et elle est intraitable aussi. Elle n'oublie jamais une offense. Le Seigneur s'est interposé et on en est resté là. Imaginons maintenant que quelqu'un demande une audience à la Dame Rouge pour lui confier une information délicate concernant les Tronen… »

Il vit sur les traits de sa complice, au travers des nuages qui s'échappaient de son souffle, une joie incommensurable. Elle reprit :

« Brinarn ne peut ignorer les paroles de sa propre femme, sinon elle ira mener l'affaire devant d'autres. Renolt renseigne l'épouse en échange de sa protection. Il n'y a plus qu'à attendre. Le tour est joué !

— Je savais que cela te plairait. Ce sera une sortie délicate à mener cependant.

— Tu joues à un jeu dangereux Taran ! Lança-t-elle d'un ton rieur.

— À qui la faute ? Je me le demande ! »

Quand ils arrivèrent sur place sous couvert de la nuit, la ville était noyée dans une ombre plus dense qu'à l'accoutumée. Une couche de nuages gris avait occupé le ciel pendant une bonne partie de la semaine, ce qui jouait clairement en leur faveur. Le voleur était venu chercher sa complice près de son logis à une heure extrêmement indécente. Tout était noyé dans un silence invraisemblable. Même les animaux qui erraient habituellement dans les rues désertées, semblaient être trop las pour s'agiter. Les deux filous marchaient côte à côte. Taran avait appris leur trajet par cœur, cependant les ténèbres ne dérangeaient pas la négociante outre mesure. Ils se rendaient à l'autre bout d'Arakfol et leur ascension se fit sans commentaires et dans une vigilance croissante. Des hommes surveillaient les hauts quartiers.

Au bout d'une marche qui leur parut interminable, ils retrouvèrent le grenier qu'ils avaient tant surveillé. C'était une sorte de petit entrepôt sur pilotis, visiblement séparé en deux, chaque partie avec sa propre échelle.

« Ah voilà, » chuchota son comparse dans la nuit noire, « la partie de gauche sert à conserver les sacs à grain loin de la vermine. Ils sont très vigilants et gardent des chats dans les alentours. Ils envoient une servante vérifier l'état des stocks tout les matins. La partie de droite sert à ranger divers tonneaux, de toutes les tailles. C'est celle qui nous intéresse.

— Comment le sais-tu ? »

Il lui fit signe de le suivre. En contournant le grenier elle vit que l'escalier très raide qui menait à l'entrée de la réserve était collé au mur. On pénétrait dans la structure par là et en passant dessous il était facile de voir que le niveau du plancher, porté par les pilotis, n’était pas au même niveau que le bas des murs. Impossible de se rendre compte de leur véritable hauteur en passant dans la rue. Il fallait également ouvrir une porte assez lourde et hermétique pour entrer dans le dépôt. Taran se frottait les mains.

« Tu vois, c'est un vieux truc de contrebandier, mais toujours aussi efficace. Sur ce bâtiment il est impossible de voir les deux échelles en même temps. Ces marches-ci sont légèrement plus hautes que celles du grenier à grain. En comptant les marches, un inspecteur pourrait aisément croire que les deux planchers sont à la même hauteur, puisque le nombre de marches est probablement le même. En réalité, il doit y avoir une différence de quelques centimètres. Impossible d'en juger par la position des portes. Ce grenier est très bien pensé. Après vous Ma Dame.

— Ne joue pas les galants, tu sais très bien que c'est toi qui dois l'ouvrir.

— C'est bien vrai ma foi. Après moi alors. »


Texte publié par Yon, 14 novembre 2016 à 10h43
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