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tome 1, Chapitre 5 « La négociante d'Arakfol (pt4) » tome 1, Chapitre 5

Note de l'Auteur: Cher lecteurs, merci de votre patience, ainsi que de vos commentaires très encourageants, j'espère pouvoir continuer dans la bonne voie (et me faire taper dessus si je manque à mes engagements). Je vais vous mettre à contribution pour ce chapitre. D'après moi, cette partie là est trop longue et je pense que ce serait bien que je coupe, mais je ne sais pas trop dans quoi tailler, de peur de briser la "logique" interne du personnage de Nobi. Aussi, je compte sur vous pour me signaler les longueurs ou ce qui vous semble superflu afin que je puisse revenir dessus et élaguer tout ça. Merci encore pour vos retours, cela m'aide énormément pour travailler et j'espère pouvoir être plus présent sur Le Conteur. Bonne lecture.

Quand ses affaires chez Goeddin furent terminées, elle s’occupa de trouver un repas rapide dans une taverne reculée où peu de gens la connaissaient. Elle resta discrète tout le début d'après midi, camouflée sous son manteau, ses traits bien dissimulés sous sa capuche, assise sur les docks, là où une figure encapuchonnée ne serait pas inhabituelle. Ce n'était pas qu'elle avait peur, mais la discrétion était un principe. L'heure dite approchant, elle se dirigea d'un pas décontracté vers la maison des renards. Évidemment, elle réfléchissait encore à ses possibilités. Elle pouvait trouver un subterfuge quelconque pour se débarrasser de cette gêne ambulante, après tout, il n'avait pas l'air si malin que ça. Non, le problème c'était qu'elle ne voulait rendre de comptes à personne. Trouver de l'aide pour se débarrasser de ce malandrin la mettrait obligatoirement dans une position difficile. Certains de ses contacts se poseraient probablement des questions. Les rumeurs allaient vite dans ce petit monde. Et même si elle avait trouvé le moyen de conserver ses liaisons sous le sceau du secret, avouer avoir affaire avec un homme aussi louche était une toute autre paire de manches.

Elle pourrait facilement jouer l'innocente victime, mais jusqu'à quel point cela resterait crédible ? Beaucoup ne seraient pas dupes. Une femme vivant seule dans les rues d'une ville aussi mal famée avait forcément des choses à cacher. Tout était dangereux, il vous fallait l’approbation et le respect de personnes bien choisies, lesquelles étaient loin d'être de bonne réputation. Mais mêler à ses problèmes des hommes qui désiraient par dessus tout garder une image respectable, malgré leurs petits trafics, serait une tâche indélébile sur sa réputation à elle. Et que dire de l'information que cette ordure menaçait de révéler ? Mieux valait jouer le jeu pour l'instant. Si quoi que ce soit échappait à son contrôle, il serait toujours temps d'accourir chez Goeddin, en prétextant n'importe quelle mésaventure, il saurait la cacher, au moins pour une nuit. Une autre option serait d'attendre son heure et tenter tout simplement de retirer de façon définitive cette épine qu'elle avait dans le pied, au moment où celle-ci s'y attendrait le moins. Une solution radicale, toutefois extrêmement difficile à mettre en place. Elle n’avait pas peur de lui, mais les hommes dans son genre la révulsaient. Elle éprouvait ce même dégoût pour Taran que ressentent ces femmes qui trouvent des nids d’araignées au fond de leur panier de fruits.

Alors qu'elle mettait ses pensées en ordre, elle se rendit compte que sa destination n’était plus qu’à quelques enjambées. Arakfol était une cité organisée de la façon la plus hiérarchique qui fut. Plus vous montiez vers l'Eldberg, plus l'architecture s'agrandissait. Des maisons sur pilotis dressées par certains pêcheurs pour palier les caprices du temps, vous passiez aux longues demeures de la ville basse, organisées en quartiers, comme des damiers. Puis, si vous aviez la patience de traverser tout le secteur commerçant vous arriviez devant la ville haute, surplombée par la forteresse de son seigneur. Ici, les maisons devenaient rocambolesques, les seules à posséder deux, parfois trois étages, avec leur bois sculpté, leurs façades peintes et leurs toits pointus. Une cité à l'intérieur d'une autre.

La maison des renards portait bien sûr ce nom à cause des décorations qui fleurissaient sur sa façade. Le rouge qui recouvrait les formes stylisées de l'animal rendaient les sculptures extrêmement tape-à-l'oeil. L'air de rien, la marcheuse contourna la bâtisse sans y concéder le moindre regard. Côté nord, Taran l'y attendait déjà, adossé nonchalamment à une charrette, comme s'il en était le propriétaire. D'un pas plus hésitant elle se dirigea vers lui. C'était sa dernière chance pour faire demi-tour, il ne l'avait pas encore vue... Non, trop tard.

« Ma Dame, j'avais cru mourir en votre absence, ricana-t-il. »

Il s'était tourné vers elle presque instantanément. Cette forme élancée si reconnaissable avait des allures de chat prêt à bondir, par jeu ou pour des motifs plus sinistres. Il marchait souvent sur l'avant de son pied. Peut-être devait-il son allure carnassière à ce simple fait ? Un sourire sardonique découvrit ses dents. Elle s'arrêta.

« Ravale ta prétention, chiani ! »

Sa présence seule était suffisante pour lui donner la chair de poule. Elle aurait aimé l’écraser, comme la vermine qu’il était, sans toutefois avoir envie de passer à l’acte. À présent qu'elle le voyait à la lumière du jour, son visage lui parut élégant et pourtant faux ; fait de cire ou de glaise et non de chair et de sang. Ses traits étaient trop réguliers, ses sourcils symétriques, sa peau impeccable, ses dents nacrées trop parfaites. Comment était-ce possible pour un vagabond ?

Et s’il n’y avait que cela, son visage était le cadet de ses soucis. Au delà de ses réactions viscérales, les gestes de l’individu même lui paraissaient insondables. Elle revoyait encore cette assurance excessive et intimement dangereuse qu’avaient les guerriers du sud. Tout à coup, face à Taran, un vertige la pris. Elle sentait le sable chaud de son pays sous la plante de ses pieds. Le soleil frappait son corps, comparable à un poids qui serait venu tomber sur ses épaules. Elle percevait au loin le chant des bovins qui suivaient lentement leurs bergers et devant elle, étaient alignés les guerriers Muk-har, le poitrail nu, leur lance à la main et le menton relevé. Leur plus grande arme restait cette conscience intangible de leurs muscles, de leurs corps physiques, la maîtrise du mouvement dans ses moindres détails, et qu’elle retrouvait chez ce nuisible qui était venu l’acheter. Comme pour eux, l’impression était troublante de voir un homme longiligne ralentir le temps autour de lui.

Sobre, il pouvait la tuer.

Et durant toute sa jeunesse, jamais elle n’avait craint les guerriers, car on leur apprenait que la plus grande des qualités était l’obéissance. Comme tant d’autres femmes, elle avait eu les plein pouvoirs sur eux, ils ne vivaient que pour et par elle. Mais celui-là, personne n’avait de pouvoir sur lui. Il la regardait et se riait d’elle.

Finalement, après s’être amusé tout son soul, Taran lui fit signe de se tourner. Cette lueur moqueuse quitta d'un coup son visage. Il chuchota :

« La maison qui nous intéresse est en réalité celle-là là-bas. Juste en face. »

Du bout du nez, il lui indiqua la direction, sans que jamais son regard ne la quitte elle. Du coin de l'oeil, Nobishandiya aperçut une bâtisse plus discrète mais qui montait sur trois étages. Ils se trouvaient à bonne distance. Devant eux se tenait une petite place encadrée par quelques échoppes et au centre, l'un des puits de la ville, ainsi qu'un lavoir. Taran reprit patiemment son explication :

« Les propriétaires ont... Comme qui dirait obtenu un très bel objet, qui malheureusement ne semble pas leur appartenir.

—C'est cela ton excuse ? Tu voles un objet volé ?

—L'histoire de cet objet en soi ne me concerne pas du tout. En revanche, le fait que certaines personnes seraient prêtes à payer une coquette somme pour le retrouver, beaucoup plus. »

Elle ne put s'empêcher de soupirer. Le vol était un crime sévèrement puni. En tout cas au Lumkest. Ce n'était pas quelque chose à prendre à la légère.

« Et comment comptes-tu t'y prendre ?

—Ah, c'est là que l'affaire se corse. Vois-tu, la famille est bien connue des receleurs. Ce sont des habitués de ce genre d'entourloupes et personne ne se risquerait, en temps normal, à empiéter sur leur domaine. À l'heure où je te parle, les maîtres de maison ainsi que leur serviteur ne sont pas sur place. Il n'y a entre ces murs que trois personnes. La fille du couple ainsi que sa gouvernante, selon leurs habitudes, doivent être au rez-de-chaussée, en train de broder. Enfin la gouvernante, la fille est jeune et est encore en train d'apprendre les rudiments...

—La barbe Taran ! Viens-en aux faits !

—Mes excuses. Non, le problème vient du neveu qui pour l'instant loge ici et qui se tient entre moi et mon plan infaillible pour récupérer l'objet. »

Elle plissa les yeux.

« Tu sais donc déjà où il se trouve ?

—Oui, bien sûr. Je ne fais jamais rien à l'aveugle, je ne suis pas fou. Hélas, une information, aussi précise soit-elle n'est d'aucune utilité si elle n'est pas applicable. Et j'ai besoin que ce neveu gênant me fiche le camp de l'étage pour pouvoir rafler la mise.

—Évidemment, dit-elle. Je crois comprendre où tu veux en venir...

—J'ai besoin d'une personne talentueuse qui puisse me le tenir occupé, disons, au moins cinq bonnes minutes. »

Il termina sa phrase sur un sourire crispé, similaire à un garnement qui prépare une espièglerie.

« Cinq ? Lança-t-elle. Et par quel moyen suggères-tu que j'accomplisse cela, exactement ?

— Peu m'importe, celui qui te conviendra. Une simple conversation attisera ses soupçons à coup sûr. Il fait partie de la famille, après tout. Il faut une diversion subtile et crédible. Les astuces habituelles ne marcheront pas.

— Tu vas donc laisser tous les soupçons se porter sur moi, puisque le but de tout ceci sera de préserver ton invisibilité.

— Ne te méprends pas, grogna Taran. La beauté de ce plan réside dans le fait que l'objet dont nous parlons ne peut pas être sorti à la vue de tous. Il demeure caché dans un compartiment secret. Ses nouveaux propriétaires ne s'amusent pas à le ressortir à chaque seconde que les Dieux nous accordent. Ils ne se rendront pas compte de sa disparition avant un moment. À nous de faire en sorte qu'ils n'identifient jamais l'instant où leur trésor a été volé.

— Et pourquoi ne pas faire ça de nuit ? Demanda-elle, perplexe.

— Le couple est rarement absent de nuit. Et la maîtresse de maison a l'ouïe fine, contrairement à la gouvernante. Non, c'est maintenant ou jamais. »

Nobishandiya sentait bien que c'était sa dernière chance pour s'esquiver. Peut-être pouvait-elle s'arranger pour qu'il se fasse prendre, car rien n'empêcherait Taran de faillir à sa promesse une fois le forfait accompli. Dans le même temps, il y avait cette horrible arrogance qui la collait comme une seconde peau. C'était un petit tour de force que lui proposait ce moins-que-rien. Cambrioler des “commerçants” en plein jour et à la vue de tous, ça ne se refusait pas quand on avait l'esprit aventurier. Elle était tiraillée entre son envie d'impressionner son monde et le pur bon sens qui voulait qu'on ne suive pas aveuglément un étranger.

C'était une excitation qui pouvait la mettre en mouvement telle une marionnette. Une fierté de se prouver à elle-même qu'elle était encore la meilleure, la plus maligne, la plus intrépide. C'était inutile et puéril, mais tellement jubilatoire. Le dernier feu qui la maintenait sur pied les jours où l'existence se faisait dure. La dernière petite étincelle dans un monde des plus fade. Et elle avait beau chercher une excuse pour se désister, elle avait déjà eu l'éclair de génie dont Taran avait besoin.

« Donne-moi quelques instants et ta diversion sera prête ! »


Texte publié par Yon, 19 mai 2016 à 15h44
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