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    Assisse dans son somptueux trône à Fensalir, Frigg tissait les nuages en filin d'or, ses servantes affairées autour d'elle pour satisfaire la moindre de ses demandes. L'un des fils s'enroula autour de son doigt et elle se figea dans son geste. Elle caressa lentement la ficelle, les yeux s'écarquillant doucement.
    
    - Hlín ! Va me chercher Thierry !
    
    - Que se passe-t-il ? Se soucia la servante.
    
    - Je dois descendre sur Midgard pour m'occuper d'une de mes protégées, Oivi Virtanen. Annonça-t-elle.
    
    - Dois-je vous accompagner ? Questionna Fulla.
    
    - Ce ne sera pas nécessaire.
    
    Hlín s'inclina et partit vers le Walhalla. Elle traversa la plaine en soulevant légèrement les pans de son épaisse robe bleue mouchetée de paillette dorée et traversa l'une des portes. Ses pas la menèrent bien vite dans la salle du Trône. À cette heure-ci de la journée, Odin était absent mais ce n'était pas le cas du dénommé Thierry. Assis au pied du somptueux trône du Dieu, entre deux immenses loups qu'il nourrissait, on découvrait le garçon.
    
    Un freluquet qui faisait bien peine à voir dans un domaine où la puissance était une chose si importante.
    
    - Thierry ?
    
    Le garçon releva la tête en caressant le poil noir d'un des canidés. L'autre était occupé à dévorer du poulet dans sa main en tentant de ne pas lui dévorer les doigts.
    
    - Dame Hlín.
    
    Thierry se leva et s'inclina bien bas, son écharpe blanche retombant et l'obligeant à la réajuster. Il essuya ses mitaines devenues poisseuses sur son pantalon et s'approcha de la femme.
    
    - Que puis-je pour vous ?
    
    - C'est Frigg elle-même qui m'envoie auprès de vous. Elle descend sur Midgard et souhaite que vous la rejoigniez.
    
    Il jeta un coup d'œil vers les deux molosses qui avaient la gueule perdue dans le cabas de paille pour dévorer le maigre contenu restant.
    
    - Bien. Freki et Geri, j'y vais, soyez sage. Dit-il.
    
    Les loups, trop occupés à se battre pour un reste de pitance, ne réagirent même pas. L'adolescent suivit la servante dans les couloirs du palais, le long de la plaine et, finalement, dans la somptueuse demeure de Frigg. Il la connaissait pour y avoir quelquefois servi puisqu'il devait tant servir Odin que sa femme. Bien sûr, il préférait lorsque la femme demeurait dans l'illustre palais du Dieu des Dieux, là où il passait le plus clair de son temps… mais il n'avait jamais eu le luxe d'avoir le choix.
    
    Traversant quelques couloirs richement décorés d'or à ne plus en pouvoir, ils survirent dans la chambre de Frigg. Fulla aidait la Déesse à se parer de sa robe de plume de faucon et de tous ses bijoux.
    
    - Te voilà, Thierry.
    
    - Oui. J'espère que je ne vous ai pas fait trop attendre, Dame Frigg.
    
    - Ne t'inquiète pas, je viens de finir de m'apprêter. Nous partons pour Midgard, en Finlande. Accompagne-moi auprès d'Heimdall. Dit-elle.
    
    - Bien, Dame Frigg.
    
    Bien que surpris d'être commandité par la Déesse, il lui emboîta le pas dès qu'elle sortit. Déjà petit de base, il paraissait encore plus minuscule à côté de la femme qui mesurait près de deux mètres. Aussi, il trottinait à côté d'elle pour rattraper ses immenses enjambées.
    
    Il était déjà essoufflé lorsqu'ils arrivèrent en bas de la montagne qui soutenait Himinbjorg, le palais du Dieu. Leur destination s'ils désiraient prendre le Bifröst et se rendre sur Terre.
    
    La femme ne se préoccupa guère de son état en grimpant les marches taillées dans le versant. Le garçon la suivit aussi vite qu'il le pouvait, courant franchement cet escalier raide. Il manqua de tomber à genoux lorsqu'il parvint tout en haut mais s'obligea à continuer d'avancer puisque la Déesse n'était plus là, probablement occupée avec Heimdall.
    
    Il força sur ses jambes alors que son cœur battait la chamade. Heureusement, il était déjà mort bien des années auparavant et ne pourrait succomber juste à cela.
    
    Il n'était dès lors que peu surpris que la femme était déjà prête à partir. Elle ne porta qu'un faible regard sur le garçon qui sourit faiblement, s'inclina profondément devant le Dieu, et s'empressa de suivre Frigg.
    
    Ils s'engagèrent sur l'arc-en-ciel enflammé et, à peine quelques mètres plus tard, arrivèrent dans une rue de Finlande. Elle désigna d'un doigt gracieux une maison qui ne se détachait en rien des autres demeures à cause des briques beiges, du toit de tuile brun-noir et des fenêtres aux voilages fins.
    
    - C'est là que nous allons. Dit-elle.
    
    Comprenant le message sous-jacent, pour y avoir plus d'une fois été confronté, Thierry s'avança et sonna.
    
    La porte ne tarda à s'ouvrir sur une fillette d'une dizaine d'année. Elle sourit en prenant un panier portant de nombreux œufs en chocolat et quelques autres peints dans de belles couleurs.
    
    - Sorcier, sorcier, dis ta formule !
    
    - Ma… formule ? S'étonna Thierry.
    
    - Tu as des taches de rousseur et tes cheveux sont colorés ! Tu n'es pas un sorcier ?
    
    L'adolescent passa nerveusement sa main dans ses cheveux châtains qui viraient au vert flashy. Une excentricité du temps où il était vivant et qui avait toujours perduré.
    
    - Je ne suis pas un sorcier. Mais ma Dame désire…
    
    Il se tourna vers la Déesse. Il ne savait même pas ce qu'elle voulait ici, à vrai dire.
    
    - Je suis venue voir Oivi Virtanen.
    
    - Oh ? Oivi ? C'est ma mamie ! Venez, venez ! Vous êtes une amie de ma mamie ? Demanda-t-elle.
    
    - En quelques sortes. Sourit Frigg.
    
    Elle entra en premier et laissa le garçon la suivre et fermer derrière lui.
    
    - Demeure au salon, j'ai un travail à faire. Dit-elle en vieux norrois.
    
    - Oui, Dame Frigg.
    
    Il sourit et, n'ayant pas été guidé jusqu'à la pièce à vivre, attendit simplement dans le couloir tandis que la fillette menait la femme dans la chambre de sa grand-mère. Thierry en profita pour jeter un coup d'œil aux photographies installées un peu partout.
    
    Il patienta un moment avant que la petite fille ne revienne en courant vers lui. Elle s'accrocha à son bras en souriant.
    
    - Sorcier ! La graaaande madame elle dit « Okupeuh touwah de lenfent » !
    
    Les derniers mots avaient été prononcés en vieux norrois dans un accent épouvantable. Thierry écarquilla les yeux et dû se les répéter pour comprendre ce qu'il en retournait.
    
    - Oh. Raconte-moi à propos de ces sorciers. Pourquoi tu crois que j'en suis un ?
    
    - À Pâques, les sorcières vêtues de vieux vêtements multicolores et de taches de rousseur viennent apporter la bonne fortune ! Lança-t-elle.
    
    Elle tira sur les braies que Thierry portait. Il eut un rire nerveux. En effet, avec sa tenue tout droit sortie de l'époque où les vikings étaient la force dominante, il était comme déguisé alors que c'était la norme là-haut. Si ce n'était qu'il avait découpé, mal habilement, les manches de sa chemise car elles se prenaient partout et qu'elles finissaient toujours tachées de sauces lorsqu'il ne les retroussait pas lui-même. Bien sûr, en hiver, ce n'était plus la même chose…
    
    - Et elles portent tout plein de couleur, comme toi.
    
    Elle saisit cette fois son bras et lui rappela la douleur qui courait si régulièrement dans ses membres.
    
    - Pourquoi tu portes la couleur là ? Demanda-t-elle en enfonçant son doigt dans une tache mauve qui ornait sa chair.
    
    On découvrait du vert, du bleu ou du jaune. De quoi avoir l'air fantasque pour un enfant qui ne se rappelait pas, ou n'avait jamais subi d'hématome. Ou peut-être pas autant ?
    
    - C'est quelqu'un qui me les a faits. Que font les sorciers ?
    
    La petite l'observa, tant la chevelure verte que la petite tresse qui soulignait son visage. Autre particularité qu'il portait déjà bien avant d'être admis à Asgard.
    
    - Les sorcières font…
    
    La petite fila dans le jardin et elle courut vers un saule pour ramasser des branchettes qui en étaient tombés. Elle rejoignit Thierry qui la suivait et lui mit l'un des rameaux dans la main.
    
    - Il faut en faire des baguettes colorées avec des rubans !
    
    Et elle repartit dans la maison.
    
    Le garçon eut un pâle sourire et lui emboîta le pas. Habitué à servir un Dieu de la guerre, à faire les caprices d'Ases, et même de Vanes, tout puissant et à nourrir des bêtes tant animales qu'humanoïde, le baby-sitting était un peu surprenant pour lui. Même lorsqu'il était encore vivant, on ne lui avait jamais confié le moindre enfant. Juste l'entretien du magasin de manga que tenaient ses parents. Et à en croire sa mère, c'était déjà bien trop pour quelqu'un comme lui…
    
    - Regarde !
    
    La fillette prenaient des rubans et essayaient de les attacher sur sa branche mais n'y parvenait pas. Ses joues se gonflèrent.
    
    - Attends.
    
    Le garçon s'approcha d'elle et lui montra comment accrocher un ruban. Les yeux illuminés, la petite s'empressa de l'imiter pour les autres fanfreluches.
    
    - Fais-le aussi ! Invita-t-elle.
    
    - Oui.
    
    Thierry se retrouva donc à attacher des tissus colorés à une branche.
    
    - Je ne connais même pas ton prénom à toi. Moi, c'est Thierry.
    
    - Anna-Lisa ! Sourit-elle.
    
    - D'accord… Tu vis seule avec ta grand-mère ?
    
    - Oui !
    
    Thierry s'obligea à sourire alors qu'il éprouvait de la tristesse pour elle. Il regarda le calendrier et songea que ça faisait trois mois qu'il était mort pour sa famille. Combien de temps cette fillette avait vécu sans ses parents ? Et si Frigg était là-haut c'était que la vieille femme s'apprêtait à offrir son dernier souffle. Qui s'occuperait alors de cette innocente petite ?
    
    - Et alors ?
    
    Anna-Lisa bondit sur ses pieds et agita sa baguette féérique.
    
    - J'agite mon rameau ici, je l'agite là : santé et bonheur sur toi pour l'année qui vient ! À toi ce rameau, à moi un cadeau !
    
    Thierry haussa un sourcil mais sentit une chaleur étrange contre sa cuisse. Il ouvrit sa bourse, accrochée à sa ceinture, et jeta un coup d'œil à la rune blanche qui y résidait.
    
    - C'est la formule qu'il faut dire ! Tu la retiendras ? Demanda-t-elle.
    
    - Euh… Je peux la noter ? Questionna-t-il.
    
    - Oui !
    
    Elle sourit en répétant en boucle la formule. Elle trouva un post-it et un stylo et présenta le tout à Thierry pour qu'il écrive ce qu'il comprenait dans ce charabia monté en boucle. Et, malgré la mitaine qu'il portait, il sentit que la rune chauffait de plus en plus.
    
    - C'est… C'est bon, j'ai noté. Dit-il nerveusement.
    
    La pierre était bouillante.
    
    Il la rangea dans la bourse et observa sa mitaine. De la fumée s'en échappait, non ?
    
    Il pressa son avant-bras, au prix de douleurs qu'il regretta, et força un sourire vers la fillette.
    
    - On va voir les voisins pour leur souhaiter la bonne fortune ? En plus ! On aura du chocolat en retour.
    
    - Comme… à Halloween ?
    
    - Peut-être… Dit Anna-Lisa, les yeux grands ouverts. D'habitude je faisais ça avec grand-mère. Mais elle est tout pas bien…
    
    - Je peux peut-être t'accompagner mais si la grande Dame qui était avec moi accepte. Je vais lui demander. En attendant, tu veux bien rendre mon rameau plus joli ?
    
    - Oui !
    
    Thierry sourit et lui confia la branche avant de partir vers l'étage.
    
    Il était à la moitié des escaliers lorsqu'il se figea soudainement et tourna la tête. Il lui avait semblé voir quelque chose. Portant sa main à sa bourse pour s'assurer que la rune y était bien enfermée, il se rassura légèrement. Il devait se faire des idées. Cette réaction peu habituelle de la pierre le poussait à s'inquiéter de presque tout.
    
    Il grimpa les dernières marches et se dirigea vers la chambre où il entendait des éclats de voix. Il hésita mais frappa timidement à la porte.
    
    - Oui ? Invita une vieille voix chevrotante et hachée.
    
    Le garçon ouvrit légèrement.
    
    - Dame Frigg ? La petite Anna-Lisa me demande si nous pouvons allons voir les voisins pour leur souhaiter la bonne fortune en échange de… chocolat.
    
    - Ah… Oui, vas-y. Mais prends garde. Dit-elle.
    
    - Oui, Dame Frigg.
    
    Il s'inclina et redescendit auprès de la petite qui avait ajusté le rameau. De plus, elle avait aussi filé dans sa chambre, au rez-de-chaussée, et portait maintenant une robe multicolore.
    
    - On peut, on peut ?
    
    - Oui !
    
    Thierry lui tendit la main. Elle lui prit et l'emmena à l'extérieur. Ils marchèrent dans les rues où on voyait quelques fillettes avec leurs parents, elles-mêmes occupées à sonner à toutes les portes.
    
    Ça rappelait vraiment Halloween au garçon mais il ne comptait pas entacher la joie d'Anna-Lisa. D'autant plus qu'il ignorait ce qu'il se déroulerait lorsqu'ils rentreraient dans la maison. Il préférait ne pas y penser…
    
    µµµ
    
    Anna-Lisa donna les clés à Thierry et sautilla alors qu'il ouvrait la porte pour elle. La petite se glissa dans le hall et poussa un cri de joie.
    
    - Regarde !
    
    Sous leurs yeux, ils découvraient des œufs en chocolat ou décorés un peu partout. Thierry fronça les sourcils, surpris. Dame Frigg ne se serait jamais embêtée à jouer au lapin de Pâques… Quand bien même son mari était le Père Noël une fois l'année terrestre.
    
    Le garçon eut subitement un doute alors que la petite, panier au bras, le remplit avec toutes ses trouvailles.
    
    Thierry ferma derrière eux et il se dirigea vers le salon. Là aussi, il y avait des œufs partout. Qu'on les décèle aisément ou qu'il faille un peu plus chercher. Il grimpa à nouveau les escaliers. Ça faisait maintenant deux heures et demi qu'ils étaient partis et il espérait bien que la Dame ait fini…
    
    Quoique.
    
    Il ne devait pas souhaiter la mort de cette inconnue.
    
    Même s'il avait l'habitude de flirter avec les défunts puisqu'il vivait en son royaume…
    
    Il s'approcha de la porte en chassant ses idées lorsqu'il la vit s'ouvrir. Frigg s'abaissa pour éviter le haut du chambranle et observa les œufs disséminés un peu partout.
    
    - Je pensais que tu allais seulement chercher des œufs.
    
    - Je l'ai fait, Dame Frigg. Lorsque nous sommes revenus, tout était ainsi. Je pensais que c'était vous qui aviez préparé tout cela.
    
    - Non. J'ai été occupé avec Oivi Virtanen durant tout ce temps. Elle a enfin succombé. Expliqua-t-elle.
    
    - Qu'était-ce ?
    
    - Un cancer. Sans drogue, ils sont pénibles. Je me suis occupé de soulager ses douleurs.
    
    - Que va-t-il se passer pour Anna-Lisa ? Demanda le garçon.
    
    - Ses parents viendront la chercher.
    
    - Elle m'a dit qu'elle vivait seule avec sa grand-mère…
    
    Frigg caressa le crâne de Thierry.
    
    - Seulement durant les vacances de Pâques. Sourit-elle. Je me suis arrangée pour que Oivi Virtanen les appellent en disant qu'elle sentait sa dernière heure venir. Il est possible que la petite ne voie jamais ce cadavre. Mais… si elle le voyait, ça lui apprendrait beaucoup. Releva la Déesse en se dirigeant vers les escaliers.
    
    Le garçon reconnut bien là l'esprit guerrier propre à Asgard.
    
    - Pour les œufs…
    
    La femme se tourna vers Thierry et lui tendit la main.
    
    - Peux-tu me prêter ta rune ?
    
    L'adolescent n'attendit pas une seconde de plus pour l'ôter de sa bourse et la tendre à la Déesse. Celle-ci l'observa un instant.
    
    - Elle a été activée, n'est-ce pas ? J'ai senti son énergie à un moment… Peu avant que tu ne viennes nous voir la première fois.
    
    - Oui. Anna-Lisa a répété régulièrement une formule… « J'agite mon rameau ici et là. Santé et bonheur pour l'année qui vient. À toit ce rameau et à moi ce cadeau ! ».
    
    - Presque. Sourit Frigg. Cette petite doit avoir du sang de Völva en elle. Sa magie a influé sur la rune et c'est son désir d'enfant qui a fait ceci. Viens.
    
    La Déesse lui jeta la pierre puis descendit les marches. Thierry réceptionna péniblement la roche, manquant de la faire tomber trois fois, et la suivit en rangeant la rune dans sa bourse.
    
    Comme ils arrivaient dans le salon, la femme lança un sourire à Anna-Lisa accaparé par sa chasse.
    
    - Regarde ! Thierry !
    
    La petite courut vers le garçon et lui donna un gros œuf en chocolat.
    
    - C'est pour toi ! Je vais en trouver d'autres ! Jura-t-elle.
    
    - Merci. Lui dit-il.
    
    - Tu voudras un panier ?
    
    - Bien sûr qu'il en voudra un. Répondit Frigg en tapotant la tête de l'adolescent. Tous les enfants devraient faire la chasse aux œufs. Mais il va d'abord m'accompagner dans le jardin.
    
    - D'accord !
    
    La petite tendit un œuf fourré à la praline à la Déesse. Celle-ci lui fit une référence puis partit vers l'extérieur. Thierry sourit à la gamine et s'empressa de trottiner derrière sa maîtresse.
    
    - J'ai au moins cinq cent ans… Se permit-il.
    
    - Mais tu auras toujours quatorze ans dans ton cœur. Sourit-elle.
    
    Elle ouvrit la porte et lui dévoila un jardin également parsemé d'œuf colorés, parant les herbes, les buissons et les arbres d'étranges fleurs.
    
    Et là, près d'un rosier aux épines cruelles, un lapin doré portant un ruban rouge se détachant. Thierry ouvrit des yeux surpris. Quelle couleur particulière ? Voir un animal arborant du jaune aurait déjà été surprenant mais ces éclats était encore plus stupéfiant.
    
    La stupeur fut incomparable lorsqu'il vit un œuf en chocolat tomber de son arrière-train. Il revêtait déjà un emballage lumineux et séduisant. Le lagomorphe sautilla vers un autre coin du jardin.
    
    La femme souleva les pans de sa robe de plume qui s'embourbait sans prendre une seule trace brune et s'approcha. Elle attrapa la créature d'une main habile digne de la chasseresse qu'elle était à ses heures perdues, digne de la femme du grand Odin.
    
    Elle revint vers le garçon et lui tendit l'animal qu'elle tenait par la peau du cou.
    
    - Cette enfant à créer tout ce qu'un enfant peut vouloir à la période de cette année. Avec une rune aussi puissante que la tienne, des vestiges de pouvoirs de Völva et une vieille incantation de sorcière, voilà ce qu'on peut obtenir.
    
    Thierry prit l'animal dans ses bras.
    
    - Vous voulez dire qu'elle est capable d'utiliser ma rune et pas moi ? Dit nerveusement le garçon.
    
    Il regarda le lapin et lui ajusta son ruban d'une main. Un travail qui lui avait suffisamment incombé pour qu'il y réussisse. Il se permit de caresser le pelage du bout des doigts. Il était si doux…
    
    - Je ne dirai pas cela. Tu réussiras un jour, Thierry. Les enfants ont une pureté inégalable.
    
    La femme se dirigea vers la porte.
    
    - Oh… La magie qu'il dégage est sans appel. Il ne pourra vivre qu'une seule journée.
    
    - Une seule journée… Répéta Thierry.
    
    Elle lui sourit et rentra dans la maison. Le garçon se précipita à sa suite et referma soigneusement même si Anna-Lisa ne manquerait pas de sortir. Il rajusta son écharpe pour éviter que la bête ne se fasse les dents dessus.
    
    Lorsqu'ils arrivèrent dans le salon, Anna-Lisa brandissait joyeusement un panier.
    
    - Tiens, Thierry ! C'est le tien !
    
    - Merci.
    
    - Veux-tu que je tienne ton lapin pendant que tu t'amuses ? Demanda Frigg.
    
    - Euh… Oui. Je vous ramènerais plein d'œufs. Sourit-elle en lui tendant l'animal.
    
    - Merci beaucoup.
    
    Elle lui caressa la tête et arrangea les pans de sa robe avant de s'asseoir dans un sofa après s'être assurée qu'elle n'écraserait pas d'œufs.
    
    µµµ
    
    Thierry agita la main vers Anna-Lisa qui leur avait offert un second panier. Dans ce dernier, il ne reposait que les œufs dorés, ou presque, du garçon. Il les avait tous mis là à l'attention de sa Maîtresse sachant son affection pour cette couleur. Qu'importe si elle ne mangeait jamais ces douceurs et ne faisait que les utiliser comme fioritures.
    
    La petite referma la porte alors que le garçon secouait toujours la main, un peu plus inquiet. Ses parents n'arriveraient que dans une demi-heure.
    
    La Déesse posa sa main sur l'épaule de l'adolescent.
    
    - Heimdall ! Abaisse le Bifröst. Cria-t-elle.
    
    Le pont survint et elle s'y engagea en poussant le serviteur à faire de même. Ils arrivèrent dans la demeure de Heimdall qui les salua.
    
    - Vous avez une bien belle prise. Sourit-il.
    
    Tenant son lapin dans ses bras, le garçon s'avança et tendit son panier au Dieu qui se permit de prendre un œuf dur bariolé.
    
    - Merci, Thierry.
    
    Il cassa la coquille sur son brassard d'or et libéra bien vite cette collation.
    
    - Rentrez bien. Invita l'homme.
    
    - Merci. Dit Frigg.
    
    Elle partit avec le serviteur de son époux et ils redescendirent la montagne pour regagner la salle principale du Walhalla. Les loups se disputaient alors qu'Odin était dans son Trône.
    
    - Ah ! Cher époux, vous voilà revenu.
    
    - Où étiez-vous, ma chère ?
    
    - Partie soutenir une âme plongée dans la souffrance pour sa mort. Hel est venue la chercher.
    
    - Parfait.
    
    - Thierry a pu participer à une chasse aux œufs.
    
    Les loups regardèrent vers le panier du garçon, la langue pendante.
    
    - Donne-moi quelques-uns de tes œufs pour les sauver de ces morfales.
    
    - Je pensais en distribuer à tout le monde avec votre permission. Dit Thierry.
    
    - Alors je prendrais ton panier pour les sauver. Sourit Frigg.
    
    L'adolescent lui confia les œufs, en prenant toutefois deux. Il s'approcha à peine des loups qu'ils se jetèrent sur les friandises, sans même attendre qu'ils soient décortiqués. Le garçon rit sans en proposer à son Maître. Seulement parce que l'homme ne mangeait jamais…
    
    - J'ai offert ce lapin à Thierry. Dit Frigg.
    
    - Ah oui ? Comment s'appelle-t-il ?
    
    - Je l'ai appelé Lindt ! Sourit Thierry.
    
    - Joli nom. Va donc le mettre dans ta chambre et revient t'occuper de ces deux affamés. Et de mon vin. Ainsi, tu pourras distribuer et mettre tes œufs en lieu sûr… Pendant que ma chère épouse me raconte sa journée et que je lui narre la mienne.
    
    Frigg rit et confia les paniers au garçon qui s'inclina et partit en courant.
    
    Thierry ne pouvait s'empêcher de sourire. Il avait tout de même la joie d'avoir deux Maîtres qu'il appréciait et qui l'appréciaient en retour.
    
    Il regarda Lindt qui était blotti tout contre lui. Vivre une seule journée pouvait s'apparenter à l'éternité lorsqu'elle se reproduisait sans cesse…

Texte publié par Angelscythe, 27 mars 2016 à 13h47
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