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Tome 2, Chapitre 17 « Temps sombres » Tome 2, Chapitre 17
DEFI : Standard (jusqu'à 1.000 mots)
    
    Objet « hélice »
    ~¤~
    Emotion « folie »
    ~¤~
    Couleur « blanc »

    
    
    Quand Cinder s'éveilla, ce matin-là, une surprise l’attendait au-dehors : durant la nuit, le givre avait tout recouvert d’une fin lit de cristaux blancs, qui scintillaient doucement dans la pâle clarté hivernale, parant les grands arbres de l’allée d’une beauté irréelle. Le printemps tardait à revenir ; le froid s’attardait, comme si même la nature pleurait la mort d’Annet.
    
    Le garçon se leva en frissonnant ; il n’y avait plus que des cendres dans le poêle. Quand Annet était devenu trop malade pour circuler dans la maison, Victor Ash avait commencé à rationner le bois destiné à chauffer sa chambre. Cinder avait essayé d'y pallier en empilant plusieurs couvertures sur son lit, mais il s’était aperçu que dans sa grande armoire, ne restaient plus que les plus petites et les plus usées. Il avait assemblé sur sa couche un patchwork de laine tissée, et s’efforçait de bouger le moins possible dans son sommeil pour éviter de se retrouver à découvert.
    
    Il n’en avait pas été si étonné : malgré son jeune âge, il avait compris que Viktor souhaitait accaparer tout ce qui avait appartenu à Annet et qu’il le considérait comme une gêne. Le traitement de plus en plus dédaigneux que lui réservait son beau-père était tout autant dû à sa rapacité – pourquoi dépenser quoi que ce soit pour un enfant qui n’était pas de son sang ? - qu’à son désir, sans doute, de le chasser de la maisonnée. À présent que sa mère était morte, Cinder songeait parfois à s’enfuir. Mais tant de choses le retenaient ! Les automates qu’il considérait comme sa seconde famille, le souvenir d’Annet qui avait tant travaillé pour faire de l’atelier l’un des meilleurs de la technocratie… Il ne voulait pas laisser tout cela entre les mains avides de Viktor.
    
    Au-dessus de la maison, un léger vrombissement attire son attention ; passant sa vieille robe de chambre élimée par-dessus sa chemise de flanelle, il ouvrit en grand la fenêtre, bravant le froid : un dirigeable traversait le ciel ! Il s’agissait de l’un des rares engins qui avaient reçu l'autorisation de survoler la technocratie. Dans le cas contraire, les batteries de canons aux frontières du territoire l’auraient aussitôt criblé de projectiles ; l'armé aurait même envoyé contre lui les « oiseaux de proie », des automates aérien décorés pour ressembler à des faucons et équipés de lames pour déchirer la grande enveloppe argentée et de dispositifs incendiaires.
    
    Cinder resta un long moment à l’admirer ; cette vision le distrayait un peu de son chagrin. Il s’imaginait en train de quitter Svenne, pour explorer des contrées lointaines et merveilleuses. L’aérostat donnait une impression de majesté, avec sa nacelle de bois luisant ornée d’appliques de cuivre et ses deux hélices qui tournaient paresseusement dans l’air transparent du matin. Un panache de fumée blanche, échappée des chaudières, le suivait comme la longue queue d’une comète. Il contempla avec fascination ce spectacle, songeant au voyage que sa mère avait projeté pour aller voir sa sœur dans le duché de Veichte et aux chaînes de montagnes enneigées sous le ciel d’un bleu pur dont il avait tant rêvé.
    
    Il s’en voulait, parfois, de permettre à son esprit s’évader loin de cette peine si intense… Mais ce n’était pas comme s’il oubliait Annet. S’il laissait son chagrin prendre possession de lui, il ne trouverait plus la force de se lever, se nourrir, ni même travailler. Il sombrerait dans la folie, s’il ne dépérissait pas avant. Mais il savait qu’Annet aurait aimé le voir redresser la tête, en toutes circonstances. Le jeune garçon revêtit rapidement la tenue qu’il avait sélectionnée pour l’occasion : un pantalon court et une veste bleue nuit, par-dessus une chemise et des bas blancs. Comme il était encore un enfant, le deuil complet n’était pas requis ; il se contenterait de piquer un œillet noir sur son manteau gris. Il enfila enfin ses souliers, qu’il avait soigneusement cirés, avant peigner ses boucles dorées et de placer sur sa tête un béret assorti à son manteau. Une fois prêt, il dévala l’escalier, sans se donner la peine de passer par la cuisine où il entendait son beau-père et ses deux fils festoyer – voire célébrer. Cette idée lui noua le ventre, avec une telle violente qu’il dut s’arrêter pour reprendre son souffle.
    
    Il devrait encore patienter une heure avant d'aller au temple où le corps de sa mère avait été emporté pour la nuit de veillée traditionnelle. Il décida d'attendre le départ dans l’atelier; cette partie de la demeure était la seule où il se sentait toujours chez lui. Les trois Ash s’étaient révélés de piètres travailleurs. Même si Annet n’avait pas eu le temps de finir son apprentissage, Cinder s'était montré un excellent élève et ses connaissances dépassaient celles d’artisans bien plus âgés. Mais aujourd’hui, il se limita à des tâches simples : lustrer le métal des automates, huiler leurs articulations, vérifier leur mécanisme… Il avait l’impression que sa mère se trouvait toujours auprès de lui. En fouillant dans les tiroirs à la recherche de pièces de remplacement, il tomba sur le masque étrange qu'elle y avait dissimulé. Sa ressemblance avec Annet le bouleversa ; mais les différences suscitèrent en plus une immense curiosité.
    
    Sa tante, Inga.
    
    Si elle n’avait pas choisi de partir de Svenne, Cinder aurait eu encore au moins un membre de sa famille pour prendre soin de lui. Une brusque colère contre cette parente inconnue le saisit soudain ; dans un mouvement de rage, il jeta le masque au sol, pour le regretter aussitôt. Il tenta de le retrouver, mais il avait dû glisser sous un meuble.
    
    « Cinder ! Viens immédiatement ou nous partons sans toi. »
    
    La voix sévère de Viktor fit sursauter le jeune garçon. Abandonnant ses recherches, il se précipita vers la carriole tirée par Clopin, le cheval créé par Annet ; il ne restait de place pour lui qu’à l’arrière, dans la partie réservée au matériel et aux automates. Sa belle famille usurpait même ses adieux à sa mère.
    
    Le coeur lourd, il s’allongea sur le bois rêche, scrutant le ciel en se demandant si Annet s’y trouvait et pouvait le voir, de là où elle était.

Texte publié par Beatrix, 8 janvier 2017 à 18h43
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