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Tome 2, Chapitre 14 « Morpion » Tome 2, Chapitre 14
Défi n° 14
    
    
    Option : 1000 mots
    
    Objet « hamster »
    ~¤~
    Emotion « colère »
    ~¤~
    Couleur « doré »

    
    
    
    Cinder avait toujours vécu au milieu des automates ; au point qu’il avait fini par les considérer comme sa famille, accordant à chacun d'entre eux un nom et une personnalité propre. Il n'avait jamais ressenti le besoin de posséder un animal de compagnie – du moins, un véritable animal de chair et de sang.
    
    Aussi contemplait-il avec un mélange de contrariété et de perplexité le cadeau d’Elsebeth, qu’il venait de poser sur une table du jardin d’hiver : une petite cage à fins barreaux, munie de passerelles, d'échelles et même d’un palais miniature et d’une roue de bois. Tout ceci pour son unique locataire, une bestiole pas plus longue que sa main à la fourrure blanche et dorée, qui à cet instant était très occupée à bourrer ses joues de graines.
    
    Tout avait commencé après l’attentat qui avait failli lui coûter sa vie : devant sa détresse, la jeune fille avait décidé de lui offrir cette compagnie discrète, expliquant que sa présence pourrait l’aider à venir à bout de ses terreurs nocturnes. Son raisonnement aurait été valable si ce petit ingrat, qu’il avait baptisé sur un coup d’humeur « Morpion », ne mettait pas un malin plaisir à s’activer toute la nuit, le privant du peu de sommeil qu'il espérait attraper. Cinder l’avait relégué dans la garde-robe, déléguant à l’une des servantes du palais la tâche de le nourrir et de nettoyer sa cage, en prétextant qu'il n'était pas assez remis pour s'en charger lui-même.
    
    Mais à présent qu'il avait repris son travail à l'atelier, cette excuse ne tenait plus. Elsebeth s'était vite aperçue qu'il ne faisait aucun effort pour accorder à l'animal n'était-ce qu'une seule miette d'attention
    
    « Vous n’avez pas honte ? l’avait tancé la jeune fille avec colère. Comment pouvez-vous traiter un être vivant avec tant d’indifférence ? C’est à croire que vous avez des rouages à la place du cœur ! »
    
    Ces reproches lui avaient fait mal, mais il n’avait pas essayé de se justifier ; il se disait que, peut-être, la fille de la matriarche était dans le vrai. Alors, il avait sincèrement tenté de faire des efforts, glissant des graines au hamster à travers les barreaux. Mais pour tout remerciement, ce dernier l’avait pincé douloureusement de ses incisives aiguisées. Aussi avait-il décidé de le rendre solennellement à Elsebeth, qui saurait bien mieux que lui s'en occuper.
    
    Cinder fit la grimace en regardant Morpion ramener ses réserves dans son logis, les bajoues tellement pleines qu’il pouvait à peine bouger. Il frappa discrètement les barreaux ; deux petites boules noires et brillantes se tournèrent vers lui avec curiosité. Un nez rose, environné de touffes de fins poils blancs huma l’air comme s’il tentait de déterminer qui était l’importun. Puis, jugeant que cela n’avait aucune importance, l’animal lui présenta son derrière et rentra chez lui en se dandinant.
    
    Agacé, il se leva et, fourrant ses mains dans ses poches, décida d’aller faire un tour pour passer sa frustration. Il examinait une fougère arborescente, fasciné par le motif en écailles de son tronc, quand il entendit son nom appelé par une voix paniquée. Le cœur battant, il se précipita vers la petite terrasse au centre de la serre ; Elsebeth était penché sur la cage, le visage pâle :
    
    « Cinder, votre hamster…
    
    - Il est mort ? » demanda-t-il avec incrédulité.
    
    - Je n’espère pas… La porte de la cage était mal fermée, il s'est sauvé ! »
    
    Cinder regarda frénétiquement autour de lui : la bestiole n’avait pas pu aller bien loin, avec son corps potelé et ses courtes pattes… Mais comment la retrouver dans ce fouillis de plantes ? À cause de lui, le pauvre rongeur risquait de connaître un sort tragique : se noyer dans le bassin, manger un aliment empoisonné, se faire marcher dessus, mourir de faim…
    
    « Je vais fermer la porte, lança la jeune fille, continuez à chercher ! »
    
    Cinder savait que les possibilités de retrouver Morpion étaient des plus faibles. Peut-être pouvait-il l’attirer avec des graines ? Il en saisit une poignée dans sa gamelle et les sema un peu partout sur la terrasse ; puis il se figea, le cœur battant, attendant un miracle. Le temps passa… mais toujours rien. Elesebeth, de son côté, ne semblait pas avoir plus de chance.
    
    Soudain, il entendit un léger bruissement sur sa gauche : sortant d’une touffe de fleurs, le fugitif venait d’apparaître, humant l’air de son petit nez mobile. Profondément soulagé, Cinder s’accroupit lentement, sans oser même cligner des paupières de peur de le perdre des yeux.
    
    Et contre toute attente, le minuscule rongeur s’approcha de lui, sans crainte aucune, comme on retrouve un vieil ami après une balade digestive. Il s’arrêta près d’une pile de graines qu’il commença à fourrer dans ses joues. Profitant de sa distraction, Cinder bondit et parvint à le saisir entre ses deux mains en coupe. Il se releva rapidement, s’attendant à ce que Morpion le morde à nouveau…
    
    Mais il n’en fut rien. Le petit corps chaud, palpitant de vie, reposait sur ses paumes avec une infinie confiance ; il pouvait sentit les fines moustaches chatouiller ses phalanges, les pieds menus se déplacer sans hâte. Il n'osait plus bouger, pas même respirer…
    
    « Vous l'avez retrouvé ! Vite, remettez-le chez lui ! »
    
    Il sursauta légèrement ; la jeune fille récupéra prestement le rongeur et le déposa dans sa cage. Morpion en fit consciencieusement le tour du propriétaire, comme si l’aventure ne s'était jamais déroulée. Cinder vérifia trois fois que la porte était fermée, avant de coller son nez aux barreaux pour contempler l'animal avec attention.
    Elsebeth ne put s'empêcher de rire :
    
    « Tout compte fait, j’ai été dure avec vous, Cinder. Je crois que vous avez un cœur, que cette petite boule de poil vient de le conquérir, et pour un peu... »
    
    Elle se pencha légèrement en baissant la voix, pour être sûre de n'être entendue que de lui :
    
    « Pour un peu, j'en serais jalouse... »

Texte publié par Beatrix, 18 mai 2016 à 10h49
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