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Tome 2, Chapitre 9 « Un retour mouvementé » Tome 2, Chapitre 9
Défi n° 9
    
    Objet « constellation »
    Emotion « rancune »
    Couleur « azur »
    Longueur : jusqu'à 1000 mots

    
    
    Les deux semaines passées avaient été les plus longues de la vie de Cinder. Durant les premiers jours, il avait dormi l'essentiel du temps, aidé par les potions de madame Engel. Mais il avait rapidement repris des forces ; rester bloqué au lit lui était devenu insoutenable, malgré les fréquentes visites d’Elsebeth et de madame Valkis et l’énorme pile de livres à son chevet. Quand il eut enfin le droit de se lever, il se sentit profondément libéré, même si ses côtes l’élançaient dès qu’il respirait trop fort, que sa cheville gauche peinait à le supporter et que son bras droit demeurait immobilisé de l’épaule jusqu’aux doigts dans un lourd appareil de bandages plâtrés.
    
    Aussi Cinder fut-il été surpris d’être convoqué le lendemain matin à l’atelier. Il ne pourrait certainement pas effectuer ses tâches habituelles d'une seule main, mais il ne se voyait pas désobéir à sa maîtresse : elle se montrait parfois dure, mais toujours juste et il avait énormément appris sous sa tutelle.
    
    Quand il arriva dans la salle éclairée de larges verrières et meublée de longs établis, deux jeunes gens de son âge, un garçon et une fille, se tenaient à côté de la grande Horlogère.
    
    « Voici Peter et Joanna. Ils sont étudiants à l’académie de technologie de Svenne et vous aideront jusqu’à ce que vous puissiez reprendre vos activités », annonça-t-elle.
    
    Des assistants ? Il n’avait jamais envisagé de travailler avec quiconque ; il ne savait même pas comment faire. Il ouvrit la bouche pour protester, mais madame Calculus le précéda :
    
    « C’est vous qui avez été chargé du globe stellaire que la Matriache compte offrir à son beau-frère, le roi d’Albion. Vous comprendrez que ce projet ne peut prendre de retard. Je compte sur vous pour le terminer.»
    
    Cinder comprit qu’il était inutile de discuter. Il se dirigea vers le coin de l'atelier qui lui était réservé, où l'attendait la magnifique réalisation des orfèvres du palais : un planétarium qui reproduisait le mouvement des astres et des constellations, rehaussé d’or, d’argent, d’émaux couleur d’azur, et qu'il avait été chargé n'animer.
    
    «Pas quoi commençons-nous, monsieur Kloze ?» demanda Peter.
    
    Il saisit le plan, le déploya maladroitement et tenta de se remémorer où il s’était arrêté.
    
    « J’ai déjà regardé le mécanisme, offrit Johanna. Je peux vous aider…
    
    — Non merci, grommela le garçon. Je l'ai monté jusque-là, je vais m'y retrouver. »
    
    L’heure qui suivit fut un vrai calvaire : son esprit demeurait désespérément confus. Il fit de son mieux pour dissimuler sa honte aux deux assistants, qui restaient les bras ballants derrière lui. Au bout d’un moment, angoissé à l’idée d’être pris en faute, il finit par se tourner vers eux et désigna un ensemble de rouages et de tiges métalliques :
    
    «Vous pouvez commencer par la Grande Ourse...»
    
    Johanna haussa un sourcil perplexe :
    
    « Est-ce qu’Orion ne serait pas plus judicieux ? »
    
    Mortifié, Cinder la fusilla du regard :
    
    « Faites comme je vous dis ! »
    
    Quelque chose lui soufflait que la jeune fille avait raison, mais il ne pouvait pas l'admettre, au risque de perdre toute crédibilité. Quand Peter commença à manipuler les pièces, il se précipita vers lui, réveillant les douleurs dont il était encore harassé :
    
    « Attention, ça se manipule délicatement ! »
    
    L'assistant le fixa avec perplexité, puis haussa les épaules et reprit sa tâche avec des précautions exagérées. Bien entendu, la remarque de Johannna s’avéra juste ; les jeunes gens furent obligés de tout démonter, tandis que Cinder leur répétait nerveusement de ne rien abîmer. Il fallut trois heures harassantes pour que soit menée à bien une opération qui ne lui aurait demandé qu’une vingtaine de minutes. A ce rythme, rien ne serait terminé à temps ! Exaspéré, il s'empara d'une pince pour tenter lui-même les manœuvres. Mais de la main gauche, il n’avait pas l’aisance nécessaire, et il ne parvint qu’à fausser le fragile engrenage.
    
    Quand le garçon réalisa les dégâts, son visage devint brûlant. Il fut saisi d'un long étourdissement et serait tombé si Peter ne l’avait pas retenu. Il reprit conscience dans la couche d’appoint installée dans un coin de l’atelier, sous le regard inquiet des deux jeunes gens et celui, attentif, mais réprobateur, de madame Calculus. Il se sentait faible, nauséeux... et surtout honteux.
    
    « Vous allez mieux ? lui demanda sa maîtresse avec brusquerie.
    
    — Oui, un peu, avoua le garçon d’une petite voix.
    
    — Bien . Si je vous ai attribué des assistants, c’était pour que vous supervisiez sans vous surmener. »
    
    Il détourna la tête, mortifié.
    
    « Cela dit, poursuivit-elle, travailler avec les autres n’est jamais aisé et déléguer encore moins. J’aurais dû mieux vous y préparer. »
    
    Cinder se tourna vers les deux jeunes gens et esquissa un faible sourire :
    
    «Je suis désolé. J’espère que vous ne m’en voulez pas trop.
    
    — Oh, non, répondit Peter. Madame Calculus nous a expliqué que vous aviez toujours travaillé seul.
    
    — Vous devez penser que je suis incompétent.
    
    — Pas du tout ! déclara Joanna. Le plan que vous avez établi est vraiment parfait, nous aurions été incapables d'en faire autant.
    
    — Nous avons tout réparé, ajouta Peter. Ça tourne à merveille. »
    
    Le sourire de Cinder s’élargit : il se sentait surtout soulagé de constater que les deux jeunes gens ne lui gardaient aucune rancune.
    
    « Reposez-vous le reste de la journée, lui ordonna madame Calculus, d’un ton plus doux. Demain, je veux vous voir en forme à votre poste. C’est compris ?
    
    — Oui, madame », répondit-il, un peu penaud.
    
    Elle posa une main sur son épaule :
    
    « Restez- allongé le temps qu’il faudra. Ensuite, Peter vous accompagnera à vos appartements. »
    
    Il hocha la tête puis ferma les yeux, soulagé. Malgré le tour désastreux des événements, il avait appris de ses erreurs et ferait au mieux pour se montrer à la hauteur de ses responsabilités.

Texte publié par Beatrix, 9 avril 2016 à 23h36
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