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Tome 2, Chapitre 8 « Réveil douloureux » Tome 2, Chapitre 8
Défi 08
    
    Objet « sceau »
    Émotion « amnésie »
    Couleur « crème »
    Longueur : 1000 mots

    
    
    Tout s’était passé très vite. Un monstrueux fracas métallique, une chute vertigineuse... c’était tout ce qu'il se rappelait. À présent, il était allongé dans la pénombre, incapable de bouger, la tête douloureuse et l’esprit encombré de pensées qui voltigeaient dans un chaos d’ombre et lumière.
    
    « Monsieur Kloze ?»
    
    « Cindervale ?»
    
    Il ouvrit les yeux d’une fraction : personne ne l’appelait ainsi. Jamais. Il était Cinder. Juste Cinder. Petit à petit, ses sensations revinrent : ce n’était pas seulement sa tête qui était douloureuse, mais tout son corps.
    
    « Restez tranquille, Monsieur Kloze, fit une voix féminine. Prenez votre temps... Tout ira bien. »
    
    Malgré ce ton calme et rassurant, il sentit l'angoisse le saisir : que s'était-il passé, avant cette chute dans les abysses ? Était-il dans sa carriole tirée par Clopin, occupé à livrer les automates que l’atelier louait aux clients ? Sur une échelle, à régler le Jaquemart ? Ou perché dans les poutres de l’entrepôt, foyant les ennuis dans son refuge habituel, mais périlleux ? C'était comme si son cerveau ne lui offrait que des lambeaux épars et rien pour les recoudre. Mais Cinder était certain d'une chose : son beau-père devait être en train de le chercher et si cet homme impitoyable ne le trouvait pas au travail, il serait sévèrement puni.
    
    Il se força à ouvrir les paupières pour de bon et vit un visage penché sur lui : celui d’une femme rondelette aux yeux vifs et amicaux, vêtue d’un uniforme crème :
    
    « Vous vous sentez mieux ?
    
    - Je... je crois, balbutia-t-il. Que s'est-il passé ?
    
    - Vous avez eu un accident, Cindervale », expliqua une nouvelle voix. Tournant péniblement la tête, il aperçut une dame âgée dont les traits exprimaient une inquiétude teintée d’affection.
    
    « Vous nous avez fait très peur. Heureusement, vos blessures ne sont pas trop graves, vous vous remettrez rapidement. »
    
    Il avait le sentiment de l'avoir déjà vue, mais il ne savait plus en quelles circonstances. Derrière elle, le visage pâle et les yeux brillants d’anxiété, se tenait une jeune fille de son âge, dont la physionomie était empreinte d’une grande douceur. À leurs vêtements, toutes deux devaient appartenir à la bonne société de Svenne.
    
    Malgré la sympathie que lui inspiraient ces personnes, il n’avait aucune idée de la raison de leur présence à ses côtés, dans le cabinet d’un médecin ou l’une des chambres de l’hôpital de Svenne.
    
    « Excusez-moi, fit-il en reportait son attention sur l’infirmière, mais j’ai des choses à faire... Je dois rentrer à l’atelier... chez monsieur Victor Ash... »
    
    Les deux inconnues échangèrent un regard surpris et paniqué. Cinder ne comprenait pas leur alarme. Peut-être avaient-elles croisé Victor : ce dernier devait être fou de rage. Le garçon serra les dents : blessé ou pas, il devait rentrer chez Kloze et Ash, avant que les choses ne tournent trop mal. Et si par vengeance, Victor vendait ses automates préférés, comme Loustic, ou Platon, ou Lola ? Cinder était prêt à tout subir : être privé de repas, travailler jour et nuit, faire le ménage de tout l’atelier et de toute la maison plusieurs fois d'affilée, et même recevoir les occasionnels coups de badine, si cela gardait à l'abri les créations de sa mère.
    
    Bravant son mal de tête et la nausée qui menaçait, il s’apprêtait à se lever quand il réalisa qu'il n'était vêtu que d'une chemise blanche. Son bras droit reposait dans une gouttière suspendue à un montant métallique sur le côté du lit : il ne lui serait pas aisé de bouger dans ces conditions. Il chercha des yeux l'infirmière :
    
    « S'il vous plaît... Pouvez-vous m'aider à me lever ? Et me donner mes vêtements ? »
    
    Il léger sanglot attira son attention vers la jeune fille : elle avait dissimulé son visage entre ses mains fines ; la dame âgée tenta de la consoler par des paroles rassurantes :
    
    « Ne vous tourmentez pas, Elsebeth, ce n'est qu'une amnésie passagère due au choc...
    
    - Madame Valkis a raison, mademoiselle Elsebeth, renchérit l’infirmière. Tout lui reviendra en temps voulu. »
    
    Mademoiselle Elsebeth... madame Valkis...
    
    Maintenant qu'il y pensait, ces noms lui étaient familiers.
    
    La jeune fille s'approcha de lui et saisit sa main valide entre les siennes :
    
    « Ne vous inquiétez pas, Cindervale, fit-elle d'une voix encore mal assurée, tout va bien. Vous n'avez plus besoin de revenir chez cet homme horrible. Vous vivez ici, au palais matriarcal, depuis presque un an. »
    
    Il écarquilla les yeux, incrédule. Mais les paroles d'Elsebeth étaient marquées du sceau de la sincérité ; il avait envie de la croire.
    
    « Vous étiez en train de réparer la grande horloge du hall quand votre échelle a cassé, expliqua madame Valkis. Vous avez eu de la chance, vous auriez pu vous rompre le cou ! Vous vous trouvez à l’infirmerie du Palais. Vous avez des plaies, des bosses et quelques os brisés, mais d'ici quelques semaines, il n'y paraîtra plus. Ne nous faites plus peur ainsi ! ajouta-t-elle d'un ton faussement sévère.
    
    - C'est promis », bredouilla-t-il.
    
    Elle se pencha pour tapoter doucement son épaule :
    
    « Dormez à présent, vous en avez besoin. Madame Engel va vous donner une des potions dont elle a le secret et quand vous vous réveillerez, je suis sûre que tout vous sera revenu en mémoire. »
    
    Cinder se sentit sourire malgré lui : si tout ceci était un rêve, ou même une farce cruelle, il était agréable de faire l'objet d'une telle sollicitude. Depuis la mort de sa mère, personne ne s'était inquiété pour lui. Il n'avait pas envie d'être lucide, surtout si cela impliquait de revenir à la sinistre réalité de sa vie. Il avait envie de croire que son existence s'était transformée en une sorte de conte merveilleux.
    
    Après tout, peu importait la réalité, si même pour un bref moment d'illusion, il avait des bonnes fées à ses côtés.

Texte publié par Beatrix, 6 avril 2016 à 23h36
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